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carnet de route
Sunday 24 August 2014, a 07:09
Franz Eichhorn au cœur du mystère
 

Pour faire suite à l'article ci-dessous, voici en primeur pour mes lecteurs cinéphiles le texte de présentation qui sera publié dans le programme du festival de Trieste :

 

En août 1959, une petite note en bas de page d'un manifeste iconoclaste publié par les Cahiers du cinéma mentionnait, parmi quelques films et cinéastes à retenir, un titre : la Déesse des Incas, et le nom du metteur en scène : Franz Eichhorn. Et voici qu'un autre film du même réalisateur se trouve programmé ici, à Trieste. Entre ces deux événements, peu de chose, sinon une question posée à plusieurs reprises, au fil des années, à l'auteur de ce manifeste, intitulé Sur un art ignoré : mais qui est donc Eichhorn ? De quel chapeau de prestidigitateur l'avez-vous tiré ?

   L'auteur de Sur un art ignoré, également signataire du présent article cinquante-cinq ans plus tard, va essayer de répondre ici à cette obsédante question.

   La réponse n'est pas simple. Non seulement personne, parmi les cinéphiles ou les professionnels du cinéma, n'a conservé ou cherché à rassembler les informations que l'on accumule d'ordinaire sur n'importe quel gâcheur de pellicule, mais il semble que Franz Eichhorn lui-même se soit ingénié à brouiller les pistes. Les six ou sept films de lui officiellement recensés portent de multiples titres ; lui-même change de prénom : tantôt Franz, tantôt Francisco ; il s'affuble d'un pseudonyme, Franz E.Anders,  pour signer certains de ses scénarios et les rééditions d'un livre où il a recueilli entre les deux guerres les souvenirs de ses débuts de cinéaste-explorateur… Certains films lui sont attribués, assertion contredite par des génériques issus d'autres bases de données. Il est indispensable de recouper chaque renseignement par d'autres sources Il a été scénariste, sous son nom ou sous pseudonyme, notamment de Jésus Franco. Il a été producteur. On doit pour retrouver ses traces se déguiser en Sherlock Holmes de la Toile. Il serait même utile d'aller enquêter sur place, dans les archives allemandes, auprès de ses héritiers s'ils existent et au Brésil.

   Car ce Bavarois a partie liée dès l'âge de vingt-cinq ans avec le Brésil, plus précisément avec la région la plus mystérieuse et fascinante de ce pays : l'Amazonie.

    Dès le début des années 30, il participe avec son frère Edgar, qui deviendra chef opérateur de prises de vue, à une expédition en Amazonie, dans des territoires presque inconnus d'où sortira un documentaire intitulé en français Symphonie de la forêt vierge. D'une seconde expédition il rapporte de sensationnelles scènes de jungle qui seront incorporées au film Kautschuk, dont il écrit le scénario avec Ernst von Salomon, tourné par Eduard von Borsody. Puis ce seront, après la guerre, No trampolin da vida, la Déesse des Incas, le Diable noir, Treze Cadeiras, Rastros na Selva, documentaire attribué tantôt à Eichhorn seul, tantôt en co-réalisation avec le producteur, tantôt à son frère, dans des filmographies où règne la fantaisie la plus déconcertante. On repère encore sous son nom deux films distribués au début des années 60 : les Rescapés de l'enfer vert et les Aventuriers de la jungle. Mais, compte tenu de l'éparpillement et de l'incertitude des informations le concernant, il ne paraît pas exclu qu'il ait soit tourné, soit participé à la réalisation d'autres films, qui resteraient à découvrir.

   Une fiche d'origine brésilienne indique qu'il a fondé en 1962 à Rio de Janeiro l'Eurobras Film Production Ltd, devenue par la suite importatrice de matériel cinématographique et de caméras vidéo. Enfin, il est l'auteur avéré du récit mentionné ci-dessus, où il raconte ses mésaventures et exploits souvent impressionnants dans l'« enfer vert » amazonien, lors de ses deux premières expéditions des années 30. Le titre français de cet ouvrage, plusieurs fois réédité en plusieurs langues, est : Aventures d'une caméra en Amazonie.

   Je n'ai vu de lui que la Déesse des Incas, dans ma jeunesse, et j'ai lu son livre. Cela me suffit pour considérer que nous sommes en présence d'un cinéaste complètement atypique : ambitieux, secret, aventurier, poète, homme d'affaires avisé, préférant sans doute à la célébrité, qui exige une certaine spécialisation persévérante, les amusements et les dangers d'une vie diversifiée entre action, observation de la nature, création esthétique par l'image et par les mos. Mais peut-on parler de « présence » à propos d'un homme qui à ce point se dérobe et s'entoure de mystère ? On le pourrait s'il s'agissait de Présence du cinéma… Les cinéphiles italiens, plus nombreux et plus avertis aujourd'hui que les français, comprendront. Il semble en effet que sa conception du cinéma – pour autant qu'une vision déjà ancienne d'un seul de ses films permette de l'apercevoir – correspondît assez bien à celle que j'exprimais dans mon manifeste de 1959 : « à la fois documentaire et féerie ».

Saturday 23 August 2014, a 14:30
Les Mille Yeux de Trieste
 

   Le dernier film de Fritz Lang, le Diabolique Dr Mabuse, porte en allemand un autre titre dont la traduction littérale est : « les Mille Yeux du Dr Mabuse ». S'inspirant de celui-ci, les cinéphiles passionnés qui ont créé à Trieste le Festival international du cinéma et des arts, dirigé par Sergio Germani, l'ont baptisé I Mille Occhi. Il en est à sa treizième session et va se dérouler du 12 au 16 septembre, précédé d'une avant-première à Rome les 9 et 10 du même mois.

   Ce festival marque une date : pour la première fois dans le monde, à ma connaissance, une manifestation cinématographique inscrit à son programme un film de Franz Eichhorn. Cette initiative confirme qu'il possède effectivement mille yeux, soit neuf cents de plus qu'Argos Panoptès, et qu'il sait s'en servir.

   En effet, la première occurrence – une note en bas de page – du nom de ce cinéaste dans la littérature consacrée au cinéma, et probablement la seule jusqu'en 2011, se trouve dans un manifeste, Sur un art ignoré, publié en 1959 par votre serviteur et recueilli dans l'ouvrage portant le même titre, dont la dernière édition (en poche chez Ramsay) date de 2008. Rien avant 1959, plus rien après 2008, et il faudra attendre mon Ėcran éblouissant (PUF, 2011) pour que soit à nouveau mentionné Eichhorn et sa Déesse des Incas, sujet d'interrogation de nombreux cinéphiles et même d'historiens comme Claude Beylie, qui m'en parlait encore peu avant sa disparition.

   Ce lien singulier qui unit mon nom à celui de ce cinéaste mystérieux me vaut aujourd'hui d'être invité à Trieste, pour présenter le Diable noir, autre film de Franz Eichhorn non moins mystérieux et que je vais découvrir à cette occasion. Comme celles de la déesse amérindienne, les voies du dieu des cinéphiles restent impénétrables.

Thursday 12 June 2014, a 12:30
Des nouvelles d’Osbert
 

Des nouvelles d'Osbert Pour ceux de mes lecteurs, je l'espère assez rares, qui auraient la malchance de n'être pas abonnés ou de ne pouvoir acheter en kiosque le mensuel « Service littéraire » de François Cérésa, je prends la liberté de reproduire ci-dessous le « papier » que je viens d'y publier sur le dernier ouvrage de Christopher Gérard : « Osbert et autres historiettes ». Il y a beaucoup d'autres articles à lire d'urgence dans ce numéro de juin, mais j'ai une tendresse particulière pour le petit livre de notre Bruxellois ; et je souhaite le faire connaître au mieux de mes moyens. Il vient de paraître à L'Âge d'Homme, compte 112 pages et ne coûte que 10 €. Voici le papier en question : VIVE L'ANTHROPOMORPHISME ! « Je te rappelle que tu as une mission à accomplir, et un subordonné à châtier pour abandon de poste ! » Cette apostrophe, Smiley, attaché aux Services secrets de Sa Majesté, intarissable sur ses capacités, ses relations, ses souvenirs, se l'adresse à lui-même. C'est un bouledogue. Tout bêtement, si l'on peut risquer un adverbe aussi inapproprié. Car, étant son propre interlocuteur, il effectue le grand saut dans le règne de l'animal sapiens sapiens : celui qui sait qu'il sait. Depuis Ésope jusqu'à Ratatouille, en passant par les Oiseaux d'Aristophane, La Fontaine, Swift et combien d'autres, la littérature et les arts regorgent d'animaux qui se comportent en créatures raisonnables et raisonnantes. Certains même parviennent à domestiquer l'humain : les hennissants Houyhnhnms de Gulliver, ou les maîtres de la Planète des singes. Mais Christopher Gérard va plus loin : il instaure le monologue intérieur du rat d'appartement et du canidé, voire, pour répondre à la question de Lamartine – « Objets inanimés... » ‒ de l'ours en peluche. Il est l'Édouard Dujardin du renard des faubourgs qui fait son marché dans nos poubelles. Bourré de malice et de notations pittoresques, son délicieux petit livre, « Osbert et autres historiettes », nous invite à nous observer à travers les yeux de nos amis à poils et à plumes, nous qu'ils appellent leurs « humains de compagnie », et jugent de façon plus sévère que nous ne nous jugeons nous-mêmes. Pour eux nous sommes des êtres grossiers, empotés, ridiculement prévisibles. Fustigeant son accompagnateur, le bouledogue ira jusqu'à pasticher Ferrante : « En Patagonie ! En Patagonie pour incompétence ! » La théorie de Descartes, si fausse, de l'animal-machine, s'en retrouve cul par-dessus tête. On se prend à songer que ce qui fait la saveur, la durée et la pertinence des bestiaires anthropomorphiques, c'est qu'il y a là-dedans quelque chose de vrai : du bipède mal dégrossi au distingué Ducker, colvert élevé à Oxford, il n'y a pas de rupture ; seulement des degrés dans la grande chaîne du vivant...

Saturday 08 March 2014, a 14:23
Réveil théâtral
 

D'abord, mille excuses auprès des destinataires de mon service de presse des Pièces masquées : ils ont reçu leur exemplaire non dédicacé car posté en mon absence. Le petit démon des planches que j'évoque à la fin de l'Anti-Brecht s'était assoupi depuis pas mal de temps, peut-être dans le trou du souffleur qui n'a plus guère d'autre usage. Il s'est donc réveillé pour me tourmenter à nouveau. Je remercie Monique de Montremy et les Éditions les Cygnes, grâce auxquelles mon souhait de réunir en volume mes dernières pièces a été bellement exaucé. Sans compter le plaisir, aussi, de voisiner dans un vaste catalogue avec Stéphanie Tesson, John Osborne, Carlo Goldoni... Dès l'origine, le masque a fait partie de l'attirail théâtral. D'une manière ou d'une autre, nez de carton ou déguisement moral, les pièces réunies dans ce livre visent à le faire passer du rang d'accessoire à celui de ressort dramatique à part entière. S'y ajoute l'idée fixe de la répétition historique (« eadem sed aliter »), que seuls les myopes s'obstinent à nier. J'en dessine le schéma un tantinet caricatural dans C'est Byzance !, une autre de mes pièces publiée antérieurement par Les Cygnes et que Jean-Pierre Savinaud, qui avait si vigoureusement mis en scène Marie Dorval, met cette fois en lecture, au Vingtième Théâtre, le vendredi 28 mars à 15 h. Une séance de signature suivra. Deux cent cinquante places vous attendent. On vous espère nombreux ! PS : L'annexe parisienne du Département d'État, dirigée pour quelque temps encore par M. Fabius sous le contrôle éclairé de M. Lévy, traite le dossier ukrainien avec toute l'émotivité nécessaire et la perspicacité à long terme qu'on pouvait attendre : elles ont déjà fait leurs preuves lors de diverses affaires au Proche-Orient. J'invite mes fidèles lecteurs à prendre connaissance du commentaire inspiré par cette affaire à mon vieux camarade Patrice Dumby, démangé sur le tard et plus que moi par l'eczéma politique. Pour lire ce court texte intitulé « L'affaire ukrainienne selon M. Le Trouhadec » (encore le théâtre !) , il suffit de se rendre sur son blogue, Carnets politiques de Patrice Dumby : http://patricedumby.wordpress.com

Wednesday 18 December 2013, a 18:09
Pour clore l'Année Le Nôtre et saluer Altenberg
 

Il a beaucoup été question, en 2013, du démiurge de Versailles, de l'homme qui commandait aux éléments et aux saisons. Ici même, je ne me suis pas privé de joindre ma petite contribution aux hommages rendus au plus grand jardinier de notre histoire. J'avais annoncé voici quelques semaines la publication d'un « livret d'une soixantaine de pages » destiné à accompagner le coffret du film "l'Ordre vert", dont le DVD est toujours et plus que jamais au catalogue de France Univers. En fait ce livret, intitulé "le Jardin du paradigme", s'est étoffé en cours de route au point de devenir un livre à part entière. Au lieu de 60 pages il en compte 160 et, vêtu d'une jolie robe illustrée, tiendra son rang dans les bibliothèques, seul ou en compagnie du coffret. Pour éclairer un peu mes visiteurs intrigués par ce titre, « le Jardin du paradigme », entre linguistique et calembour, je prends la liberté de recopier la 4e de couverture (prière d'insérer) de l'ouvrage : « Voici un livre inhabituel, composé de deux parties face à face, l'une, à droite, sur les pages impaires, l'autre sur les pages paires. Les impaires sont réservées au découpage dialogué du film l'Ordre vert, long métrage de docufiction consacré à Le Nôtre, le Jardinier du Roi-Soleil. C'est le texte. Les pages de gauche en supportent le contexte, c'est-à-dire l'environnement intellectuel : "Fragments publiés de mon cru, écrit Michel Mourlet, réminiscences de lectures au fil des ans, notules jetées sur le papier, matériaux divers forment ce contexte juxtaposé au texte comme un écho, voire un contrepoint, et destiné à en multiplier et prolonger les résonances. Outre une qualité particulière d'éclairage, il me semble que cette méthode, par son double caractère spatial (mise en page) et subjectif (le point de vue exploratoire, non d'un critique extérieur, mais de l'auteur lui-même) apporte quelque nouveauté dans l'appréhension d'une production littéraire. Que celle-ci soit de nature filmique y ajoute peut-être un peu de singularité. Je la crois susceptible aussi, cette méthode, de mettre en lumière certaines constantes d'un travail et d'une réflexion qui n'apparaissent pas nécessairement au lecteur non prévenu." » Les personnes que n'aura pas fait fuir cette abrupte entrée en matière pourront bientôt retrouver le livre sur le site de l'éditeur : www.editionsfranceunivers.com, ou le commander à leur libraire habituel. (Dans les deux cas : pour, selon l'expression consacrée et qui s'impose ici, la modique somme de 14 €). Chez France Univers toujours, est annoncée la mise en vente imminente (18 €) d'un recueil de saillies satiriques, réflexions, croquis sur le vif, dus à la plume alerte d'un célèbre pilier des cafés viennois de la Belle Époque, Peter Altenberg. Titre de ces morceaux choisis : "À mots couverts, À demi-mot, Au bas mot..." Illustrés d'un cahier de photos : cartes postales de la capitale impériale, portraits de l'écrivain (mort juste au sortir de la Première Guerre mondiale), ils ont été réunis, traduits, préfacés et annotés par le plus français des Viennois, Alfred Eibel en personne, gourmand d'aphorismes, pratiquant d'Altenberg, et de longue date. Son souhait : faire mieux connaître en France ce vieux farceur, poète à ses heures, amateur de jeunes filles, l'œil perpétuellement aux aguets...

Thursday 12 December 2013, a 15:56
Vigny, cent cinquante ans
 

Il fut un temps, que nous sommes encore quelques-uns à avoir connu, où les chanteurs de variétés puisaient leur inspiration dans les poètes. Trénet chantait Verlaine, Léo Ferré Rutebeuf et les Fleurs du Mal, Brassens Francis Jammes, Jean Ferrat Aragon, et Bécaud saluait Cocteau en musique au lendemain de sa mort. À présent, dans notre France en voie de déculturation, le cent cinquantième anniversaire de la mort de Vigny, selon Proust le plus grand poète du XIXe siècle avec Baudelaire, passe à peu près inaperçu. La France déculturée ! N'exagérez-vous pas un tantinet ? m'objectera-t-on peut-être, si toutefois on connaît encore le sens de cette locution adverbiale. Je répondrais simplement qu'autour de 1900, les Annales politiques et littéraires tiraient jusqu'à 200 000 exemplaires. Tout cela pour dire qu'une fois de plus, Le Spectacle du Monde, grâce à Christian Brosio, sauve l'honneur : en publiant « Vigny antique et moderne », six grandes pages de votre serviteur luxueusement illustrées (n° 606, décembre 2013). Je n'y déplore qu'une peccadille, mais bien agaçante pour le maniaque de la langue que je suis. Les correcteurs qui passent derrière moi ajoutent en général des fautes à mes textes ; vieux contentieux entre eux et moi, qui dure depuis plus d'un demi-siècle. Dans mon Vigny quelqu'un a trouvé le moyen de transformer « près de » (« on n'est pas près d'oublier... ») en « prêt de » . Loin d'être une banale coquille, c'est une triple erreur : d'orthographe, de syntaxe et de sens. J'en suis d'autant plus consterné que je la dénonce en long et en large depuis vingt ans. Chers lecteurs qui, contrairement aux correcteurs, avez connaissance des Maux de la langue, vous pouvez en témoigner ! Vous pouvez aussi, sans quitter votre écran, consulter la version d'origine de « Vigny antique et moderne » en suivant le lien : http://papiers.enligne.over-blog.fr/article-vigny-antique-et-moderne-121564690.html

Friday 13 September 2013, a 16:52
Pour l'Année Le Nôtre
 

 

 

   Les vacances ont pris fin, tout comme les illusions des électeurs, mais non point l'Année Le Nôtre, valeur plus stable et plus sûre. Pour une fois, une célébration nationale a été suivie d'effets. Je note à ce propos que le fameux employé de la Fonction publique dont le grand-père avait bien connu Courteline, M. Soupe,  si paternel à notre égard et toujours à la pointe du progrès lexical, a jugé utile de modifier la dénomination officielle de cet acte de reconnaissance, pour l'appeler désormais « commémoration ». J'y vois pour nos gouvernants et nos édiles un avantage évident : célébrer implique l'organisation de manifestations, cérémonies, colloques, expositions, etc., tandis que commémorer, qui signifie « se souvenir ensemble d'un événement » peut aisément se satisfaire de quelques phrases dans un registre officiel et d'une ou deux lignes dans une rubrique de journal. L'économie de moyens intellectuels et financiers n'est-elle pas considérable ? Bien sûr, de mauvais coucheurs ne manqueront pas d'objecter qu'il s'agit en général d'anniversaires, et qu'on ne commémore pas ‒ démarche mémorielle  un anniversaire qui survient par définition dans le présent, mais seulement un événement du passé. Commémorer le quatrième centenaire de Le Nôtre est une de ces cocasseries dont le tout-venant journalistique, inapte à l'analyse de son propre instrument de travail, est friand. La substitution de « commémorer » à « célébrer » ne fera que renforcer l'erreur au sein de l'illettrisme contemporain. Voilà ce que diront les mauvais coucheurs, dont, comme vous le savez, chers lecteurs,  je me garde bien de faire partie !

   Je préfère donc revenir à mon sujet : les honneurs rendus cette année au fringant vieillard quatre fois centenaire à qui la France, à qui le monde doivent les jardins de Versailles, de Vaux, et cent autres merveilles sorties directement de ses mains ou de la puissance communicative de son génie.

   Beaucoup a été fait ; il faut s'en réjouir. Nous n'allons pas refaire une liste des expositions, restaurations, fêtes diverses consacrées au Jardinier du Roi, qui auront marqué 2013. On me pardonnera de retenir, parmi tous ces événements, ceux qui ont trait à mon travail personnel sur Le Nôtre, lequel a commencé il y a presque un demi-siècle avec la Méditation au Jardin, diffusée sur France Culture et nos ondes d'outre-mer. J'ai raconté dans la réédition de l'Anti-Brecht les circonstances qui ont entouré la naissance de la seule pièce jamais consacrée à Le Nôtre, pièce que Silvia Monfort envisageait de monter dans un festival juste avant que la Faucheuse ne l'emportât. La Méditation au Jardin a fait l'objet d'une adaptation filmée en 2003 par Corinne Garfin, l'Ordre vert, docufiction sélectionnée par deux festivals internationaux et éditée en DVD.

   Pour l'Année Le Nôtre, le DVD ressortira dans quelques semaines, couplé avec un livret d'une soixantaine de pages, intitulé le Jardin du paradigme. L'opuscule présentera le texte du découpage dialogué, face, et de façon juxtalinéaire, à ce que j'ai appelé le « contexte ». Je laisse aux personnes intéressées le soin de découvrir ce que recouvre ce mot.

   Toujours à la faveur de l'Année Le Nôtre, je prends également la liberté de signaler le numéro de juillet du Spectacle du Monde, où l'on peut lire une assez copieuse étude de mon cru : « Le Nôtre, jardinier suprême », parsemée de magnifiques images. On peut aussi  prendre connaissance du texte non mis en pages sur le blogue Papiers en ligne en suivant ce lien :  http://0z.fr/pTxGL   

   À bientôt ! 

Wednesday 06 February 2013, a 18:30
Pour le meilleur et pour le rire
 

 

   Il ne sera pas dit que je n'aurai pas apporté ma modeste contribution à la modernisation des mœurs telle que l'ont entreprise, contre le sentiment d'une immense majorité de citoyens et pour complaire à quelques groupes de pression, nos tontons flingueurs socialistes. J'ai trouvé dans les « Carnets politiques » de mon vieil ami Patrice Dumby cette émouvante photo tirée de l'album d'un mariage qui fit se gondoler les chaumières dans les années 80. Tout le monde aura reconnu les jeunes mariés : Thierry Le Luron et Coluche.

   Je suggère à mes lecteurs, qui savent que je ne les dérange pas pour rien, d'aller jeter un coup d'œil aux réflexions inspirées à Dumby par ce qu'il nomme « l'ouverture de la Cage aux folles ». Accessoirement, ils trouveront aussi quelques considérations fort impertinentes sur la révérence que s'apprête à tirer John Bull. L'ensemble est coiffé d'un titre :  « la Pêche à la ligne ».

   Malgré tous les efforts des esprits chagrins, ces quarante dernières années nous auront quand même bien amusés !

Lien des « Carnets politiques de Patrice Dumby » : http://carnetspolitiquesdepatricedumby.over-blog.fr/

 

Tuesday 11 December 2012, a 09:24
Sur la nouvelle édition de "Hyacinthe le Fou"
 

La publication en janvier prochain de la nouvelle édition du Petit Théâtre de Hyacinthe le Fou me conduit à quelques réflexions sur le sort présent de la poésie dans le contexte littéraire français, ignorant que je suis de sa situation hors de nos frontières. Après un élan magnifique au XIXe siècle  et qui s'est prolongé jusqu'à la mi-XXe par la grâce de Valéry, d'Apollinaire, puis avec les surréalistes, Saint-John Perse, Cocteau, quelques éclairs de René Char… les poètes et les amateurs de poésie se sont retrouvés coincés entre les mirlitons d'Aragon- Prévert, hissés à l'école (et ailleurs) quasiment sur le même pavois que La Fontaine et Victor Hugo, et l'hermétisme algébrique de quelques abstracteurs de quintessence, lesquels, distraits comme des savants de comédie, ont pris le terminus mallarméen où tout le monde descend pour un point de départ. (De même, il arriva au Pr Nimbus en maillot de bain de plonger du haut d'un pont, sur une voie ferrée qu'il avait confondue avec une rivière.)  Du coup, le public virtuellement sensible à l'expression poétique, à qui l'on a enseigné ces erreurs de perspective, d'une part s'est détourné avec effroi des manipulateurs de mots désincarnés, d'autre part s'est rallié en masse à la chanson, désormais identifiée comme la seule voie empruntable de la poésie contemporaine. C'est ainsi que d'authentiques poètes tels qu'Yves Martin sont morts totalement méconnus. C'est aussi pour cette raison que la collection « Poètes d'aujourd'hui » de Seghers, où les gens de ma génération ont appris à lire la poésie précontemporaine, celle des Saint-Pol-Roux, Corbière,  Laforgue, et aussi André Breton, dans un éblouissement perpétuel, cette mémorable collection n'a jamais connu de suite, ni aujourd'hui de réimpression. Comme la tragédie classique a été enterrée par l'académisme de ses épigones, comme la liberté musicale a été étouffée durant cinquante ans par la tyrannie sérielle,  la poésie a péri lentement, tantôt asphyxiée au fond des éprouvettes, tantôt noyée dans l'indifférencié des valeurs.

   C'est pourquoi je mesure et j'admire la témérité d'un éditeur qui, transgressant les règles actuelles de son métier, faisant fi du goût présumé des lecteurs, retrouve spontanément la démarche de ses meilleurs prédécesseurs : publier de temps en temps un livre, non pour « faire un coup », non pour se conformer à une étude de marché, pas même pour obtenir dans la presse intellectuelle un satisfecit sans effet commercial, mais pour le pur plaisir du geste et, quant au résultat à en attendre, comme on lance une bouteille à la mer.

   Cet éditeur, Arnaud Bordes, a baptisé son entreprise éditoriale Alexipharmaque. Ceux même qui n'ont pas appris le grec se doutent que le mot vient du pays où nous autres Européens sommes tous nés, comme s'en félicitait Thierry Maulnier, préférant les eaux de l'Alphée à celles du Jourdain. Il signifie « contrepoison » ; ce terme de l'antique pharmacopée indique assez l'ambition de la maison : purger notre société des substances vénéneuses qui l'ont mise dans l'état où nous la voyons maintenant. Parmi ces substances, la « marchandisation » sans frein des biens culturels n'est sans doute pas la moins nocive. Cela suffit sans doute à expliquer pourquoi Alexipharmaque n'avait pas hésité, il y a quelques mois, à publier le quatrième volume de mon « Temps du refus », Instants critiques, dont le premier était né à la Table Ronde, chez l'un de nos grands éditeurs disparus : Roland Laudenbach.

    La souscription qu'Arnaud Bordes lance à présent, jusqu'au 31 janvier, pour la nouvelle édition de Hyacinthe, est plus aventureuse encore. Certes la première, chez Loris Talmart au début des années 80, avait recueilli nombre de suffrages, et non des moindres ;  mais la santé de l'édition et le climat littéraire général étaient alors moins dégradés qu'en nos années 2000, où les « produits » (comme ils jactent) portant l'étiquette « littérature » ou « poésie », sauf  rares et remarquables exceptions, n'ont plus guère de rapport avec ce qu'ils contenaient autrefois.

   Cependant, mon éditeur casse-cou a glissé un atout dans sa manche : l'illustration, et en couleurs s'il vous plaît. Jeune peintre de très grand talent, Émilie Teillaud s'est éprise de ce fou de Hyacinthe ; elle l'a portraituré dans diverses occupations, notamment amoureuses, et à califourchon sur son âme. Le bougre, que l'on croyait mort, s'en est trouvé si bien qu'il a ressuscité : dans une seconde partie, Hyacinthe aux champs, venue s'ajouter à son voyage autour de sa chambre, il se promène dans la campagne, toujours en compagnie de son âme aux longues oreilles et rencontrant de-ci de-là une dryade ou un dieu.

   Si d'aventure un lecteur de ce Carnet souhaitait en savoir davantage, ou – qui sait ? – commander l'ouvrage, il pourrait se rendre sur le site d'Alexipharmaque : http://alexipharmaque.net/catalogue-general/le-petit-theatre-de-hyacinthe-le-fou-michel-mourlet

   Enfin, je dois à mes aimables visiteurs, en primeur, une information de première main : le samedi 9 février aura lieu une signature-exposition-vente de Hyacinthe ainsi que d'œuvres d'Émilie Teillaud, venue tout exprès de son atelier d'Ars-sur-Formans. De 15 h à 19 h à la Librairie du Sandre : 5, rue du Marché-Ordener – 75018 Paris. Tel. : 01 45 20 74 86.

 

Saturday 10 November 2012, a 08:16
Pascal, l'horreur du vide
 

Aux personnes qui me font l'amitié et l'honneur de suivre, quelquefois de loin, souvent de près, les écrits que je commets de temps en temps sur divers sujets, je prends la liberté de signaler une étude sur Pascal que je viens de publier dans le Spectacle du Monde de novembre : « Pascal, l'horreur du vide ». J'ai commencé à lire les Pensées très jeune et ne m'en suis jamais complètement détaché, ni complètement remis. Avec Pascal, j'ai expérimenté ce paradoxe d'être à la fois, devant un même homme, étranger à sa conception de la vie humaine comme de l'univers, et fasciné par une mécanique intellectuelle qui tient du prodige. Ne pas partager les certitudes de Pascal permet peut-être de mieux pénétrer les raisons de sa démarche. C'est en tout cas l'idée qui m'a poussé à tenter de faire, non pas « le » point sur lui, mais « mon » point, tant il est vrai que la pierre de touche qui nous confirme la présence d'un grand écrivain est d'éprouver sans cesse l'obligation de nous remettre en question par rapport à lui.

   La mise pages d'un magazine illustré est un art délicat qui exige parfois des sacrifices. L'auteur, quand il est jeune,  souffre d'une coupure de son texte presque aussi douloureusement que de l'extraction d'une dent sans anesthésie. L'anesthésie lui vient avec l'âge. Mais il me faut reconnaître que pour mon Pascal, le dentiste n'est quasiment pas intervenu. Quelques courtes citations, une ou deux phrases, ont fait les frais d'une cohabitation sans histoires entre de superbes images et cet écrit. Ceux qui, malgré tout, souhaiteraient en lire la version sans coupure peuvent se rendre à l'adresse suivante : http://0z.fr/rVYBR

 

Wednesday 12 September 2012, a 11:40
Nouvelles de Cinéphilie
 

Nouvelles de Cinéphilie

 

   Dans mon billet précédent, j'annonçais la grande enquête décennale de la célèbre revue anglaise Sight and Sound aux fins d'établir la liste des « Dix plus grands films de tous les temps ». Je précisais que je ne dévoilerai la liste que j'avais envoyée qu'après la publication des résultats et des listes de toutes les personnes sollicitées. Cette publication étant acquise, il y aurait matière à gloser sur les choix imposés par la majorité des voix. En gros, les listes précédentes relevaient plutôt des Histoires du cinéma d'avant-après-guerre, quelque part entre Sadoul et Bardèche-Brasillach (Enfants du Paradis, Cuirassé Potemkine…). Cette fois, on se retrouve dans les Cahiers du cinéma vers 1968. Qu'on en juge : Vertigo, Citizen Kane, la Règle du jeu, 2001 : l'Odyssée de l'espace, 8 ½…Ajoutons-y un Ford, l'inévitable Passion de Jeanne d'Arc, un Murnau et un Ozu (ces deux-là étant ce qu'il y a de mieux dans la liste avec Renoir). J'ai réservé le plus beau pour le dessert : l'Homme à la caméra de Dziga Vertov, dans la pure ligne des pochades expérimentales des années 15- 25. Et pourquoi pas la Folie du Dr Tube ? Une fois de plus on constate la vanité de ce type de classement, fondé sur une opinion majoritaire elle-même fondée sur un processus de recopiage mutuel dépourvu de toute authenticité. C'est ce qu'on croit qu'il est de bon ton de dire que l'on dit.

   J'avais promis de publier ici ma propre liste. La voici en copié-collé, dans ma lettre adressée à S & S :

 

Chers amis,

 

Par ordre alphabétique,  voici les 10 films qui m'ont (peut-être) apporté le plus sur le plan de la connaissance et de l'amour du cinéma :

 

Big Red One, the de Samuel Fuller

Capitaine Fracasse, le d'Abel Gance

Colorado Territory de Raoul Walsh

Déjeuner sur l'herbe, le de Jean Renoir

Saint Joan d'Otto Preminger

Samson and Delilah de Cecil B. DeMille

Tiger von Eschnapur, der – Das Indische Grabmal de Fritz Lang

Time without Pity de Joseph Losey

Ugetsu Monogatari de Kenji Mizoguchi

Viaggio in Italia de Roberto Rossellini

 

Chacun de ces films, à sa façon propre en reflétant les choix particuliers de son auteur dans l'immense catalogue de l'univers sensible et intelligible, impose un agencement final par la mise en scène de tous les éléments constitutifs du film ; et les exprime essentiellement à travers elle, sans jamais déformer à des fins expressives le dévoilement naturel du monde à notre conscience.  Le cinéma, dont ces œuvres sont quelques-unes des ambassadrices, s'inscrit ainsi dans la droite ligne de la seule révolution accomplie – grâce à l'image mécanique – dans la démarche de création artistique depuis les peintures des cavernes.

Michel Mourlet

Écrivain, théoricien du cinéma, chroniqueur littéraire.

France

 

   Cette liste, cela va sans dire, pourrait être différente aujourd'hui ou dans un mois, selon les fluctuations de ma mémoire, ou tel critère qui se présenterait à mon esprit. J'ai tenté surtout d'y équilibrer ma perception actuelle des films et le souvenir que je garde d'émotions d'autrefois. Aucun rapport, on le voit, avec les Histoires officielles du cinéma. Il s'agirait plutôt d'une histoire personnelle…

 

Thursday 12 July 2012, a 16:45
De site en blogue
 

 

   Bel hommage rendu à Alexandre Astruc en ce mois de juillet par la revue brésilienne en ligne Foco sous la houlette du cinéphile et critique Bruno Andrade. Celui-ci m'avait demandé d'y apporter ma contribution, ce que j'ai fait en prélevant dans mon Journal critique les notes concernant notre Alexandre depuis ma première rencontre avec lui en 1958. Ces notes viennent d'être publiées sur le site de Foco Revista, dans leur langue d'origine, en compagnie de divers autres articles en français, notamment de Rivette et Godard, et de textes en portugais. Les amateurs de cinéma qui ne se sont pas consolés de l'exclusion d'Astruc des grands et petits écrans, tandis que tant de médiocrités ou de nullités y prospèrent sans vergogne, peuvent se rendre sur le site de Foco en suivant le lien :

http://www.focorevistadecinema.com.br/

  

   Et puisque nous naviguons sur la Toile comme jadis Peer Gynt sur la houle de tissu jetée par Chéreau à travers la scène du Théâtre de la Ville, pourquoi ne pas signaler les pertinentes réflexions de mon camarade Patrice Dumby dans ses Carnets politiques, relativement au blocage dont sont victimes les arrogants responsables des diverses catastrophes (en attendant le naufrage final) dues à la monnaie unique, dirigeants et spécialistes psychologiquement incapables d'admettrre - encore moins de reconnaître - qu'ils se sont trompés dès l'origine en privant les nations maëstrichtiennes de leur liberté économique, seule adaptée aux qualités et capacités propres à chacune, à des caractéristiques de sol, de climat, de tempérament non interchangeables...

http://carnetspolitiquesdepatricedumby.over-blog.fr/

Friday 08 June 2012, a 22:57
Les Dix Plus Grands Films de Sight & Sound
 

Tous les dix ans, depuis 1952,  la célèbre revue anglaise Sight & Sound organise une grande enquête auprès des principaux critiques de cinéma, programmateurs, théoriciens de l'image et conservateurs des cinémathèques du monde entier, en leur demandant d'établir une liste des « dix plus grands films de tous les temps ». Il est généralement admis que ce « scrutin », parmi les diverses enquêtes de nature analogue, est celui qui fait autorité.

   Ce qu'il y a de fort intéressant dans le principe adopté par Signt & Sound, c'est l'élargissement du critère de sélection à des données qui ne relèvent pas strictement – j'allais dire « scolairement » – du domaine objectif et historique, domaine archi défriché et commenté qui amène le plus souvent les mêmes réponses et produit des listes consensuelles, pour ne pas dire esthétiquement correctes, très éloignées parfois du véritable sentiment des individus interrogés – je parle bien entendu de ceux qui peuvent ressentir quelque chose d'authentique et de spontané dans l'ordre de l'appréciation artistique.

   On peut sans trop de difficulté imaginer ma satisfaction à la lecture du programme qui ouvrait ainsi à mon classement (par ordre alphabétique) des chemins beaucoup moins balisés : « As for what we mean by ‘Greatest', we leave that open to your interpretation. You might choose the ten films you feel are most important to film history, or the ten that represent the aesthetic pinnacles of achievement, or indeed the ten films that have had the biggest impact on your own view of cinema. »

   À coup sûr, la troisième proposition était celle qui me convenait le mieux. Je ne dévoilerai pas aujourd'hui ma liste, qui sera publiée en août.  Je me bornerai à assurer qu'elle ne comportera ni les Enfants du paradis, ni le Cuirassé Potemkine, ni Citizen Kane, ce qui n'étonnera aucun de mes lecteurs.  Voici toutefois le commentaire dont, à la demande de la revue du British Film Institute, j'ai accompagné mon choix :

   « Chacun de ces films, à sa façon propre en reflétant les choix particuliers de son auteur dans l'immense catalogue de l'univers sensible et intelligible, impose un agencement final par la mise en scène de tous les éléments constitutifs du film ; et les exprime essentiellement à travers elle, sans jamais déformer à des fins expressives le dévoilement naturel du monde à notre conscience.  Le cinéma, dont ces œuvres sont quelques-unes des ambassadrices, s'inscrit ainsi dans la droite ligne de la seule révolution accomplie – grâce à l'image mécanique – dans la démarche de création artistique depuis les peintures des cavernes. »

Monday 09 April 2012, a 15:04
Peugeot la Honte
 

On vient de me communiquer une lettre publiée dans Le Monde du 8 -9 avril 2012 :
 

Expression « Lâche pas la patate»

 

Au moment où un constructeur automobile utilise la langue allemande comme vecteur symbolique de la qualité de ses produits, des groupes français se vendent... en anglais de pacotille. Ainsi, Peugeot affuble sa nouvelle 208 d'un «Let your body drive ». A l'heure où un label « Origine France garantie » est mis en avant, tout semble fait pour cacher cette réalité. Vendre en anglais, en France, aux Français, un produit fabriqué en France, c'est vraiment cracher sur notre langue et sur ceux qui la parlent. C'est le mépris élevé en mode de communication ! Quant aux arguments de nature économique, ils ne peuvent jouer ici alors que, sauf clins d'œil folkloriques, les concurrents étrangers vendent en français ! Il s'agit ici d'une volonté de renier ses origines et de refuser ainsi de façon ostensible de participer au destin collectif du peuple français qui, d'évidence, n'est pas la préoccupation des militants de la mondialisation qui veulent le tout-en-anglais. «Lâche pas la patate », disent les francophones de Louisiane. Nous, Français, ne lâchons pas la parole.

 

Marc Favre d'Échallens, LeVésinet (Yvelines)

 

Qu'ajouter à cela, sinon deux recommandations :

 

1)     Diffuser largement, comme je le fais, cette lettre publiée par Le Monde, qui se confirme comme le seul grand vecteur français de communication actuellement préoccupé de la question linguistique. Hors de toute querelle politique, une telle prise de position essentielle à la survie de notre identité commune doit être saluée et proclamée.

2)       Dans la mesure des possibilités de chacun, si l'on est Français ou francophone, boycotter et conseiller le boycottage du constructeur félon ; et d'une manière générale : acheter soit les produits de France qui n'ont pas honte de leur origine, soit les produits d'autres provenance qui, pour se faire comprendre, ont l'intelligence et le tact de s'adresser dans sa langue à la clientèle française.

Sunday 01 April 2012, a 07:13
Mirbeau au Théâtre du Marais
 

Je reçois de mon amie la cinéaste et metteur en scène de théâtre Anne Revel-Bertrand (à qui je dois un merveilleux voyage à Florence en 1990 : merci encore, Anne !) un communiqué de presse qu'il me paraît indispensable de porter à la connaissance de mes aimables visiteurs. Mirbeau, que l'on redécouvre depuis quelques années, écrivain sanguin, spontanément tourné vers les affrontements, caractère entier qui faisait pincer les lèvres à Gide, est un grand auteur dramatique. Les Affaires sont les affaires, c'est autre chose que Saül ! Excellente idée que  d'avoir adapté à la scène ces Souvenirs d'un pauvre diable :

« La Compagnie Anne Revel-Bertrand présente, du 6 mai au 17 juin 2012, tous les dimanches à 15h,  Les souvenirs d'un pauvre diable d'Octave Mirbeau, monologue adapté pour deux voix et musique.

Adaptation et mise en scène : Anne Revel-Bertrand, assistée de Florence Mercier-Handisyde.

Avec Mathieu Barbier et Yves Rocamora, musique de Patrick Durand.

 Max Coiffait, dans  Le Perche vu par Octave Mirbeau, et réciproquement, écrit :

« Le voyage des textes dans le temps ne va pas sans danger. Si on ajoute leur dépaysement de la fiction romanesque à la scène, ces Souvenirs d'un pauvre diable couraient encore plus de risques d'être trahis que s'ils nous arrivaient d'une lointaine langue étrangère.

Miracle ! J'ai eu l'impression en regardant Mathieu Barbier et Yves Rocamora de voir et d'entendre Octave Mirbeau ressuscité. Pas de doute, il aurait applaudi s'il avait pu être là. »

Le narrateur, prénommé Georges, raconte dans cette comédie satirique les épisodes de son enfance et de son adolescence, solitaire. C'est « un pauvre diable » qui a le malheur d'être  « né avec le don fatal de sentir vivement, de sentir jusqu'à la douleur, jusqu'au ridicule ».

La Compagnie Anne Revel-Bertrand nous fait découvrir l'actualité de cet auteur, dans une mise en scène basée sur le comique et le burlesque des situations et des sentiments, malgré la cruauté du récit.

Réservation : Théâtre du Marais, 37, rue Volta 75003 Paris – Métro Arts et Métiers –  01.45.44.88.42, theatredumarais@hotmail.fr »

Monday 12 March 2012, a 17:52
Un chapitre en quête d'auteur
 

On me signale un article de Wikipédia consacré à un chapitre de mon livre récemment réédité Ėcrivains de France, XXe siècle, chapitre intitulé selon l'auteur de l'article : « Obaldia créateur de langage ». Première bizarrerie : consacrer une entrée de cette encyclopédie – ou d'ailleurs de n'importe quelle encyclopédie – à  un chapitre d'un ouvrage quel qu'il soit. Seconde coquecigrue, beaucoup plus considérable : je n'ai jamais intitulé aucun texte « Obaldia créateur de langage » et aucun chapitre d'Écrivains de France ne traite d'Obaldia, qui n'est pas même cité dans l'index.

   Si ma mémoire ni mes archives ne me trahissent, je n'ai commis que quatre ou cinq textes assez courts sur le théâtre de René de Obaldia : les premiers il y a bien longtemps dans les Nouvelles littéraires et Valeurs Actuelles ; le dernier,« En direct de Genousie », beaucoup plus récent dans le présent Carnet de route, résurgence en ligne de mon Journal critique :

   Après Jean-Luc Godard qui attribue une de mes phrases à Bazin, voici qu'on m'attribue un texte qui n'est pas de moi. La clarté des esprits et la fiabilité de l'information sont en progrès chaque jour.

Monday 30 January 2012, a 08:48
Un journal culturel d'exception
 

La confiscation de la critique, notamment littéraire, par trois ou quatre journaux et magazines de la gauche intellectuelle donnant le la à tous les autres, a produit les mêmes effets que le monopole du pouvoir politique défendu babines retroussées sur les crocs, à coups de lois et découpages électoraux, de promesses intenables, de désinformation et de toutes sortes de manœuvres discriminatoires, par les farouches rentiers de situation qui se réclament de la démocratie : pas plus qu'on ce croit aux discours des politiciens, plus grand monde, désormais, parmi les amateurs de lecture n'attache d'importance à ce qu'écrivent nos aristarques, se recopiant les uns les autres avant de se saluer alternativement au bord de la soupière, comme les « oiseaux buveurs » mus par les oscillations thermodynamiques du chlorure de méthylène.

   Par chance, dans ces temps cadenassés où la France officielle remplace le talent par l'occupation du terrain, il y a comme toujours des trublions sans attaches, des voyous touchés par la grâce,  pour jeter dans le marigot culturel quelques authentiques pavés, sans rapport avec ceux de mai 68 stipendiés par des ambassades, ni avec les révoltes subventionnées, les ruptures bidon, les innovations d'avant 14 dont se délectent jeunes cols blancs  et vieux bonnets rouges, tous membres cooptés de l'académie de la pensée.

   En ce moment précis, il existe un  journal tout à fait épatant, comme on disait dans ma jeunesse, et qui m'inspire ces réflexions périodiquement ranimées depuis un demi-siècle que j'observe les mœurs de ces drôles de bêtes à plumes, à qui la tentation est forte d'attribuer des noms d'oiseau. Ce journal s'intitule Service littéraire. Il renoue avec la presse frondeuse, insolente et narquoise qui éclaira et réchauffa un peu les années grises de notre entrée dans la carrière : Arts, La Parisienne, un peu plus tard Matulu… Des écrivains qui ont quelque chose à écrire (cela arrive encore aujourd'hui) y parlent un peu de tout et de tout un peu, y chantent leur petite chanson – comme se plaisait à dire Jean Dutourd – sous la baguette magique de François Cérésa. Celui-ci a même eu l'obligeance d'accueillir un de mes billets sur l'actualité monétaire européiste, dans le droit fil de ce que nous sommes quelques-uns à répéter sans relâche depuis le funeste traité de Maëstricht (comme on avait toujours orthographié cette ville en français depuis d'Artagnan). Censé être la traduction d'un morceau de dialogue de Platon, ce billet met en scène un certain Trichas, dont je crois utile de publier la photo (voir ci-dessus). Si, à l'instar de mon vieil ami Socrate, vous le rencontrez errant par les rues d'Athènes à la recherche de l'euro perdu, sachez qu'il restera comme un des plus terrifiants agitateurs de l'Histoire, qui a réussi là où Louis XIV, Napoléon, Hitler ont échoué : mettre l'Europe à genoux.. Certes, il n'est pas le seul héros de cette triste aventure, mais on voit bien que son nom, rien que son nom, le destinait à de grandes choses dans le domaine de la finance. Sans doute n'a-t-il pas versé beaucoup de sang ; c'est néanmoins, pour utiliser sa langue préférée, l'ennemi public number one. L'ennemi de l'intelligence des faits.

   Si le cœur vous en dit, suivez mon conseil : achetez le dernier numéro de Service littéraire dans un kiosque ou en ligne : www.servicelitteraire.fr  Pour 2 € 50, ses huit pages élégantes et bien nourries devraient vous ravir.

   Vous pouvez aussi lire une version légèrement différente du Trichas dans un autre blogue (ce n'est pas une blague) : http://carnetspolitiquesdepatricedumby.over-blog.fr/


Ci-dessus : Trichas à la recherche de l'euro perdu ; un critique littéraire du XXIe siècle.

Wednesday 25 January 2012, a 14:22
FORGERIES
 

« FORGERIE : Document littéraire forgé par un faussaire»

(Littré)

 

   Irrésistiblement, ce journal de bord se trouve sans cesse ramené à certains thèmes comme un caboteur aux mêmes ports. Parmi ces thèmes : l'Histoire, sa fabrication, la manière effrontée dont certains arrangent à leur guise des événements qu'ils n'ont pas vécus, au nez et à la barbe de leurs authentiques acteurs. Nouvel exemple ci-dessous.

   Les temps changent. Il commence à paraître avantageux d'avoir été à l'origine de Présence du cinéma, ce prétendu repaire d'extrémistes, encore voué aux gémonies il y a peu. D'autres temps viendront où sera exaucé le souhait qu'il m'arriva d'exprimer dans un éditorial de Matulu en 1972 : « Si, un peu grâce à notre combat, une Renaissance, dont les premiers signes s'ébauchent, secoue les turpitudes et les absurdités où s'est enlisée notre culture, amis lecteurs, abonnés, donateurs, jeunes gens qui nous envoyez vos premiers écrits, illustres écrivains fleurissant nos colonnes, vous pourrez dire, vous aussi :  J'y étais ! »

   Pourquoi ce préambule ? Parce qu'un jeune « doctorant » qui prépare une thèse où il sera beaucoup question du « mac-mahonisme », vient de m'envoyer une lettre d'où j'extrais ce fragment :

  

« J'ai recopié dans une librairie un passage de l'autobiographie d 'Yves Boisset, parue sous le titre la Vie est un choix (Plon, Paris, novembre 2011).
   Il parle rapidement de Présence du cinéma : " Sur ma lancée, j'ai alors fondé avec Jean Curtelin une revue cinématographique qui se voulait  assez iconoclaste, Présence du Cinéma. Jean Curtelin était un jeune écrivain brillant, très spirituel et très charmant  mais assez peu scrupuleux. Dans la revue, nous nous intéressions à des genres de cinéma qui n'étaient pas encore à la mode, comme le western, le péplum ou le film d'horreur.
La revue marchait bien jusqu'au jour où Curtelin est parti avec la caisse. J'ai été obligé d'éponger les dettes.....Ce qui a permis à Curtelin, réapparu entre temps, de revendre à son profit la revue aux mac-mahoniens, un groupe de cinéphiles radicaux qui se réunissaient au cinéma Mac-Mahon pour y célébrer le culte des  quatre borgnes de Hollywood : John Ford, Raoul Walsh, Fritz Lang et André de Toth. Un culte au emeurant parfaitement légitime car ils étaient tous les quatre d'immenses cinéastes."

  Si Boisset a raison et si Curtelin a bien volé la caisse, cela fait de vous un receleur  puisque vous avez acheté à Curtelin une revue qui ne lui appartenait pas. Mais comment croire un cinéaste qui se prétend cinéphile et qui confond Losey et Preminger avec André de Toth et John Ford ? »


  

   Je ne suis pas peu surpris de ces propos de Boissset sur Présence du Cinéma. Sans parler de l'incroyable accusation sans preuve qu'il formule et qui pourrait, de la part des ayants droit de Jean Curtelin, lui valoir un procès en diffamation, je n'ai jamais entendu dire par personne qu'il ait participé d'une manière ou d'une autre à la création ou au financement de cette revue, fondée par ledit Curtelin et un ami de celui-ci, Michel Parsy. Le nom de Boisset ne figure même pas au sommaire du premier numéro. Il apparaît au n° 2/3 (sur le western) pour un article sur J. Sturges ; ensuite la revue s'installe chez Jean-Jacques Pauvert, épisode passé sous silence par Boisset. (Je ne pense pas que Pauvert se serait laissé « voler la caisse »...) Boisset y rédige encore quelques papiers, mais sa signature n'apparaît plus dans le n° 8, toujours chez Pauvert. Il n'y a pas trace de « péplum », bien entendu, dans ces premiers numéros, puisque c'est la promotion de Vittorio Cottafavi dans le n°9 qui a commencé à attirer réellement l'attention des amateurs de films sur ce genre, à travers l'œuvre du cinéaste italien ; puis Jacques Lourcelles a enfoncé le clou, avec le n° 17 sur Riccardo Freda. Boisset raconte n'importe quoi,  sans risque d'être démenti par les véritables fondateurs  de la revue puisque Jean Curtelin est mort et Parsy disparu, apparemment sans laisser de trace. Quant à « partir avec la caisse », encore eût-il fallu qu'il y eût une caisse ;  imaginez ce qu'elle pouvait contenir, alimentant une revue qu'on se refilait comme une patate chaude après y avoir laissé sa chemise !

   Pour ce que j'en sais, que m'a raconté Jean ou à quoi j'ai assisté, Présence du Cinéma a rencontré dès l'origine de grosses difficultés, pour avoir été lancée sans moyens comme beaucoup de revues à l'époque, qui ont d'ailleurs coulé très vite (L'Ecran de Labarthe, Actualité de Colette Durand, l'espagnole Documentos cinematograficos, etc.) Au bout de deux numéros, Curtelin et Parsy ont réussi à convaincre les Éditions Pauvert d'accueillir Présence, accord d'où sortirent, la couverture ayant changé de style, les « numéros noirs » devenus rarissimes. Puis, la revue continuant à perdre de l'argent, Pauvert jette l'éponge et Curtelin  récupère Présence. A peu près au même moment,  il rencontre Alfred Eibel. Ce dernier arrivait de Suisse avec quelques ressources et  accepta de financer plusieurs numéros. C'est alors que tous deux me demandèrent d'en assurer la rédaction en chef. Le premier numéro de la « série blanche », ce fameux n° 9 consacré à Cottafavi, a donné le nouveau départ de Présence pour une quinzaine de numéros simples ou doubles, qui ont établi sa notoriété. Aujourd'hui ils sont devenus, comme on dit, « mythiques » et s'arrachent à prix d'or, ce qui n'était pas le cas, hélas ! à l'époque.

   Après le n°15-16, Alfred Eibel s'est lassé à son tour (toujours la fameuse caisse – toujours aussi vide !!) et j'ai proposé de racheter la revue, pour une somme en rapport avec mes moyens financiers d'alors, à la limite de l'inexistence. J'ai fait le n° 17, puis j'ai offert la revue à Jacques Lourcelles, qui en a repris les rênes.

   Voilà en accéléré le déroulement de cette petite saga, qui d'ailleurs figure dans Wikipédia à l'entrée « Présence du cinéma ». Je viens de m'assurer auprès du toujours vaillant Alfred Eibel, oracle de la critique littéraire post-industrielle, que ma mémoire ne me trahissait pas. Tous ceux qui ont participé peu ou prou à notre mouvement de découverte-diffusion-critique, et à qui je rends hommage tant dans l'Écran éblouissant que dans une récente réédition en poche de Sur un art ignoré, jugeront bien imprudent que l'on brode avec une telle fantaisie  sur des événements dont plusieurs des principaux acteurs sont encore de ce monde… Les forgeries de Boisset illustrent à merveille le billet que j'ai publié ici même il y a quelques mois sous le titre « Comment s'écrit l'Histoire ». Et j'en reviens toujours à la même antienne : comment ajouter foi aux reconstitutions des historiens, quand ce dans quoi on a été soi-même impliqué commence déjà à être déformé, transformé ou occulté de votre vivant et sous vos yeux ? 

Wednesday 18 January 2012, a 11:49
La Fabrique de l'Histoire
 

   J'aime beaucoup ce titre d'une série d'émissions de France Culture : la Fabrique de l'Histoire. Pourquoi ? Parce qu'il établit au grand jour une réalité la plupart du temps occultée ou ignorée, en particulier de nos contemporains : l'Histoire n'est pas et il lui est impossible d'être l'expression de la vérité. Par vérité il convient d'entendre ici, non pas « notre » vérité relative, occasionnelle et transitoire, mais la certitude absolue, avérée, des faits, de leurs causes premières et secondes, de leurs effets sur l'époque considérée. L'Histoire ne peut être qu'une reconstitution a posteriori, autrement dit une fabrication par des artisans plus ou moins doués, plus ou moins honnêtes, plus ou moins actionnés par une passion idéologique, et qui lui imprimeront un cours et un sens selon leur propre pente, orientée par les modes, corrigée par les censures, ou encore accentuée par leur goût inverse de la contestation, c'est-à-dire en fin de compte au service de leur intérêt bien compris.

    Une fois bien assimilé ce mécanisme de l'Histoire recomposée par des subjectivités immergées dans l'ordre de leur temps, on cessera de s'étonner de l'ingérence du pouvoir politique, armé du législatif et du juridique, dans le travail angéliquement tenu pour désintéressé, purement spéculatif, scientifique et objectif de ces mêmes historiens qui protestent contre ladite intervention, c'est-à-dire contre le dévoilement au grand jour de ce qui s'est toujours pratiqué dans leur arrière-boutique. Que l'on imagine par exemple une loi qui ferait obligation aux pâtissiers d'introduire de la Maïzena dans leurs crèmes caramel, ce qu'ils font presque tous depuis cent quarante ans que la Maïzena existe, à l'insu du client aux papilles peu exercées. Le concert d'indignation qu'une telle loi liberticide provoquerait chez les Pères Lustucru !

   Ainsi, bravo, bravissimo à France Culture pour la Fabrique de l'Histoire,  enseigne qui  étale honnêtement les cartes sur la table. Et bravo d'autant plus que cette série vient de programmer une  émission de près d'une heure, produite et dirigée avec beaucoup de finesse et de doigté par Anaïs Kien,  sur la Cinémathèque française au temps béni de nos jeunes années où elle abritait Henri Langlois et Mary Meerson au numéro 29 de la rue d'Ulm. On y a retrouvé, égrenant leurs souvenirs, quelques-uns des derniers spécimens de cette espèce en voie d'extinction : les cinéphiles, notamment Costa-Gavras et Serge Toubiana, respectivement président et directeur général de l'actuelle Cinémathèque, l'anthropologue Marc Augé, les critiques-historiens du septième Art Michel Ciment et Bernard Eisenschitz, et, à titre de théoricien « mac-mahonien » du cinéma, auteur aux PUF du récent Écran éblouissant, votre serviteur.

   Cette émission est un chapitre d'une enquête plus vaste intitulée « Histoire de la Cinéphilie », qui mérite une place à part dans les archives comme illustration sonore du livre d'Antoine de Baecque la Cinéphilie, Invention d'un regard, paru chez Fayard en 2003. Si l'on est intéressé par cet aspect, l'un des plus caractéristiques et innovants, de la culture du XXe siècle, on peut écouter en libre service « Trois fois par jour, rendez-vous au 29 » ainsi que les autres chapitres de l'enquête sur : http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoire-de-la-cinephilie-24-2012-01-17


Ci-dessus : "le critique de cinéma", dessin de Redon illustrant un de mes articles de la série satirique "les Nouveaux Français" dans le magazine Le Point (N°73, 11 février 1974).

Friday 23 December 2011, a 09:32
Carnets politiques de Patrice Dumby
 

Bonjour à tous !

 

   En vous souhaitant de bien terminer 2011 et de commencer mieux encore 2012, j'ai le plaisir de vous annoncer l'arrivée sur la Toile d'un de mes vieux camarades (rencontré au début des années soixante), Patrice Dumby. Il a décidé d'y publier plus ou moins régulièrement, selon son humeur et l'actualité, ses Carnets politiques. Connaissant le caractère brûlant de la matière traitée et la fâcheuse manie de Patrice – unanimement et justement réprouvée de nos jours – de dire ce qu'il pense, j'ai tenté de l'en dissuader, mais en vain. Vous pourrez donc, si le cœur vous en dit, lire ses élucubrations en suivant le lien :  http://carnetspolitiquesdepatricedumby.over-blog.fr/

   Dumby m'a confié un portrait de lui (ils sont rarissimes), crayonné en 1963 sur une nappe de bistrot en papier par Boris Simon (1913-1972), écrivain, peintre, traducteur de Thomas Bernhardt, ami d'Henri Thomas avec qui il entretint une longue correspondance. Boris Simon est notamment l'auteur du premier ouvrage sur l'Abbé Pierre : les Chiffonniers d'Emmaüs, porté au cinéma en 1954. Ci-dessus : Patrice Dumby par Boris Simon.

 

   À bientôt et, encore une fois, tous mes meilleurs vœux.

Saturday 03 December 2011, a 18:16
Le phare du Grand Siècle
 

Inscrit au registre des Célébrations nationales, le tricentenaire de la mort de Boileau a été célébré avec une étonnante discrétion. Je crois bien qu'en tout et pour tout le Satirique a eu droit à une conférence en Sorbonne. C'est peu, pour le seul critique littéraire français qui ne se soit jamais trompé. Mais peut-être est-ce justement cela, cette infaillibilité, que lui reprochent ses confrères du XXIe siècle, qui usent leurs jours, leurs fonds de culotte et leur clavier à répéter avec un bel ensemble des louanges apprises par cœur ? À couronner des ouvrages dont personne ne se rappelle le titre deux ans plus tard ? Qu'est-ce que c'est que ce Boileau, ce trublion, ce voyou, qui disait ce qu'il pensait et qui pensait ce qu'il sentait ! À la trappe, le Despréaux ! Aux oubliettes, où auraient bien voulu le faire jeter leurs ancêtres en ligne directe, qui ne juraient que par Chapelain, Scudéry, Pradon et l'abbé Cotin ! Où ils seraient parvenus à l'expédier, si Louis XIV n'avait étendu sur lui son ombre protectrice ainsi qu'il l'a fait sur Molière.

   Hélas ! Comme aurait dit Alphonse Allais, plus le temps passera, moins il y aura de gens qui auront connu le Roi-Soleil. C'est pourquoi Le Spectacle du Monde, roi des magazines, m'a offert l'hospitalité ce mois-ci : pour réparer un peu cette injustice. Dans un magnifique numéro dédié à toutes les gloires de la France, je crois que mon modeste monument ne dépare pas trop l'ensemble. Ce n'est pas un tombeau, encore moins un cénotaphe ; c'est un phare, et habité : « Le phare du Grand Siècle ».

Ci-dessus : détail d'une des illustrations de mon article sur Nicolas Boileau, buste par Girardon (1628-1715).     

    

Friday 11 November 2011, a 09:57
Nouvelles radiophoniques et Communication en ligne
 

   Les auditeurs fidèles de mon émission Français, mon beau souci apprendront avec plaisir, du moins je l'espère, la participation désormais régulière d'Alfred Eibel, pour une chronique de critique littéraire intitulée « la Minute d'Alfred Eibel ». Bien entendu, sa durée excédera une minute ! Elle sera néanmoins trop brève à notre goût, nécessité de l'horaire faisant loi, mais suffisamment dense et riche pour compenser un peu sa brièveté. Je rappelle qu'Alfred Eibel, critique notamment à Valeurs Actuelles, a publié en 2011 plusieurs ouvrages d'un vif intérêt : deux recueils de rencontres avec des écrivains, De passage à Paris et  Garde à vue, sa correspondance avec Jean-Pierre Martinet et la réédition de Hors Commerce, volume collectif dont il avait dirigé la publication en 1974.

   Français, mon beau souci compte ainsi deux rubriques fixes, avec celle de Marc Favre d'Échallens, président de Droit de comprendre (l'association qui poursuit devant les tribunaux les auteurs d'infractions à la Loi Toubon) et administrateur de Défense de la Langue française. Et un troisième intervenant régulier : Pierre Londiche, comédien et poète, qui introduit dans notre machine bien huilée son grain de sel poétique et lit des extraits de livres.

   Je rappelle à mes lecteurs qu'ils peuvent écouter l'émission soit sur modulation de fréquence aux longueurs d'onde correspondant à leur situation géographique, soit par satellite pour certains pays étrangers, soit partout en France et dans le monde sur le site Internet de Radio Courtoisie : www.radiocourtoisie.net. Le site de cette station renseigne sur les diverses localisations de son écoute en France, Europe et Afrique du Nord ainsi que sur la grille de ses programmes, chaque émission étant rediffusée plusieurs fois dans la semaine.

   Enfin, je signale aux personnes intéressées que le sommaire prévisionnel de mes émissions figure dans l'Infolettre des Éditions France Univers. Elles peuvent s'inscrire dans la liste des abonnés en envoyant un courriel à : contact@editionsfranceunivers.com

   Il est également possible de lire cette lettre d'informations culturelles sur www.france-univers.over-blog.org/

   L'Infolettre informe ses lecteurs non seulement des activités, publications ou productions deFrance Univers, mais aussi de celles des membres ou sympathisants de son réseau amical et professionnel. La reçoivent directement  quelque six cents acteurs du monde de la culture et de la communication.

 

Post Scriptum : 1)Pour répondre à ceux de mes correspondants qui souhaitent écouter à la carte les deux entretiens que j'ai accordés à France Culture lors de la parution de l'Écran éblouissant (l'un dans l'émission de Jean-Paul Enthoven les Nouveaux Chemins de la connaissance, l'autre dans celle de Michel Ciment, Projection privée), n'ayant pas la pratique de ce mode d'écoute sur la chaîne en question, je leur suggère de se rendre sur son site pour y connaître la marche à suivre. Je leur signale également, sur le même sujet, mes deux entretiens sur Radio Courtoisie, avec Henri de Lesquen et avec Philippe d'Hugues (Libre Journal du cinéma).

   2) Alfred Eibel (photo ci-dessus) livre régulièrement ses réflexions et jugements littéraires sur :

www.memoirememoires.wordpress.com/

Sunday 10 July 2011, a 15:24
Le Bicentenaire de Théophile
 

Théophile Gautier cher à mon cœur. À plus d'un titre – et je ne parle pas seulement des titres de ses ouvrages… Cet apôtre, en ses débuts, du romantisme hugolien a apporté la contradiction la plus explicite à l'« engagement » de Lamartine et de Hugo. Indirectement par sa poésie et directement par sa pensée il a ouvert la voie à Baudelaire. Il a construit la tour de marbre et d'ivoire dont Mallarmé gravira les degrés jusqu'au sommet d'où l'on découvre, vide et hallucinant, « L'Azur ! L'Azur ! L'Azur ! L'Azur ! » Et il a restauré, tel un redresseur des dieux, tel un Julien, la beauté grecque, purement païenne, célébrée dans l'ivresse par Mademoiselle de Maupin.

   Pour marquer l'attachement que je porte au romancier (bien loin d'être l'auteur du seul Fracasse), au poète (prière de ne pas oublier Albertus !), au critique – l'un des plus perspicaces de son temps – Catherine Distinguin et moi préparons à l'occasion du bicentenaire de sa naissance une émission qui lui sera entièrement consacrée, avec des invités triés sur le volet. Cette émission d'une heure, Français mon beau souci, sera diffusée sur les ondes de Radio Courtoisie le lundi 1er août à 10 h 45 et à 14 h, le 2 à 6 h, le 6 à 10 h 45. On peut également écouter Radio Courtoisie en ligne  

sur http://mp3.live.tv-adio.com/courtoisie/all/courtoisie.mp3

   D'autre part, et pour la même raison, le luxueux magazine Le Spectacle du Monde m'a ouvert ses colonnes de Juillet, si j'ose risquer ce rapprochement avec les foyers d'incendie de 1830, dont le moindre ne fut pas celui d'Hernani qui enflamma jusqu'au gilet de Théophile. L'étude s'intitule « Théophile Gautier, le culte de la beauté ». Quelque peu tronquée par la mise en pages et les belles photos qui l'illustrent, elle pourra bientôt se lire dans son intégralité, sous le titre "Gautier dans son cadre", sur un site ami dont le lien est : http://papiers.enligne.over-blog.fr/article-gautier-dans-son-cadre-79036515.html

 

Thursday 23 June 2011, a 15:36
Canal Moins
 

   Mon vieux camarade Patrice Dumby recevait l'autre soir un ami anglais prénommé John comme beaucoup de ses compatriotes et qui, comme nombre d'entre eux, parle couramment le français. Avant de se rendre au restaurant, ils dégustaient à petites gorgées un « spritz » vénitien que Patrice avait confectionné avec les ingrédients  idoines, dans les exactes proportions recommandées naguère à notre ami par un serveur du Florian. Son invité jetait de temps à autre un coup d'œil vers l'aquarium à images que Dumby avait omis d'éteindre. C'était l'heure tranquille ou les lions boivent l'apéro et dévorent le « Grand Journal » de Canal Plus. Soudain, John sursauta. M. Denisot, le présentateur, venait de proférer une expression étrange, quelque chose du genre « dans un instant nous aurons en live… »

   Avec son délicieux accent de Cambridge, John s'exclama :

– Mais, qu'est-ce qu'il raconte, celui-là ! Il ne veut tout de même pas dire : « en direct » ? 

   Dumby hocha la tête avec consternation :

  Eh si ! mon cher, il veut dire « en direct ».

John ouvrit des yeux comme ces soucoupes qui s'empilent dans les pubs londoniens :

        Mais… ce n'est ni du français, ni de l'anglais ! Il y a « en », qui est un adverbe français, « live » qui est un adverbe anglais… Qu'est-ce que c'est, ce char à bœufs ? (Il voulait dire « charabia ».)

        Ben voyons… C'est notre « petit-nègre » à nous. C'est bien notre tour ! Nous sommes colonisés par tes cousins américains, béatement heu-reux de l'être, comme le cantonnier, et, pour avoir l'air chic et au courant, les Français essaient de faire croire qu'ils parlent anglais, tout comme leurs brillants ancêtres d'Alésia le latin.

        Et personne n'a encore appris à ce Monsieur… comment l'appelles-tu ? Denigaud ?

-    ...sot

        Denisot, que, en français, « en direct » se dit « en direct » ? Personne ne lui a expliqué qu'il était grotesque d'ajouter « en » à « live », qui comporte déjà un « en » implicite quand il est adverbe ?

        Hélas, mon cher John, je crains qu'autour de lui, à de rares exceptions près, tout le monde ne soit très satisfait de parler le même petit-nègre.

        Il faut vous battre !

        Nous nous battons, mon cher John. Mais les veaux, comme les appelait si justement le Général,  sont toujours aussi perspicaces en face du danger, si tu vois ce que je veux dire. À lire certains journaux, en particulier féminins, dont les états-majors définissent leur lectorat comme notablement sous-développé, tu serais effaré par le petit-nègre – ou mieux : le petit-français – ou l'anglais de cuisine– qu'on y jargonne… Et encore, s'il n'y avait que ça…

 

   Après m'avoir rapporté ce petit morceau de conversation, Patrice eut l'air si abattu que je crus de mon devoir de le réconforter. Mais je m'en aperçus très vite : le remède était pire que le mal.  Pendant son absence (à la suite de son dîner avec John, de plus en plus écœuré par les « veaux », il s'était enfui vers l'Italie, ou  Athènes, je ne sais plus), deux événements importants avaient eu lieu. Dans l'ordre : la Marche pour la langue française du Panthéon à Jussieu et la sortie des presses du livre de Robert J. Berg, professeur des universités américaines : Péril en la demeure, Regards d'un Américain sur la langue française. Ces deux événements avaient un point commun : le soutien militant des non-Français à la cause du français. Dans le magnifique défilé ceint de banderoles, hérissé de drapeaux, organisé par l'ambassadeur Albert Salon sur le boulevard Saint-Michel, et que les badauds regardaient passer, ébahis, on dénombrait plus de Haïtiens, de Québécois, de Belges (y compris flamands !), d'Ivoiriens, d'Algériens, d'Acadiens, de Mauriciens, d'Italiens et j'en passe, que d'autochtones !

   Le cher Patrice m'arrêta net dans mon élan lyrique :

        Eh, dis-moi, cette France en creux, ces patriotes qui, au lieu de défiler se sont défilés, ce vide au milieu des autres nations rassemblées, n'était-ce pas un beau résumé de la France éternelle, celle qui trahit, celle qui tremblote, celle qui comprend toujours trop tard, celle qui se fiche de son destin comme de l'an quarante et qui pleurniche ensuite (on appelle ça le devoir de mémoire), quand elle reçoit sur le coin de la frimousse, en bonne logique, ce qu'elle n'a rien fait pour empêcher ?

   Le bougre avait évidemment raison. Je décidai néanmoins d'avoir le dernier mot :

        Au fait… sais-tu de quel « an quarante » il s'agit ?

        J'imagine que ce n'est pas celui de l'Armistice : trop facile !

        Bien vu. Il faut remonter beaucoup plus haut : aux Croisades. L'« an quarante », c'est quelque chose comme « les pets de Madame Oclès », « rire à gorge d'employé », ou encore « fier comme un petit banc ». Les chevaliers en guerre contre les musulmans affirmaient volontiers qu'ils se moquaient de quelque chose, quoi que ce fût, « comme de l'Al-Koran ». Ce qui prouve, mon bon ami, et sans vouloir te contredire, que les natifs des bords de Loire – n'ont pas toujours tremblé de tout !

PS : Il y avait quand même quelques Français, et non des moindres, en tête du cortège, et qui se sont adressés à la foule au Panthéon : MM. Chevènement, Hagège, les députés Jacques Myard, Dupont-Aignan ; un message d'Alain Decaux a été lu... On ne va pas les énumérer tous. Mais on passerait encore beaucoup plus de temps a établir la liste de ceux qui, de toute évidence et nécessité, auraient dû être présents.

Wednesday 01 June 2011, a 16:04
Comment s'écrit l'Histoire
 

Que l'Histoire soit un roman, bâti par des idéologues à partir de quelques faits  matériellement prouvés, cette évidence n'est contestée par personne, sauf bien entendu par les historiens eux-mêmes et par les hommes politiques qui s'appuient sur leurs travaux. Curieusement, les historiens renoncent à un statut somme toute honorable d'artiste créateur pour tenter d'accréditer à leur avantage la fable d'une connaissance « scientifique ». Si l'on ne distingue pas clairement leur intérêt dans cette usurpation de compétence (que resterait-il de Michelet, s'il n'avait été grand poète et grand écrivain ?), en revanche on voit bien l'usage qu'en peuvent faire la politique et ses serviteurs, dont l'activité principale consiste à manipuler la réalité pour capter ou conserver le pouvoir.

   De semblables réflexions s'inspirent bien sûr de récentes manœuvres d'envergure pour transformer en dogmes protégés par des lois des vérités sans doute insuffisamment établies pour se défendre toutes seules. Point n'est besoin d'un arsenal judiciaire pour avérer que la terre est ronde. À l'inverse, on comprend qu'il en ait fallu un pour maintenir notre planète au centre de l'univers. Mais ces « mauvaises pensées » (selon le titre si juste de Valéry) peuvent naître aussi d'observations moins dangereuses dans des domaines de moindre importance, qui prennent ainsi valeur d'exemples et montrent bien, à leur échelle microscopique, comment s'écrit l'ensemble de l'Histoire.

   Je ne reviendrai pas ici sur la fameuse phrase attribuée à André Bazin par Godard, si ce n'est pour insister sur le fait qu'un historien professionnel, M. Pascal Ory, dans un texte sur Bazin (qu'il n'a connu ni d'Ève ni d'Adam, ni lu non plus à ce qu'il semble), publié dans l'agenda 2008 des célébrations nationales, a relayé sans état d'âme la bourde de Godard, – bien que celle-ci, remarque dans sa préface à mon Écran éblouissant Marc Cérisuelo, ait déjà engendré « une petite bibliothèque ».

   J'apporterai deux autres exemples d'erreurs qui concernent de près ou de loin le passé de mes activités dans la presse.

   La première est une sorte de résumé de l'histoire de la revue Présence du cinéma, que j'ai dirigée de manière effective de fin 1961 à fin 1963 ; mon nom apparut ensuite dans l'organigramme de Présence de manière plutôt virtuelle, car j'en avais confié la responsabilité à Jacques Lourcelles. Le résumé en question, qui se présente en bonne place sur Internet sous l'intitulé « Revues-de-cinema.net » est dans sa brièveté un étonnant tissu de contrevérités, rédigé on se demande par qui. Quelqu'un en tout cas qui n'a pas jugé utile de se renseigner à la source. Dès les deux première lignes on y apprend que Jean Curtelin et Michel Parsy étaient « les programmateurs du Cinéma Mac-Mahon », confondant ainsi les fondateurs de la revue avec le groupe des « Mac-mahoniens ». À la quatrième ligne, je découvre que j'ai racheté la revue en 1962, alors que ce fut en 1963. Dans l'énumération des dossiers-titres de chaque  numéros, celui qui reste le  plus célèbre auprès des cinéphiles – puisque, consacrant mon arrivée à la rédaction en chef de la revue, il intronisa en fanfare Vittorio Cottafavi –, le numéro 9, devient… « Le film de guerre américain » ! Si l'on souhaite connaître un peu mieux la véritable histoire de Présence du cinéma, on consultera Wikipedia  en suivant le lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9sence_du_cin%C3%A9ma

   Second exemple d'« Histoire en train de se faire » : dans l'excellent numéro 2 de la revue Capharnaüm, publiée par la moins méritoire maison d'édition Finitude, et consacré à la correspondance Jean-Pierre Martinet-Alfred Eibel, il est question, cette fois, de mon magazine Matulu. Dans le court avertissement qui ouvre le volume, je découvre avec surprise que Michel Marmin « enrôle dans son rêve à lui : une revue littéraire, Matulu » Eibel et Martinet…

    La réalité est tout autre. J'ai réuni, un soir de la fin de l'année 1970, quelques amis pour leur faire part de mon projet de créer, non pas une revue, mais un mensuel littéraire et artistique au format tabloïde, encore dépourvu de titre (le titre, de Jean Cocteau, me fut transmis par son exécuteur testamentaire André Fraigneau).  Ce soir-là, se trouvaient chez moi Pierre Goursat, secrétaire général de l'O.C.F.C., aujourd'hui décédé, Alfred Eibel, Michel Marmin, qui avait amené l'un de ses amis, Frédéric Vitoux, peut-être aussi Jacques Lourcelles, mais  ceci est à vérifier, et Jacqueline Ury. Je leur lus un manifeste que je venais de rédiger : l'Éléphant dans la porcelaine, dont un mot fit tiquer Vitoux : « croisade ». Ce manifeste devait servir de programme au journal tel que je l'avais conçu ; je le repris comme titre d'un livre publié à la Table Ronde en 1976. C'est seulement quelques mois après cette réunion que Michel Marmin me fit connaître son ami Martinet, que j'instituai « directeur de la publication » (à partir du numéro 2), fonction juridiquement obligatoire dans les entreprises de presse. Contrairement à ce qu'affirme une note de Capharnaüm (p. 12), Martinet n'a jamais été rédacteur en chef de Matulu.

    Même conseil que pour Présence : que ceux qui veulent vraiment connaître l'histoire de Matulu la cherchent dans Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Matulu

   Le lecteur objectera que tout cela n'a aucune importance. J'en suis bien d'accord, et je n'aurais même pas relevé ces vétilles, si la concordance des trois exemples ne m'avait  semblé corroborer – fût-ce d'une façon… corpusculaire – le constat épistémologique de mon entrée en matière. Tout se passe dans le domaine du passé, même le plus immédiat, comme si, au témoignage direct des acteurs d'un événement, l'historien ou assimilé préférait systématiquement le récit de deuxième ou troisième main, le vague souvenir indirect d'un tiers ou tout bonnement les éléments rassemblés avec bonne volonté, mais de très loin, par un universitaire ou un curieux. Il y a peut-être derrière cette anomalie une règle, édictée par Alphonse Allais, Jarry ou bien Pierre Dac et Francis Blanche : la vérité est contagieuse et l'historien doit s'en préserver en maintenant entre elle et lui la plus grande distance possible !

Thursday 21 April 2011, a 10:35
La Toile flotte au vent de la liberté
 

   Depuis l'ouverture de ce « Carnet de route », je n'ai cessé de vanter les vertus de la Toile, par opposition à la presse écrite, ou du moins à ce qu'elle est devenue sous les pressions conjuguées de l'  « horreur économique » et de la bien-pensance, c'est-à-dire et comme il fallait s'y attendre,  sous le double règne de ce qu'il y a de pire à droite et de pire à gauche, marchant main dans la main en tête du cortège sous la pancarte « Pensée unique ». L'un des effets de ce double règne est la place de plus en plus exiguë réservée par les quotidiens et les hebdomadaires à la critique dans le domaine de la Culture. Si les rares jeunes gens qui lisent encore aujourd'hui ce type de journaux avaient l'occasion de feuilleter leurs équivalents des années cinquante-soixante, ils n'en croiraient pas leurs yeux. Outre un espace deux fois plus vaste, ces grands organes de la presse écrite offraient sur une exposition de peinture, par exemple, non pas un catalogue hagiographique, mais une étonnante diversité d'opinions nuancées ou tranchées ; les critiques littéraires ne parlaient pas à l'unisson chaque semaine des dix mêmes livres à l'exclusion de tous les autres (d'où leur perte d'influence) ; les émissions radiophoniques importantes faisaient l'objet d'annonce et de compte-rendu ; les critiques dramatiques rédigeaient encore leur « feuilleton » périodique, souvent journalier, ils connaissaient l'histoire lointaine et récente du théâtre, ils étaient capables de se référer à des mises en scènes mémorables et d'établir des comparaisons, et surtout ils disposaient de la place nécessaire pour le faire ; les programmes de la télévision, dès le début de sa popularité, donnèrent lieu à des analyses approfondies (qu'on se souvienne seulement de la page entière des Nouvelles littéraires) ; et je m'abstiendrai de parler du cinéma, dont le sort journalistique est devenu par trop affligeant.

   Il nous reste donc la Toile, sa liberté, son chatoiement, sa surface sans limite, et ses visiteurs chaque jour plus nombreux, qui y trouvent ce qu'ils ont depuis longtemps renoncé à chercher dans le papier imprimé. Je le dis avec d'autant plus de mélancolie que – ceux qui suivent un peu mes travaux le savent – je continue de-ci, de là, à écrire dans des magazines et des revues, mais bien entendu sous des couvertures comme celle du Spectacle du Monde, où l'on s'efforce de préserver ce qui peut l'être de la liberté d'expression. Laquelle, encore une fois, passe aussi par la surface octroyée.

   C'est pourquoi j'ai été heureux, mais non point surpris, de découvrir dans le magazine en ligne Le Monde de l'Art et des Lettres l'un des plus avisés parmi les commentaires qu'ait motivés la récente réédition (copieusement augmentée) de mon pugnatorium opusculum, « l'Anti-Brecht », pourtant assez bien servi déjà par Valeurs Actuelles, le Figaro Magazine, le Service littéraire, Éléments et j'en passe. L'auteur en est Philippe Champion.

   Le directeur du Monde de l'Art et des Lettres, Jean-Bernard Cahours d'Aspry, est également producteur-animateur de l'émission le Florilège des Arts à Radio Courtoisie. Je reproduis ici le message de remerciement que je lui ai adressé, car il résume assez complètement le propos du présent billet :  « J'ai trouvé le commentaire de votre collaborateur parfaitement ajusté à son objet et sûrement le meilleur des « papiers » que mon petit opus a suscités. C'est bien là que l'on constate à quel point la place dont dispose le critique influe sur la qualité de son analyse : la surface de plus en plus rétrécie attribuée par la « grande presse » (grande jadis) aux pages culturelles ne permet plus l'expression d'examens détaillés et d'appréciations motivées. Outre une complète liberté de jugement, votre Monde de l'Art apporte à cet égard la démonstration des bienfaits de la Toile ! » http://www.lemondedelartetdeslettres.com

 

 

Wednesday 13 April 2011, a 08:27
France Culture : renouveau printanier
 

Décidément, je n'en finis pas de battre ma coupe, comme on disait en vieux françois, au sujet de France Culture. Pourtant, si quelqu'un est rétif à cette opération, c'est bien votre serviteur, y compris – et sans égard pour l'étymon – lorsqu'il s'agit de champagne… (Comme le proclamait Victor, « Ces choses-là sont rudes/Il faut pour les comprendre avoir fait ses études. ») Donc, dans l'un de mes livres récemment publiés, Instants critiques, je fais état d'un ostracisme dont, jusqu'à présent, je m'estimais victime depuis le milieu des années 80 à France Culture, après y avoir été maintes fois invité lors de mes débuts, tant pour y donner mes premières pièces que pour participer à nombre d'émissions. Et puis, dans une note ajoutée à l'extrait de mon « Journal critique » publié dans le même ouvrage, je reconnaissais néanmoins avoir découvert, en classant de vieux papiers, une entorse – que j'avais oubliée – à cette mesure d'éloignement : en 1994, l'excellente productrice Christine Goémé était venue avec son équipe jusqu'à mon bureau de Valmonde pour me faire parler de Barrès. Ensuite, et jusqu'à ces dernières semaines, silence radio, c'est le cas de le dire. Mais, surprise ! Me voilà convié par deux fois et coup sur coup au palais de l'avenue Kennedy ; pour un entretien dans les Nouveaux Chemins de la connaissance de Raphaël Enthoven, et  dans Projection privée de Michel Ciment. Le printemps est arrivé. Dans la grande Maison Ronde, le talent refleurit partout !

   Ainsi a pris fin, semble-t-il, mon bannissement de France Culture, dont le point culminant fut en 1987 la suppression pure et simple, pour crime de lèse-Godard, d'une émission des Nuits magnétiques consacrée par Michel Boujut à mon livre la Mise en Scène comme langage, qui venait d'obtenir le prix du Meilleur Livre de cinéma. Il est vrai que la productrice de la série, responsable, selon ce qui m'en fut dit, de cette grotesque censure, devait par la suite se distinguer par des prouesses non moins brillantes, appréciées et mémorables, en qualité de directrice de la chaîne en question et dans le secteur éditorial.

Sunday 10 April 2011, a 09:48
Délires à la SGDL ?
 

Ci-dessus : Un exemple ancien de "livre enrichi".   

 

   Membre de la Société des Gens de Lettres depuis bientôt un demi-siècle, je reçois régulièrement de cette honorable association (fondée en 1838) une lettre d'information qui, depuis peu, m'arrive par voie électronique. La SGDL s'est donc modernisée. Elle se veut même, aspiration certes légitime pour une institution vouée à la littérature, tellement « à la page » qu'on s'y trouve invité à ce type de colloque : « Littérature et numérique : vers quelles écritures? »

   Déjà, avant de poursuivre, nous voici arrêtés par une difficulté. Si ce qui importe à l'assise d'une œuvre pour en assurer ou au contraire en exclure la qualité, est essentiellement le regard de l'artiste, le son de sa voix, et, porté par ces vecteurs qui sont la façon de dire, le contenu du « dit », le support matériel exerce-t-il une quelconque influence sur ces paramètres ? En d'autres termes, et en prenant comme exemple l'art où le support paraît revêtir la plus grande importance par rapport au message supporté, j'entends : la peinture, – le choix de la toile, du papier apprêté, du panneau de bois, voire du pan de mur ou du plafond, est-il à même à modifier en profondeur le talent du peintre, la force expressive, la beauté, les significations de son travail ?

   Certes, le format du support peut se révéler déterminant, et l'on ne réduit pas en médaillon ce qui s'étend sur une fresque. Mais il en va de même et depuis toujours avec les formats littéraires, et la poésie ne chante pas la même chanson dans l'Énéide que dans Émaux et Camées. Y a-t-il là matière à colloque ?En revanche, écrire avec un style ou un stylo, ou un Bic, un porte-mine, une plume d'oie, tapoter le clavier d'un Mac ou d'une vieille Remington, griffer de son immortel génie le papyrus, la tablette de cire, la peau d'une chèvre, une feuille 21x29,5 ou un cédérom, ne ferait éventuellement varier que la rapidité d'exécution, et encore. Je connais des Flaubert sur Word qui rédigent moins vite que certains  Rouletabille de jadis, accrochés à leur plume Sergent Major. Quant aux pages dont le triste sort est de ne se lire pour le moment que sur écran, tout le mal qu'on leur souhaite est de trouver au plus vite leur écrin de papier. Allons-nous mobiliser des « spécialistes » pour élucider cela ?

   Ainsi, la question posée : « Littérature et numérique : vers quelles écritures ? », dépendant pour l'essentiel de l'écrivant, et non de l'écritoire,  nous apparaît pour le moins oiseuse. Mais il est vrai qu'elle ressortit à un type de réflexion qui part du principe que tout le monde est capable de créer, et qu'il suffit de « former » - ou de formater – un quidam démangé par l'envie de se faire connaître à la devanture des libraires, pour qu'il se métamorphose en Victor Hugo. L'une des causes dela médiocrité actuelle des romans français (remarquée par le monde entier, sauf bien entendu par les responsables eux-mêmes) et de l'échec littéraire de tant de personnes par ailleurs dignes de considération, et qui tireraient profit à exercer leurs talents en d'autres domaines, est que l'on croit à ces folies échappées de cerveaux embrumés par un égalitarisme de nature, confondu avec l'égalité de justice – et par le tout vaut tout de la prétendue « post-modernité ». L'art d'écrire s'apprend, ou plus exactement se perfectionne, mais il y faut au préalable un don qui, lui, ne s'apprend nulle part. Quand il recommencera à comprendre ces évidences premières, le landerneau intellectuel s'en portera un peu mieux.

   En réalité, il n'a probablement jamais cessé de les comprendre. Mais il faut à présent compter avec tous les conseillers, conseilleurs, consultants, psys, experts, Docteurs Knock et autres coaches qui surgissent partout où une pseudo-spécialisation à vocation pédagogique parvient à soutirer quelques euros de la poche de malheureux crédules, persuadés que la narratologie,les bonnes recettes scénaristiques, l'agencement d'un récit, l'habileté à torcher un article sont matières d'enseignement magistral. S'il y a un apprentissage possible de ces pratiques, il ne saurait venir que de la fréquentation assidue des grandes œuvres d'une part, et, d'autre part, de notre expérience personnelle « sur le tas ».  (On observera d'ailleurs, en parallèle, le dogme inverse appliqué aux arts plastiques, où il est recommandé – au rebours de leur longue histoire et du simple bon sens – de ne rien apprendre, rien connaître,  rejeter toute éducation d'école pour « libérer » du carcan des règles la créativité de l'individu.) Cela dit, on doit reconnaître au colloque patronné par la SGDL le mérite d'une gratuité qui l'exonère du reproche ci-dessus.

      Ce n'était qu'entrée en matière. Car l'information réellement extraordinaire que j'ai recueillie dans l'invitation en question, information sur moi-même de surcroît, est que je suis un « professionnel des industries créatives ». Alors que j'annonçais cette grande nouvelle, ou plutôt cette promotion, à ma tendre épouse, celle-ci, qui n'entend rien au vocabulaire du monde contemporain, s'est écriée : « Te voilà donc comme les ballons, quasiment un référentiel bondissant ! »

   Eh bien non, ma chère ! Il ne s'agit pas seulement ici de l'aimable grimauderie qui, pour notre agrément et celui des mauvais esprits de notre espèce, enveloppe les choses les plus simples de paillettes de mica remontées des abysses universitaires. Il y a, derrière la pacotille de ces termes d'apparence anodine, un monstre grimaçant. Le serpent technocratique et mercantile s'agite, se gonfle, se tortille, résolu à nous avaler, à nous ranger dans ses cases intestinales étiquetées « professionnel », « spécialiste », « chômage », « industrie », « rentabilité » et, tout de suite après, cela va sans dire, « démarche citoyenne », « zone euro », « P.I.B. », « croissance »,  « mondialisation ». La panoplie du prêt-à-penser économico-politique a été préparée avec soin à notre intention dans le double fond de ces trois petits mots bien propres, bien astiqués, bien cuistres, qu'on nous tend avec un bon sourire.

   En outre, ces « industries » créatives, par leur connotation de fabrique à la chaîne et de mercatique épicière, contreviennent de la manière la plus fâcheuse à la notion d' « exception culturelle » que la France et quelques autres nations ont eu tant de peine à faire admettre naguère, les organismes internationaux du commerce étant imprégnés par la conception anglo-américaine de la Culture marchandisée.

   Toutefois, j'ai conservé le meilleur pour la fin. Nous, professionnels des industries créatives, sommes conviés à nous réunir « autour de la question du livre enrichi pour questionner les futurs de la création littéraire ». Passons sur le « livre enrichi », c'est-à-dire parsemé de gadgets, images, sons, commentaires. Nous le voyons surtout comme une tentative pour enrichir l'éditeur plutôt que le texte lui-même qui s'en passe fort bien, mais qu'importe et après tout, pourquoi pas ? Cela existe depuis les enluminures. En revanche, rien de plus agréable ne pouvait m'arriver ces temps-ci que de rejoindre quelques autres « professionnels » autour d'une question pour questionner des futurs. Et d'autant que nous sommes invités par la même occasion « à twitter durant l'événement avec le hashtag #atfr » (j'ai fait un copié-collé pour garantir la fidélité de la citation.) Qu'est-il arrivé à notre digne établissement pour qu'il cautionne ces charabias ?

     J'évoquais Flaubert il y a un instant. Voilà qui pourrait donner l'idée d'une précaution utile : avant d'écrire ou surtout de publier quoi que ce soit, même sur la Toile : toujours se demander ce que Flaubert en aurait pensé, avec son penchant pour les joyeusetés bouffonnes. Eût-il épinglé précieusement telle ou telle phrase dans le Dictionnaire des idées reçues, ou dans Bouvard et Pécuchet ? Notre cher Gustave avait sans doute adhéré à la Société des Gens de Lettres… Si son ombre se promène encore, mélancolique, par les champs et par les grèves, et dans les couloirs de l'Hôtel de Massa, mieux vaut lui éviter de trop fortes rigolades, n'est-ce pas ? 

 

 

Thursday 31 March 2011, a 09:17
Les Mardis littéraires de Jean-Lou Guérin
 

   On connaissait les Mardis de Mallarmé, mais connaît-on suffisamment ceux de Jean-Lou Guérin ? Il y a peu, ils accueillaient nos amis Bruno de Cessole, Anca Visdei, Alfred Eibel et aussi Stéphanie des Horts, Cécilia Dutter… Cela se passe au premier étage du Café de la Mairie, place Saint-Sulpice, n° 8.

   Le 19 avril, Jack Forget y présentera son dernier livre, qui est aussi son premier roman : l'Arbre à tiroirs. Voici comment Alfred Eibel résume l'auteur et son œuvre : « Jack Forget, sa règle de vie : attendre peu des autres, beaucoup de soi. Né d'un père épicier et d'une mère professeur. A débuté dans la vie active en vendant du muguet aux Halles de Paris. A beaucoup voyagé, accumulé les boulots, les diplômes : agrégé d'économie, docteur en philosophie. Puis,  a dirigé le cirque Pinder pendant des années. Puis, a été agent littéraire et artistique. Il s'est occupé de Jean-Edern Hallier. Bruno Cremer est devenu son ami. Fréquente écrivains, musiciens, peintres. A contribué à l'album "Boîte à secrets" du peintre Milshtein. A travaillé avec Gourmelin. Hostile aux interdit qui interdisent les plaisirs simples de la vie. Du cinéma, il attend de l'étonnement et de la joie. N'a pas de copains. L'amitié, dit-il, a un sens si elle possède un socle inébranlable. Entretient des rapports avec des gens qu'il qualifie hors normes, parce qu'ils n'ont rien à prouver ; parce qu'ils vivent très bien de ce qu'ils font.  Ce Français dirige l'International School of Management de New York, avec des succursales à Londres, Tokyo, Shanghai et au 148, rue de Grenelle, dans le 7ème arrondissement. A publié en 2010 un récit, L'Arbre à Tiroirs. Août 1954, aux Éditions France Univers, qui pose la question : jusqu'où peuvent remonter les souvenirs ? »

   L'Arbre à tiroirs, en effet, est une enquête aux allures quelque peu autobiographiques, dans laquelle se lance un homme mûr pour tenter de retrouver son enfance : lointaine, insaisissable, mystérieusement disparue.

   Parti de rien et de nulle part, Jack Forget, le 19 avril, révélera peut-être son secret. Sa causerie s'intitulera : « Peut-on réussir sa vie ? » Vaste sujet, et qui ne se limitera pas, on s'en doute, à l'état d'un compte en banque. Un sujet et un personnage qui vont attirer beaucoup de monde. Il serait prudent d'arriver un peu en avance, le 19 avril, au Mardi littéraire de Jean-Lou Guérin.

 

    

Sunday 13 March 2011, a 15:59
Un poème d'Aranjo
 

Le poète ARANJO,  né comme moi entre l'aurore de Parménide et le crépuscule de Sénèque, et dont me plaisent les signes mystérieux tracés d'un doigt qui semble s'écorcher sur d'antiques surfaces rugueuses, m'envoie la plus récente occurrence, mais non pas ultime, j'espère, de  ma pièce fétiche, la Mort de Néron, qui n'en finit pas de surgir et resurgir, grâce à lui, des sables universitaires où elle aurait pu s'endormir à jamais :

 

TRAGÉDIE PRÉTEXTE, par Daniel Aranjo

Solitude thermale ; morte saison ; morte comme…

Qu'amener près de ma forge vide, à mi-Apennin d'automne, aux thermes fumants des Eaux-Chaudes, ce matin, si c'est du moins automne, hiver

sur cette sableuse mosaïque vitrifiée de gel, tel un vers brumeux d'Hésiode suintant dans un bruit de serrure

(cependant qu'au bas de la vallée, un dieu tardif prépare ses langes brûlants de torrent en se hâtant sous des aubes lunaires…) ?

Quels livres, rares, ficeler avec un soin d'affranchi à dos de mulet, et puis feuilleter d'une main hors de la braise boueuse du bain ? (Il entre du rite en de telles saisons et ces travaux dont rien ne vous distraira, que l'on mène enfin là, loin de tous.)

Qu'ai-je amené, cet hiver, à Aquæ Sextæ ?

D'abord une vieille thèse sur le théâtre de Sénèque, dont le vieux papier même fait du bien, et de savoir qu'avant celle-ci d'autres, mais en latin, ont déjà traité L'Usage des prépositions dans les tragédies de L. A. Sénèque (Vienne, 1793), la Préposition in + accusatif chez Sénèque (Leipzig, 1795), Les Substantifs de Sénèque le Tragique (Berne, 1796) ou Les Comparaisons ek tou adynatou chez les poètes latins (Würzburg, 1798).

Oui cela pacifie, comme une joie. Sauver du moins le nom de ces dissertateurs cicéroniens à barbichette !

Odeur fade et salubre d'eau de feu protohistorique d'avant le Déluge forée par deux kilomètres de fond comme un bitume saint.

Et puis, du fond de mon étuve-courant d'air, cette MORT DE NÉRON, d'après Caius Suetonius Tranquillus, intense comme cette allée à urne de rouille, là-bas, à ma fenêtre grossie de sanatorium, où j'irai peut-être, l'âme neigeuse, chercher je ne sais quoi encore de creux à venir hors de la boue cendreuse où se défait pour l'heure (lueur terreuse et ultime de conscience) un gris tison de ma sueur.

Il peut y avoir des tragédies, dit Aristote, sans étude de caractère. C'est vrai.

Puis demain, peut-être, l'Octavie du Pseudo-Sénèque, petite tragédie prétexte (la seule à sujet national que nous ayons gardée), datable des premiers Flaviens, à feuilleter d'un autre doigt dans l'aube brouillardeuse et batailleuse d'avant forum, d'où sourd un soufre sec à goût d'alun.

Oh non, nous ne mangeons plus couchés sur des lits de pourpre ni de chaume en C, ni aux mêmes heures, mais enfin notre source n'a point changé depuis vingt siècles et ne fut baptisée de nul Pie VII cireux ou maint Grégoire chose

- notre seigneur le Pape ! dont je suis pour l'heure le sujet, né sous quelque Pie VI - ah pauvres Italies ! - et habite toujours pour l'instant une lointaine marche tout écussonnée, tel un bigot marquisat à distance, de lourdes abbayes

(mais, entre Pie VII et Grégoire Seizième, quel autre déjà était-ce, il y a dix ans à peine, dont j'oublie chiffre et nom, comme une fresque à l'éclair usé confond les armoiries de toute sa dynastie à mitres ?)

Ah, j'aurais dû m'en douter, il y en eut deux, dont un éphémère et pieux autre Pie (VIII), pontife quelques semaines à peine,

le temps de décrocher son effigie à loutre de nos deux douanes à guérite avec l'apaisante Ombrie, à pente chuchoteuse de tableau, et l'antiquissime enclave consulaire de Saint-Marin, à flanc gris de Mont Aiguille-Titan

qui, celui-là, nous ensevelira tous de son suaire ponce, sans le moindre usage crématoire.

 

 

Thursday 17 February 2011, a 14:31
Merci à Raphaël Sorin
 

   Il y a longtemps que j'entends parler de Raphaël Sorin. Certains de mes amis l'ont connu ou le connaissent encore : Pierre Rissient, l'homme de cinéma à l'œil absolu comme certains musiciens ont l'« oreille absolue », Alfred Eibel, le critique qui sait lire (oui oui, cela existe !)… Ce qu'ils me disaient de Sorin, ses préférences littéraires notamment, dessinait le portrait d'un homme de goût et d'un homme libre, à l'écart de cet insupportable piétinement de godillots intellectuels qui forme le fond sonore de toute Culture officielle. Les à-peu-près de la vie ont fait que nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais je sais qu'il existe, il sait que j'existe et cela suffit ; car « exister », avec les attributs de poids, de résistance, d'étendue et de durée que ce mot implique, n'est pas si fréquent dans une noosphère surtout peuplée d'ectoplasmes.

   Or, voici que la publication aux Presses universitaires de France de mon livre l'Écran éblouissant fait que nos chemins pour la première fois se croisent, au moins sur la Toile. Dans le blog de « Libération » intitulé Lettres ouvertes et sous-titré « Les divagations de Raphaël Sorin », je viens de lire un commentaire à propos de cette parution, dont je recommande vivement la lecture à ceux de mes visiteurs qui s'intéressent au cinéma.   Sorin y jure « de faire lire Mourlet, jusqu'en Californie. Au moins. » Je m'en réjouis, bien que la Californie fasse partie de la liste des territoires américains qui connaissent déjà Sur un art ignoré… du moins en la personne de Charlton Heston, dont j'ai naguère reproduit ici même le morceau d'entretien où il s'interrogeait sur le sens exact de ma phrase « Charlton Heston est un axiome » !

 Voici le lien de Lettres ouvertes : http://lettres.blogs.liberation.fr/sorin/2011/02/sur-jean-eustache-et-quelques-cin%C3%A9philes.html#comments

   On trouve aussi le commentaire de Raphaël Sorin dans le blog des Éditions Léo Scheer, qui  publient un Dictionnaire Eustache par Antoine de Baecque, – que je viens d'accueillir à mon émission Français, mon beau souci pour son Histoire de l'Odéon. Notre ami Antoine possède une puissance de travail et d'ubiquité qui fait frémir !

http://www.leoscheer.com/blog/2011/02/11/1493-eustache-par-rafael-sorin

 

Friday 26 November 2010, a 10:19
Parvulesco
 

   Jean Parvulesco nous a quittés. Le premier à m'en avoir averti est  Christopher Gérard. Puis j'ai reçu divers messages relatifs à ce grand départ.  Celui que je transcris ci-dessous émane de M. Albert François, lecteur de mon "Carnet de route". Il me semble en effet que ce résumé biographique donne une image assez complète de notre ami disparu :

 
   Jean Parvulesco est né en Roumanie (Valachie) en 1929 et vient de mourir, à Paris, le soir du dimanche 21 novembre 2010. De la Nouvelle Vague à la littérature, sa vie très singulière a représenté une trajectoire personnelle à la fois solitaire et engagée collectivement.
 
   Avant l'âge de 20 ans, vers 1948, il décide de fuir le régime communiste et traverse le Danube à la nage. Il est emprisonné dans des camps politiques de travaux forcés en Yougoslavie et parvient à rejoindre finalement Paris, en 1950, qu'il ne quittera presque plus. Il suit les séminaires de Jean Wahl à la Sorbonne puis fréquente les milieux les plus divers, dans une pauvreté contre laquelle il se débattu toute son existence.
 
   Débute alors ce destin étrange et riche, où se mêleront l'écriture et l'action, et de nombreuses rencontres avec des cinéastes, des écrivains, des activistes, et des personnalités de zones différentes de l'échiquier politique. Proche de certains milieux de la Nouvelle Droite, il fut également lié à certains gaullistes, mais aussi à l'OAS, chiraquien atypique, apologiste du traditionalisme de René Guénon, influença le politologue russe Alexandre Douguine... Personnalité indépendante, il fut ami avec Raymond Abellio, Louis Pauwels, avec l'actrice Aurora Cornu, discuta avec Martin Heidegger, Ezra Pound, Julius Evola... et connut Ava Gardner, Carole Bouquet et bien d'autres. Journaliste, il commence à écrire dans les années 60 et jusqu'à sa mort en passant de Combat à Pariscope, de Nouvelle Ecole à l'Athenaeum, de Rébellion à la Place royale ou Matulu : la tendance politique, l'objet ou la diffusion d'un média ne le préoccupait jamais. Pour lui, seul comptait ce qu'il appelait l a littérature, l'acte de dire par le texte, véritable "expérience de la clandestinité".
 
   Il mena cette expérience jusqu'à des retranchements personnels toujours mystérieux, où l'écrivain ne se distinguait plus vraiment du personnage, et le personnage de l'homme lui-même. Ce caractère unique, cet esprit qui semblait au-delà de toutes les difficultés du quotidien, à la vitalité exceptionnelle, à la culture secrète et souvent magnifique, lui valut d'être remarqué et apprécié par Eric Rohmer, Jean-Luc Godard ou Barbet Schroeder. Dans A bout de souffle, Jean-Luc Godard fait interpréter par Jean-Pierre Melville le rôle de Parvulesco, qui aura cette réplique restée célèbre à une question sur son "ambition dans la vie" : "Devenir immortel... et puis mourir". Dans L'Arbre, le maire et la médiathèque d'Eric Rohmer, il joue le rôle de « Jean Walter », proche de ce qu'il était en vrai, au côté d'Arielle Dombasle et de François-Marie Banier.
 
   Au-delà de cette présence au cinéma, l'œuvre qui restera est son œuvre littéraire. Il commence à écrire des livres vers 50 ans, avec notamment le Traité de la chasse au faucon (L'Herne, 1978), recueil de poèmes remarqué, et un premier roman, La servante portugaise (L'Age d'Homme, 1987), publié récemment en Russie. Une trentaine de romans et une dizaine d'essais composent cette œuvre. Deux éditeurs jouèrent un rôle primordial dans la publication de celle-ci : Guy Trédaniel et Vladimir Dimitrijevic. Sa façon d'écrire, rejetée ou adulée, intéressa fortement des personnalités comme Guy Dupré, pour qui elle constitue "l'entrée du tantrisme en littérature", Dominique de Roux, Michel Mourlet, Michel Marmin, Jean-Pierre Deloux ou Olivier Germain-Thomas (qui lui consacra une émission "Océaniques" sur FR3 en 1988).
   Le 8 juin 2010, il est invité sur le plateau de l'émission "Ce soir (ou jamais!)" par Frédéric Taddéï sur France 3. Auprès de Dominique de Villepin, de Marek Halter ou Philippe Corcuff, il restera étonnamment silencieux. Son dernier livre, Un retour en Colchide, vient de paraître chez Guy Trédaniel. Il y notait, à sa façon, que « ce n'est pas nous qui décidons de l'heure. Moi, par exemple, je fais tout ce que je peux faire, mais je ne sais pas s'il ne faudra pas que je sois obligé d'abdiquer. D'ailleurs, j'ai l'impression que le moment de la fin arrive ».

Friday 23 July 2010, a 22:49
Un collaborateur du "Point"
 

Un certain M. Martel a récemment publié dans Le Point un article sur la collaboration nécessaire des Français à la géopolitique linguistique américaine,  qui, nous ramenant à d'autres périodes de notre histoire, met en émoi, à juste titre, le landernau culturel.     

   Je ne suis pas certain qu'il faille, à ce M. Martel, accorder une telle importance qu'elle justifie tant de réponses et de protestations. C'est lui faire trop d'honneur et de plaisir. Dans tout domaine il existera toujours des gens enfermés dans des croyances irrationnelles, un rejet de leurs propres racines, ou peut-être simplement poussés par la vanité d'exposer leur pseudo-réalisme à l'admiration des bobos,  et qui poursuivent des combats d'idées depuis longtemps explorés et balisés.

   Car ce que M. Martel avance, et que Le Point publie, comme d'extraordinaires rayons de lumière dans le brouillard linguistique français a déjà été dit, rabâché et réfuté dans tous les livres qu'il n'a pas lus, depuis au moins une cinquantaine d'années si l'on date le phénomène des premiers écrits d'Étiemble sur le sujet.

   Ce qui suffirait à ringardiser sa posture, pour employer un mot qu'il affectionne, c'est l'insoluble contradiction qu'il n'aperçoit pas entre le fait, qu'il relève, dont il se félicite et dont son charabia témoigne, que notre langue commerciale, industrielle, médiatique, informatique,  est d'ores et déjà, et depuis longtemps,  à moitié ou aux trois quarts envahie par l'américain (ne parlons pas d'anglais : nos amis d'outre-Manche nous comprendront) et l'assertion, qui paraît tout autant le réjouir, selon laquelle notre influence, notre rayonnement, notre puissance seraient partout en baisse ou en déconfiture. Autrement dit en clair : un demi-siècle de colonisation linguistique volontaire n'a rigoureusement servi à rien, sinon à nous enfoncer davantage. Cela ne saurait surprendre que ceux qui n'ont jamais réfléchi plus d'un quart d'heure à la question.

   Que ce monsieur n'ait d'autre solution à proposer que d'accentuer une dérive aussi contre-productive suffit, semble-t-il, à rendre la discussion sans objet.

 

Friday 16 July 2010, a 10:28
Le Martyre de sainte Apolline
 

L'illustration de l'article ci-dessous figure le Martyre de sainte Apolline sous les espèces d'une représentation théâtrale. On y distingue en arrière-plan, outre des loges de notables, les « mansions » (même origine que « maison ») qui servaient de décors (le Paradis, l'Enfer, etc.) nettement délimités et cloisonnés, permettant aux acteurs de se déplacer d'un lieu scénique à un autre selon les nécessités de l'action : ce que l'on obtient aujourd'hui par les changements manuels de décor ou les plateaux tournants. (Jean Fouquet, XVe siècle, les Heures d'Étienne Chevalier au Musée de Chantilly.)

Friday 16 July 2010, a 08:40
Mystère étymologique
 

Le dernier numéro de Défense de la Langue Française réserve une surprise de taille aux amateurs de théâtre qui ont quelque teinture de son histoire. Page 45, sous le titre « Mystère et  ministère », on peut lire en effet  une stupéfiante explication de l'étymologie de ces représentations populaires de scènes religieuses données au moyen âge sur le parvis des églises. L'auteur, qui se dit professeur de lettres classiques, s'inquiète de la graphie « mistère » adoptée de nos jours au détriment de « mystère », qui fut de mise jusqu'à ce que la science étymologique, au début du XXe siècle, permît d'établir la différence entre les deux origines confondues de latin médiéval mysterium. Si l'on se reporte, par exemple, au Dictionnaire étymologique de Wartburg (1e édition : 1931), on peut lire : « Au XVe siècle, [mystère] a pris le sens de ‘représentation dramatique d'inspiration religieuse', d'après le sens de ‘service, office, cérémonie' qu'avait pris en lat. médiéval  mysterium, par confusion avec ministerium » (c'est moi qui souligne).

   Si maintenant on veut bien lire jusqu'au bout la notice consacrée à « mystère » par le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey (que l'auteur de l'article évoque au passage sous le titre de « Dictionnaire culturel » et en inversant le sens du commentaire étymologique), on trouvera ceci : « L'emploi du mot pour le genre dramatique médiéval d'inspiration religieuse qui mettait en scène la Nativité, la Passion, la Résurrection et des scènes de la vie des saints (1405) procède également de ministerium ; cette influence explique la graphie didactique mistère destinée à distinguer le représentant de ministerium de celui de mysterium-mustérion.. »

   Ainsi, ce que met en cause l'auteur de l'article, c'est la volonté légitime et récente de différencier deux mots d'étymologie et d'acception complètement distinctes. D'acception, tout autant que d'étymologie, car, à défaut d'en maîtriser l'étymon,  le simple bon sens conduit à comprendre qu'il n'y avait rien de secret, rien qui fût caché au profane et réservé à des initiés dans ce théâtre populaire, conçu au contraire pour illustrer au grand jour en images naïves et vivantes, pour vulgariser encore davantage les grands épisodes bien connus de l'Histoire sainte. Rien, donc, là-dedans, de « mystèrieux » comme à Eleusis, mais bel et bien un « office », un « ministère », un service rendu à l'Église, et que celle-ci, en dépit de sa défiance à l'endroit du théâtre, tolérait en tant que service rendu.

   (On peut lire d'ailleurs une note à ce sujet, au bas de la p. 28 de mon Anti-Brecht récemment réédité.)

Wednesday 16 June 2010, a 17:40
De la belgitude et des mélanges contre nature
 

L'histoire de la formation des peuples européens, , puis des nations européennes, s'est déroulée à une époque depuis longtemps révolue, qui est à l'histoire moderne ce que l'embryon est à l'individu achevé. N'importe quel habitant de Sirius, Micromégas par exemple, sait cela.  Pour ce qui est des peuples extra-européens, un recul dans un passé encore beaucoup plus lointain serait nécessaire, mais tel n'est pas notre sujet. Pour comprendre si peu que ce soitce qui se passe sous nos yeux depuis, disons le XVe siècle (on peut argumenter contre la date, non sur le principe général), il faut admettre que les populations étaient à peu près fixées dans leur composition, sédentarisées, leurs limites territoriales tracées grosso modo, leur langue en train de se forger consubstantiellement à leurs origines, à leurs paysages, à leurs capacités propres, à leur psychologie collective, psychologie résultant de tous ces facteurs d'un conglomérat, à parts égales voulu et subi. Qui nierait ce premier acquit de l'Histoire se condamnerait comme tout bon volontariste de la table rase à ne rien comprendre de la suite.

   La solidification progressive des populations puis des frontières géographiques, de fait sinon de droit, selon la pente naturelle du vivant,  végétal, animal ou humain, individuel ou collectif, avait certes commencé bien avant les siècles médiévaux, dès la plus légendaire Antiquité historique et probablement protohistorique. Ne nous laissons pas abuser par des migrations, certes avérées, mais qui, à l'exception de quelques rares populations entièrement errantes, ne furent jamais que parcellaires et laissèrent sur place le gros de leur souche. Nous étions cependant encore dans la tendre enfance de notre Histoire.

    Pas plus que les organes ou membres qui, ne servant plus à rien, s'adaptent peu à peu à cette inutilité (le petit orteil qui diminue, l'appendice caudal qui a disparu, le pavillon auriculaire réduit à peu de chose, le dépouillement de la toison protectrice, etc.) et donc préfèrent apparemment obéir aux hypothèses de Lamarck plutôt qu'à celles de Darwin, les évolutions démographiques ne sont disposées à subir des mutations venues du ciel ou d'une chimie aléatoire de leur matériel génétique. En revanche il peut se produire au cours de la formation d'un être vivant des pressions, des impulsions, des bouleversements venus de l'extérieur qui modifient sa croissance et l'oriente. Cela s'est vu par exemple au moment du déferlement des « Barbares » sur la civilisation gréco-romaine. L'Histoire, disions-nous, était encore dans son enfance. Elle pouvait être un peu remodelée, ses peuples absorber quelques reliquats d'autres peuples, ses langues se frotter et se polir à d'autres langues.

   Pourquoi a-t-on daté les « temps modernes » de la prise de Constantinople ? Il ne semble pas qu'on se pose souvent la question. Et d'abord, qui l'a décrété ? Sans doute des gens qui avaient compris que le dernier morceau d'Antiquité survivante que représentait l'Empire Byzantin avec ses fastes, ses ors, ses marbres, ses mosaïques, en sombrant, entraînait avec lui la dernière part d'enfance protégée du monde européen. C'était comme une mue de la voix des siècles : on était parvenu à l'âge presque adulte, l'âge où le corps ne se modifiera bientôt plus que pour vieillir et mourir.

   Dès lors, les jeux étaient faits. Les peuples d'Europe, les nations et leurs langues, stabilisés. Tout ce qui s'est passé ensuite ne fut que petits ballets de convenance, deux pas en avant, un pas en arrière, et je t'enlève une province, et tu m'en reprends deux, et je me bâtis un empire en collant ensemble des bouts de carton-pâte, du béton armé, du chocolat et de la flanelle - cela ne marchait déjà plus avec Charlemagne - et le pot-pourri se désagrège tôt ou tard. Et les nations, les peuples, amalgamés ou étouffés, submergés au fond de lacs artificiels, remontent séparément à la surface. Ce gâchis de forces, ce tumulte sans objet, ces remodelages inutiles qui composent notre Histoire depuis le XVe siècle a culminé en plusieurs occasions mémorables où des gens bien intentionnés ont cru - encore très récemment - que l'on pouvait rogner ou dresser des frontières, refonder des nations, emmêler ou séparer des peuples comme l'avaient cru les illuminés de la Révolution, tous les Docteurs Moreau dans leur île : ils arrachent une aile ici, ajoutent un os là, pour fabriquer ces chimères monstrueuses qui traversent en titubant les films d'épouvante. Une seule issue à ces expériences, et une seule règle : après avoir coûté beaucoup de souffrances, d'argent, de temps et d'énergie, à plus ou moins long terme la chimère crève toujours, et toujours à la grande surprise des observateurs et des « spécialistes les plus qualifiés ».

   Loin de nous l'intention d'assimiler les mésaventures actuelles de la Belgique aux outrecuidances politiques et monétaires qui conduisent tout doucement et fort heureusement la chimère européenne au cimetière des ratages de l'Histoire. Mais force nous est de constater qu'à une époque où il n'était même plus raisonnable de déplacer de dix mètres un poteau-frontière, une région hétéroclite, ballottée durant des siècles entre plusieurs puissances, s'improvisant nation avec la bénédiction d'une conférence internationale à peu près aussi avisée que celles qui, périodiquement, décident du sort des Balkans ou des finances de la planète, ne pouvait espérer un destin durable en soudant deux peuples foncièrement distincts, voire hostiles, et pas davantage unis par une configuration géographique forte (trois caractéristiques : volonté étrangère, époque et géographie, qui excluent d'invoquer l'exemple de la Confédération helvétique). Prenez un peu de recul, chers commentateurs politiques, faites une petite promenade dans l'espace jusqu'à l'étoile nommée Sirius : au retour, vous retiendrez peut-être, à la télévision ou ailleurs, ces exclamations d'étonnement que vous poussez aujourd'hui, au spectacle d'événements aussi prévisibles que l'ébullition de l'eau à cent degrés.

Wednesday 21 April 2010, a 22:54
Pour et contre Freud
 

   Un ouvrage de M. Michel Onfray défraye la chronique médiatique, ce qui est déjà mauvais signe. Mais il convient de résister aux préjugés. Si nuls et déplorables qu'ils soient, les grands médias contemporains ainsi que leurs zélés serviteurs peuvent commettre des erreurs ; mettre en valeur quelque chose ou quelqu'un qui le mérite. Cela s'est vu. Bref, nous allons tenter d'examiner, non pas l'ouvrage lui-même (personne encore dans les micros ou sur les écrans ne l'a fait ni ne le fera, par nécessité naturelle, dans l'optique forcément rudimentaire de ces canaux), nous allons tenter, donc, d'examiner ce que l'on dit qu'il dit et ce que l'on répond à ce dire de seconde, voire de troisième main. Par la même occasion, on essaiera d'exprimer un autre point de vue : celui du non-spécialiste et qui revendique cette qualité aujourd'hui méprisée d'« honnête homme », au sens autrefois défini, entre autres, par Pascal et par La Bruyère.

   Première remarque de cet « honnête homme » : ce n'est pas avec M. Onfray que commence la « chasse au Freud », loin de là. Sans refaire l'historique de la chose, je rappellerai  seulement les travaux d'un médecin psychiatre que j'ai autrefois assez souvent rencontré car il s'intéressait beaucoup à la littérature ; il écrivait aussi des livres fort savants sur les trois cerveaux superposés de l'homo sapiens sapiens et se nommait le Pr Debray-Ritzen. J'ignore, n'ayant pas lu son livre, si M. Onfray le mentionne parmi ses prédécesseurs, mais je sais que Debray-Ritzen tenait le freudisme pour une des grandes impostures du XXe siècle et qu'il expliquait pourquoi. Il va sans dire que, n'étant pas de la chapelle intellectuelle au pouvoir, j'entends : la gauche jargonnante des années 60-90, ce qu'il disait d'essentiel ou rien  était strictement équivalent. Tout cela se remettra en place, comme toujours, d'ici une centaine d'années.

   De ce que l'on dit que dit M. Onfray, je retiens qu'il s'attaque à l'homme Sigmund, ce qui n'est pas convenable. Mais lorsque l'animateur d'une émission de télévision s'étonne que M. Onfray enfourche le même dada que les « sous-développés d'extrême-droite », je me demande qui plaide le plus ad hominen, et avec les plus mauvais arguments. Car si cet animateur pensait, disant cela, au Pr Debray-Ritzen par exemple, ou à certaines études qu'il ne semble pas détenir les moyens cognitifs de pénétrer jusqu'au tréfonds, il nous donne furieusement envie de rendre les armes à M. Onfray.

   D'ailleurs, j'ai entendu un éminent psychanalyste, à la télévision toujours, alléguer que ce que prétend révéler Michel Onfray de la vie privée de Sigmund est bien connu et n'affecte en rien la valeur de ses théories. A quoi M. Onfray a eu beau jeu de répondre qu'il faut préférer le théoricien qui accorde sa vie à ses théories, plutôt que celui qui les contredit : cela jette en effet un voile de suspicion sur leur viabilité, comme un ingénieur des Ponts et Chaussées qui prônerait de jolies courbes en lacets pour les routes et emprunterait des raccourcis en ligne droite parce que cela va plus vite.

   Mais tout cela n'est que broutilles. Le cœur de la question demeure. Qu'en est-il de la théorie freudienne, quand bien même on fait l'impasse sur ses successeurs qui furent parfois, me semble-t-il, presque des déviationnistes ?

   Si M. Onfray affirme réellement (ce dont je doute) que tout est à jeter de la pensée de Freud, l'« honnête homme », voire le Huron,  intervient de nouveau : n'y a-t-il pas lieu de distinguer entre les coups de sonde lancés dans la psychologie des profondeurs (l'inconscient, les rêves, l'enfance, l'importance de la sexualité, le refoulement, les blocages…) en prenant, certes, toutes les précautions que suggère la distance de la théorie à la réalité, et la prétention de soigner ?

   Si cela n'a déjà été fait, je suggère qu'on psychanalyse n'importe quelle pièce de Racine (et pas seulement Phèdre). On y trouverait probablement une surprenante prémonition de certaines vues profondes de Freud. En fait, le Huron s'avise que ledit Freud n'a rien inventé ex nihilo : il a synthétisé et formulé ce qui forme le courant souterrain de toute littérature, depuis Sophocle. C'est le vulgarisateur de notre enfer intérieur. Mais là ou le bât blesse, et où, je le subodore, M. Michel Onfray a complètement raison, c'est à partir du moment où le maître, puis le disciple, le « spécialiste », le psychanalyste au divan, s'arroge le pouvoir imaginaire de transformer d'invérifiables théories (invérifiables par définition, puisqu'en matière scientifique, seule la  répétition de la cause apporte la preuve par répétition de l'effet) en pratique thérapeutique.

   Et ici, le Huron, ou l'honnête homme, enfonce un dernier clou de bon sens (ce fameux bon sens si mal vu de nos jours) : si jamais, d'aventure, un psychanalyste obtient ou croit obtenir un résultat positif (les résultats négatifs, par le trouble des eaux dormantes remuées, c'est une autre paire de manches), glissons-lui à l'oreille que prêtre, au confessionnal, il l'aurait obtenu de la même façon : les psychanalystes sont les nouveaux curés, les spécialistes sont nos sorciers. On n'arrête pas le Progrès.

Wednesday 21 April 2010, a 15:14
C'est Byzance !
 

Monique de Montremy, qui fut comédienne dans des compagnies bien connues telles que celle de Jacques Baillon, a deux amours : les livres et l'art dramatique. Il était donc naturel qu'elle devînt éditrice de théâtre. À la fin de la dernière année du siècle précédent, elle a fondé les Éditions Les Cygnes. Elle y a accueilli, non seulement des pièces, mais des contes, des romans et même de la poésie.Les Cygnes travaillent en collaboration avec le Théâtre 13 à Paris (Collection « Inédits du 13 ») et le Théâtre de Poche à Bruxelles. On peut consulter son catalogue sur www.lescygnes.fr

   Ce catalogue, pour sa partie théâtrale qui m'intéresse aujourd'hui, se compose de pièces classiques et d'ouvrages d'auteurs contemporains. On y trouve Aristophane, Tirso de Molina, Shakespeare, Calderon, Marivaux, Goldoni, Schiller, Ibsen aussi bien que John Osborne, David Foley, Isabelle de Toledo ou Anca Visdei, dont j'avais remarqué le beau visage, un soir des années quatre -vingt-dix, au comptoir réservé aux invitations d'un théâtre parisien.

   Mme de Montemy me fait la grâce de publier ma dernière pièce, C'est Byzance ! (non encore jouée) sous une belle couverture illustrée du portrait en mosaïque de l'Impératrice Théodora. Sans être une pièce à clefs - les dieux nous en préservent ! - j'y ai glissé quelques allusions à des personnes de ma connaissance, notamment à un historien et membre de l'Institut.qui me cite parfois dans ses livres ; cela ne constitue après tout qu'un rendu pour un prêté.

   Tout ce que j'espère est que ma pièce ne soit pas le chant des Cygnes ! À l'occasion de sa publication, cette maison à laquelle je souhaite longue vie organise une signature à la Librairie Théâtrale, fréquentée par tous les amoureux du théâtre, le jeudi 29 avril de 18 h à 19 h 30. J'en rappelle l'adresse à ceux de mes visiteurs qui accepteraient de venir boire un verre (ou plusieurs !) en notre compagnie : 3, rue de Marivaux – 75002 Paris. Réponse souhaitée avant le 26 avril au 01 47 30 85 63 (téléphone et télécopie).

Tuesday 06 April 2010, a 15:02
Un sujet de philo
 

Un texte a-t-il une signification, une valeur et un poids en soi, dans l'absolu du ciel de la pensée, ou bien ces attributs sont-ils relatifs à la personne qui s'y  exprime ? Cette question pourrait être un excellent sujet de dissertation  au baccalauréat, si tant est que l'on parvienne encore à disserter de quelque chose au sein de l'université. Elle me vient en tout cas à l'esprit, à la lecture d'un message expédié par courriel multiple, qui se répand actuellement sur la Toile et transmis par une dame de mes amies.  À première vue, il s'agit une réponse parmi d'innombrables autres qui ont été écartées d'office, comme on le sait, de la publication des réponses à l'enquête officielle sur l'identité nationale. Jamais le filtre qui tente d'ajuster l'opinion de la majorité des Français à l'Ordre moral imposé (et qui, comme on le sait aussi, ne fonctionne que pour un quart environ des électeurs, « droite » et « gauche » confondues, les autres se tenant à l'écart des urnes ou votant contre), jamais ce filtre, honneur de notre pays de libre expression des idées,  n'aurait laissé publier le texte que voici :

« C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes. des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon. la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne se raconte pas d'histoire ! Les musulmans. vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri. même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes. les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et les Berbéres d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherez-vous de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? » 

   Pour tout avouer afin de ne pas vous laisser sur cette méchante impression, j'ai coupé la dernière phrase de ce texte « malodorant », voire « nauséabond », comme  diraient nos chers directeurs de conscience. La voici : « Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées. »

   Hélas ! Hélas ! Hélas ! ! Il s'agissait d'un commentaire, non pas de Dupont-Lajoie, mais du Général en personne, livré brut de décoffrage à Alain Peyrefitte en 1959. Allez, courage : maintenant que vous savez, relisez le tout et écrivez –moi vingt pages sur le sujet de bachot proposé ci-dessus.

Saturday 13 March 2010, a 15:09
A Jean Parvulesco
 

Cher Jean,

 

   Votre Confirmation boréale, comparée à la littérature critique actuelle, est comme un obus de la Grosse Bertha par rapport aux balles en caoutchouc des forces de l'ordre. Une cohérence impressionnante la mobilise et si, comme vous le savez, je n'en partage pas tous les thèmes (en particulier l'Empire – toute espèce d'agglomérat fictif de composants hétérogènes, colosse d'argile ainsi qu'il est prouvé au long de l'Histoire – étant entièrement du côté de ce que vous appelez dans votre dédicace « la France secrète », celle de mes ancêtres depuis la prise de Rome par Brennos…), je ne puis qu'admirer l'arsenal, l'acier et l'explosif, et me sentir très fier d'être mêlé à ce bombardement.

   Pour me limiter aux deux chapitres qui me concernent, j'y ai retrouvé la perspicacité et la force persuasive qui m'avaient séduit lors d'une première lecture. Vous avez mis le doigt sur ce jeu de pile ou face de l'amour, où le disque d'or blanc aux deux effigies – Maguelonne, Marie Dorval – dans mes livres est toujours retombé du même côté, sauf une fois : je devais au moins une fois montrer la face cachée de la lune que le joueur espère en vain voir apparaître. Il fallait bien, par conséquent, que ce fût une légende.

   Quant à ce que vous dites de la misère de la littérature officielle depuis une quarantaine d'années, c'est d'une vérité confondante. Vous y distinguez, à l'œuvre de manière concertée, les « puissances du néant » ; j'aurais tendance à n'y voir, plus tristement encore, que l'aliénation médiocre de toute littérature, de tout art (cf. ce que le vendeur de soupe Pinault a infligé à Venise !), arts transformés en marchandises comme les autres ; et l'on sait comment et pourquoi la marchandise s'autodétruit sans cesse pour se reconstituer en nouvelle marchandise, elle-même remplacée à court terme, etc. ; cela en supputant et flattant toujours un peu plus bassement les consommateurs, présumés aussi majoritaires que débiles. Enfin, quelles qu'en soient les causes apparentes ou cachées, le résultat est sous nos yeux, et là aussi vous pointez le doigt avec précision sur la plaie.

  

   Longue vie aux Éditions Alexipharmaque et à la Contrelittérature de Jean Parvulesco !

 

Jean Parvulesco vient de faire paraître la Confirmation boréale, ouvrage composé de quarante études critiques, sous-titré Investigations, dans la collection « Les Réflexives » des Éditions Alexipharmaque : www.alexipharmaque.net

382 pages, 27 €

 

Ci-dessus : un emblème contemporain. Ran-tan-plan, le dog de Venise, s'apprête à lever la patte

 sur l'un des joyaux du monde.

 

 

 

 

 

Sunday 14 February 2010, a 05:19
Une édition revue et augmentée de "l'Anti-Brecht"
 

Pour leur information, que mes visiteurs me permettent de leur livrer toute fraîche cette annonce que les Éditions France Univers viennent de mettre en ligne :

    

   Publié en 1989 sous le titre Thaumaturgie du théâtre ou l'Anti-Brecht, pourquoi rééditer ce livre en 2010 ? Il y a vingt ans, il se plaçait à la pointe du combat final qu'il fallait livrer contre l'idéologue stalinien qui avait profité de la partition de son pays et du monde pour exercer sur le théâtre européen, spécialement en France, une influence que son talent eût été bien en peine de lui assurer en d'autres temps. La jobardise d'une majorité d'intellectuels avait fait le reste. À présent que cette royauté d'opérette berlinoise et tout ce qui la soutenait s'est écroulé, il se trouve encore des gens pour dire,  et peut-être pour  croire, que Bertolt  Brecht,  comme le saint Éloi de la chanson, n'est pas mort, qu'il n'était d'ailleurs pas si communiste que ça ; et pour tenter périodiquement de le remettre en selle, ou en scène, en dépit de la médiocrité avérée de l'ensemble de sa production littéraire.

   Pour ceux qui sont en passe de l'oublier, ou n'ont pas connu la Longue Imposture, il devenait donc indispensable de rappeler qui était Brecht, ce qu'il pensait, comment il entendait instrumentaliser le théâtre, arme de propagande dénoncée entre autres par Ionesco. Cet ouvrage résume un argumentaire toujours d'actualité malgré la chute de l'icône appendue aux barbelés de la Honte, chute par ce livre annoncée il y a vingt ans ; s'appuyant sur l'ensemble du théâtre occidental depuis le miracle grec, il prend acte d'un retour nécessaire de l'art dramatique à ce qu'Artaud nommait une « opération de magie ».  

   Entre son analyse de la « fascination » cinématographique et son engagement dans la défense géopolitique de la langue française, Michel Mourlet se devait de faire ce détour par le théâtre, qu'il a observé durant plus de quinze années comme critique d'un grand hebdomadaire, et qui occupe une place à part dans son œuvre, depuis une certaine Mort de Néron  aujourd'hui étudiée dans les universités.

    132 pages, format 14 x 21, sur Bouffant. 

    À paraître le 1er mars.  

   Jusqu'au 30 avril 2010, l'Anti-Brecht est proposé exclusivement par correspondance à un prix exceptionnel de lancement : 19 €, frais de port inclus. (L'ouvrage sera vendu ensuite 22 € en librairie et 25 € par correspondance, frais de port inclus).

  

Thursday 21 January 2010, a 18:22
Eric Rohmer
 

   Entamer une nouvelle année par la disparition d'un homme à qui l'on doit beaucoup n'incite guère à l'optimisme, et pourtant il en faut, si peu que ce soit, pour alimenter l'ardeur d'écrire. C'est un syllogisme, assez vicieux comme tous les syllogismes : j'écris lorsque je désespère ; or écrire c'est espérer (communiquer, durer, être reconnu, débrouiller et ordonner le chaos des pensées, etc.) ; donc j'espère quand je désespère.

   Mais qu'espérer lorsque Éric Rohmer nous quitte ? Espérer quelque chose, oui, et je crois savoir quoi : que l'on vivra assez longtemps encore, pour voir certaines gens, certaines choses trouver leur juste place, une place pour la rectitude du regard, une place pour le strabisme et l'erreur, une place pour les créateurs authentiques, une place pour les imposteurs et les vendeurs de courants d'air. Une place pour « ce dont on parle », une place pour la vérité.

   Étonnant symptôme de l'époque, l'exclusion d'un des films les plus singuliers et les plus surprenants du cinéma français : l'Anglaise et le duc, écarté en 2008 de la sélection proposée au festival de Cannes pour des motifs dont la stupidité idéologique ne pouvait appartenir qu'à la France ; la France officielle, celle des tabous et de la Parole unique, s'entend. Il semble que toute l'histoire de nos arts et lettres durant ces quarante dernières années se trouve illustrée par cet épisode, lequel explique en grande partie pourquoi, jadis si brillants et admirés, ces lettres et ces arts font si terne figure aujourd'hui dans le monde.

 J'ai fait la connaissance d'Éric Rohmer à la fin des années cinquante. Il partageait officiellement la rédaction en chef des Cahiers du cinéma avec André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze. En réalité, il en était la cheville ouvrière. Il y travaillait du matin au soir. J'étais un très jeune cinéphile démangé par l'envie d'écrire sur le cinéma. Ce cinéphile avait publié deux ou trois articles dans d'éphémères petits périodiques comme il s'en créait alors tous les jours, et il rêvait de voir sa prose scintiller sur le papier couché de la prestigieuse revue où s'élaborait la nouvelle pensée cinématographique. De celle-ci, l'un des piliers était évidemment le Celluloïd et le Marbre, dont Rohmer poursuivait la publication en feuilleton et qui nous apparaissait, avec les articles de Rivette, ce qui se rapprochait le plus de nos propres conceptions.

Grâce à Rohmer, qui avait entre autres dons celui de savoir distinguer et réunir les talents, les Cahiers ont connu en ce temps-là, et jusqu'à son éviction (que l'on m'a vaguement racontée beaucoup plus tard, sans me fournir de noms ni de détails) par des apparatchiks dont l'obscurantisme n'avait rien à envier au regretté camarade Jdanov, ont connu, disais-je, leur apogée, tant sur le plan de l'écriture que de la découverte critique et de la finesse d'analyse. Je ne vais pas rabâcher une fois de plus des points de petite Histoire à présent familiers aux spécialistes : les mac-mahoniens débarquant aux Cahiers, mon manifeste entièrement imprimé en italique, le numéro spécial consacré à Losey, événements qui ne furent rendus possibles que par la présence tutélaire et l'ouverture supérieurement intelligente de Rohmer.

 Après que Jean Curtelin m'eut confié les rênes de Présence du cinéma, je perdis de vue Éric Rohmer, dont j'entendais souvent parler cependant, par son grand ami Jean Parvulesco. (Chacun garde en mémoire la scène de  l'Arbre, le maire et la médiathèque). Je ne le retrouvai qu'en 1985, lorsque je fus chargé d'un cours à l'U.E.R. d'Art et d'Archéologie de Paris I où il enseignait également. Il n'avait pas changé d'un poil, mince, élégant, le visage osseux à la Clint Eastwood, toujours un peu retranché derrière une distance souriante, l'élocution rapide et hachée, presque balbutiante parfois, par l'effet d'une timidité qu'il avait conservée comme un charme de  jeunesse.

Son premier long métrage, le Signe du lion - où je figurais un consommateur à la terrasse d'un café ! - ne m'avait pas enthousiasmé, non plus que la Collectionneuse. Le film qui m'ouvrit à son œuvre et du même coup m'y attacha définitivement, ce fut Ma Nuit chez Maud.  Ce film et ceux qui suivirent m'apparurent comme la continuation paradoxale de Marivaux dans la société contemporaine, paradoxale essentiellement parce que ce cinéma déplaçait son point de focalisation de l'image sur le dialogue et que le langage de la mise en scène y devenait la mise en scène du langage.

Ne pas se méprendre sur la référence à Marivaux en considérant ce dernier comme un délicieux dessinateur d'arabesques verbales autour de la carte du Tendre, un héritier en quelque sorte de la casuistique amoureuse à la mode au siècle précédent. Marivaux ne brode pas de marivaudages, c'est un explorateur de la liberté de choisir et ses pièces sont autant de manuels d'apprentissage, parfois  cruels, des sentiments à la lumière de la raison. C'était exactement le propos d'Éric Rohmer, qui définissait ainsi à travers les Six Contes moraux le thème général de ses films: « Tandis que le narrateur (on peu remplacer "narrateur" par "héros") est à la recherche d'une femme, il en rencontre une autre, qui accapare son attention jusqu'au moment où il retrouve la première. »

Après cette morale de l'apprentissage et le rôle primordial du verbe – comme si ce chrétien nous disait qu' « au commencement était le verbe » - mais sans que la parole soit jamais « théâtrale », une troisième caractéristique nous permet de ranger les films de Rohmer dans une catégorie résolument à part de ce qui se fait aujourd'hui : loin de les asperger de l'écume sociologique d'une actualité toujours menacée de désuétude et très éloignée de la permanence profonde d'un peuple (tant qu'il n'est pas remplacé par un autre), le cinéaste n'a pas montré la société française « légale » de la médiasphère, mais la société française réelle de la seconde moitié du XXe siècle. Et il l'a fait avec une précision et, osons le mot, un bonheur documentaire qui nous ramènent à ses admirations de cinéphile et de critique, celles qu'il invoque dans le Celluloïd et le Marbre : Flaherty, Murnau. Il y a trente ans, je prenais la liberté d'annoncer la couleur : « Quand nos descendants chercheront sous la poussière des siècles notre vrai visage, ils le trouveront plus sûrement dans la réalité des fictions de Rohmer que dans la fiction des reportages et des enquêtes. »

(On peut lire aussi dans ce « Carnet de route » , à une date antérieure, quelques réflexions sur les Amours d'Astrée et de Céladon d'Éric Rohmer,  intitulées « l'Astrée ».)

 

  

    

Thursday 19 November 2009, a 08:44
L'imparfait sportif
 

Le Pr Berg, de l'Université de Bowling Green (Ohio), s'étonne auprès de moi d'un usage particulier de l'imparfait qu'il relève dans un article du Figaro consacré à la rencontre de « foot » entre l'Algérie et l'Égypte, et dont les Algériens sont sortis victorieux.

   Cet usage est ancien, peut-être contemporain des premiers commentaires sportifs radiophoniques : il faudrait vérifier. Il n'a rien en tout cas qui choque nos yeux ni nos oreilles : « Refusant de retomber dans l'erreur commise samedi dernier face aux mêmes Pharaons, l'Algérie décidait d'attaquer la rencontre le couteau entre les dents. Ou plutôt le sabre entre les mâchoires serrées. Insuffisant cependant, puisque les Fennecs concédaient la première occasion de la partie. »

   J'ai répondu par retour de courriel : « …Pour ce qui est de l'usage sportif de l'imparfait, il est courant depuis longtemps. Grevisse définit ainsi la valeur la plus générale de ce mode : "L'imparfait montre un fait en train de se dérouler dans une portion du passé, mais sans faire voir le début ni la fin du fait." Dans le contexte sportif collectif, ces imparfaits sont destinés à souligner, en la sous-entendant, la simultanéité des actions et leur caractère toujours provisoire par rapport au résultat final. Ils atténuent ce que le passé simple ou composé aurait de décisif, de définitif, et qui ne correspondrait pas à la mouvance aléatoire d'un jeu ou d'une épreuve pratiqués à plusieurs. Ainsi, on utilisera l'imparfait pour décrire un épisode du Tour de France ou une partie de ballon rond, mais non pas la chute d'un coureur cycliste dans un ravin, événement isolé, événement complet à lui seul. »

Wednesday 04 November 2009, a 10:13
Les pendules à l'heure
 

   Le Club de l'Horloge, comme son nom l'indique, s'est donné pour mission de remettre les pendules à l'heure. Les pendules de notre pays, on a fini par s'en apercevoir et par le dire, sont toujours en retard d'une guerre ou deux. Mais s'en apercevoir et le dire est une chose, changer la mentalité des retardataires en est une autre. Il est à craindre que les descendants des stratèges d'Azincourt soient génétiquement non modifiables, ce qui expliquerait par exemple qu'ils croient, certains d'entre eux du moins, dur comme fer que le théâtre du combat à mener aujourd'hui par la France se trouve en Afghanistan.

   Donc, le Club de l'Horloge, fondé en 1974 par de hauts responsables de la fonction publique et présidé aujourd'hui par Henry de Lesquen, se définit comme un « réservoir d'idées » pour la droite nationale et libérale. Sa XXVe université annuelle, qui vient de se dérouler dans les salles de réunion de la Fondation Dosne-Thiers à Paris, était dévolue à un thème en relation directe avec la crise économique : la responsabilité de la « super-classe mondiale ». Cette super-élite de décisionnaires, qualifiée de « transnationale » par l'auteur du Choc des civilisations, est à l'origine d'un nombre important de mauvais coups portés aux intérêts nationaux qui ne sont pas américains (restriction que S. P. Huntington semble ne pas vouloir réellement prendre en compte...). Il y avait dans ce cadre de pensée un espace logiquement réservé au concept d'identité nationale et, par voie de conséquence, à la langue de la nation, composante essentielle et signe de cette identité.  

   C'est cet espace de linguistique identitaire qu'il m'a été demandé d'occuper lors de la XXVe université. Mon exposé avait pour titre le résumé de son sujet : « Perdre sa langue, c'est perdre son âme ». Ceux de mes visiteurs qui veulent bien s'intéresser à la tournure « géo-politico-linguistique » qu'ont pris certains de mes travaux depuis quelques années pourront prendre connaissance de ladite conférence en suivant ce lien :  http://papiersenligne.spaces.live.com/blog/cns!AA3C3B797FEA709E!155.entry

 

Thursday 22 October 2009, a 09:43
Balzac et sa boule de cristal
 

Il y a peu, je citais un passage de Chateaubriand prédisant l'avenir de la planète avec cette alliance - peut-être devrais-je dire cet alliage, car il s'agit plutôt de la dureté d'un métal - de la lucidité et de la logique, alliage si parcimonieusement compté aux démagogues qui nous gouvernent, manipulent notre pensée et nous entraînent avec la même assurance, le même entrain, qu'entre 1924 et 1938 vers le même type de catastrophe - ou probablement pire - que celle qu'ont vécue ensuite les Français. Il s'agira bien sûr et enfin de la dissolution de la France, chose espérée par tant de gens, et préparée par tant de belles âmes, de Dunkerque à Perpignan et de Brest à Strasbourg . Aujourd'hui, c'est l'immense Balzac qui va parler à nos aveugles et dessiner l'avenir à nos sourds, tout en décrivant ce qu'il avait déjà sous les yeux. Il s'agit de l'étonnante et superbe introduction aux trois textes sur Catherine de Médicis réédités par la Table Ronde en 2006. Et gardons présent à l'esprit que notre pays en 1840, année où Balzac rédigea le paragraphe qui va suivre, était mille fois moins handicapé, en particulier par le zèle "citoyen" des imbéciles, qu'aujourd'hui :

   "Qu'est-ce que la France de 1840 ? un pays exclusivement occupé d'intérêts matériels, sans patriotisme, sans conscience, où le pouvoir est sans force, où l'élection, fruit du libre arbitre et de la liberté politique, n'élève que des médiocrités, où la force brutale est devenue nécessaire contre les violences populaires, , et où la discussion, étendue aux moindres choses, étouffe toute action du corps politique ; où l'argent domine toutes les questions, et où l'individualisme, produit horrible de la division à l'infini des héritages qui supprime la famille, dévorera tout, même la nation, que l'égoïsme livrera quelque jour à l'invasion. On se dira : Pourquoi pas le tzar, comme on s'est dit : - Pourquoi pas le duc d'Orléans ? On ne tient pas à grand-chose ; mais dans cinquante ans, on ne tiendra plus à rien."

    Des invasions, depuis, nous en avons subi deux. Remplaçons "le tzar" par "national-socialisme" , hier, pour certains, et par "URSS" pour beaucoup, par Bruxelles ou Washington aujourd'hui pour la plupart de ceux qui décident, et dites-moi si les "prophéties" de Balzac, cent ans exactement avant le désastre que nous savons, ne sont pas plutôt l'exacte description de l'état de la France, empirant de décennies en décennies ?  

Wednesday 21 October 2009, a 08:00
Le terrorisme des Ronchons
 

   Ainsi, les Ronchons ont encore frappé.  

   Je sais peu de choses du Club des Ronchons, encore moins que sur Al Kaïda. Des bruits, des rumeurs qui courent sur son compte, j'ai cependant attrapé au passage quelques bribes, sans être en mesure de les vérifier. Cette nébuleuse terroriste, où l'on aurait repéré d'anciens et toujours dangereux agitateurs tels que Jean Dutourd et Jean Tulard, aurait pris naissance en 1986, sous l'impulsion d'un jeune Gardien de la Réaction, plus farouchement attaché à un retour à l'obscurantisme médiéval que son modèle Oussama Ben Laden. Fondamentaliste illuminé, il répond au nom (ou au pseudonyme, peut-être ?) d'Alain Paucard, et aurait abandonné le « ben », signifiant « fils de », pour se fondre plus commodément dans la société française. Toujours en activité et à la tête du mouvement qu'il a créé, il a échappé jusqu‘à présent à toute les polices du monde civilisé, à telle enseigne que d'aucuns l'accusent de connivence avec les pouvoirs occidentaux, trop heureux qu'ils sont de brandir un prétexte sécuritaire et démocratique pour faire défiler leur soldatesque armée jusqu'aux dents, non seulement dans tous les recoins de la planète, mais aussi dans leurs propres lieux publics.

   De même qu'Oussama, rasé de frais, dégusterait tranquillement tous les après-midi, paraît-t-il, un petit noir bien serré en fumant un bon cigare à sa terrasse préférée de la I3e Avenue, Alain Paucard, lui, siroterait dès dix heures du matin son ballon de chablis dans un troquet près de la Porte de Vanves. Quelques détails distinguent ainsi les deux « ennemis publics». Le plus notable est leur manière d'atteindre l'opinion. L'ayatollah Khomeiny, on s'en souvient, utilisait des cassettes sonores. Ben Laden envoie des enregistrements vidéo. Paucard, de loin le meilleur en matière de retour en arrière, se sert… de papier imprimé ! Certains assurent même qu'il va bientôt pousser le refus du progrès jusqu'à revenir aux manuscrits ornés d'enluminures. Pour le moment, il se contente de lancer des brûlots destinés à mettre le feu à Paris comme il l'a déjà fait ailleurs. Je ne crois pas trahir un très grand secret en révélant que le cyclone de La Nouvelle-Orléans, c'était lui ; les flammes qui faillirent récemment anéantir Athènes devenue trop moderne, c'était lui. Lisez donc, c'est urgent, Allez-y sans nous (L'Âge d'Homme, 19 €), pour savoir tout ce qu'il ne faut pas faire et tout ce qu'il faut faire si vous ne voulez pas voir votre trois pièces-cuisine, votre collection de vieilles montres ou votre grand-mère réduites en cendres. C'est un conseil d'ami.  

 

Monday 19 October 2009, a 10:38
M. Valdemar et ses frères
 

 

   La contribution en forme d'hommage à Edgar Poe que je me suis beaucoup amusé à écrire pour le recueil du Club des Ronchons composé par Alain Paucard,  Allez-y sans nous, qui vient de paraître aux Éditions de L'Âge d'Homme,n'avait d'autre objet que de relater d'une manière assez fantaisiste une petite histoire authentique concernant le comportement pour le moins étrange d'un individu à l'identité bien précise. Il paraît cependant que plusieurs personnes s'y seraient peu ou prou reconnues, ce qui tendrait à prouver que « La vérité sur le cas de M. Valdemar » a une portée plus générale qu'on ne le supposerait au premier abord.

   Deux ou trois anciens « amis » du monde des arts et lettres, mystérieusement disparus un beau jour (je dis « beau », parce que faste est le jour où nous sommes débarrassés d'un  faux camarade,  qui introduisait à notre insu dans la clarté de notre vie une relation d'imposture), disparus, donc, sans le moindre début d'explication, auraient manifesté une sorte d'agacement à la lecture de ce texte. J'utilise le conditionnel pour la raison, bien entendu, qu'on n'est jamais sûr de rien dans ces rumeurs qui remontent en catimini jusqu'au principal intéressé. Toutefois, il me faut ajouter que la fiabilité de mes « réseaux », comme on dit aujourd'hui, a rarement été prise en défaut. Je me trouve enclin de ce fait à croire volontiers que Dupont, Durand, Pierre ou Jacques  ont effectivement été traversés de l'idée désagréable qu'ils étaient caricaturés sous les traits indéfinissables de M. Valdemar.

   En somme, ce personnage emblématique et foireux plus ou moins inspiré d'un cas réel, est un miroir que je tends à mes contemporains français et où plusieurs d'entre eux, si prégnant est leur nombrilisme, s'imaginent reconnaître leur visage. Il y a donc bien dans cette anecdote saugrenue une dose de vérité. Si je l'adorne (peut-être excessivement, comme le suggère depuis le XIXe siècle ce vieux verbe) de l'épithète « française », c'est parce que j'ai l'impression qu'en d'autres contrées que je fréquente, cette fâcheuse manière de se dissimuler brusquement derrière son téléphone, de ne plus ouvrir sa boite aux lettres qu'en tremblant, de cacher sa tête dans son journal et de circuler en rampant  sous votre fenêtre est beaucoup moins répandue qu'en France, pour ne pas dire inexistante. Quand on appartient au monde civilisé, on se comporte en civilisé : si l'on a une objection ou un reproche à formuler, on les formule ; un refus à opposer, en y mettant autant de politesse qu'on voudra on l'oppose ; à une lettre on répond, ne fût-ce que par le mot de Cambronne. On ne dilue pas dans un néant opaque la relation engagée voire établie de longue date, comme si l'interlocuteur, le questionneur ou l'ami avait soudain cessé d'exister. Cela est la pire façon d'agir pour quiconque souhaiterait que l'on gardât pour lui la moindre estime.

  

Friday 18 September 2009, a 12:56
Extrait d'une prochaine Chronique de Patrice Dumby
 

A l'intention de tous ceux qui réclament depuis des années la suite des aventures de mon héros favori, je livre ce court passage, prélevé sur une « Chronique » en cours de rédaction : « Le XIXe siècle en tilbury ».

  

La scène se passe au marché en plein air de Valognes, dans le pays de Barbey d'Aurevilly. Dumby et moi arpentons les allées à la recherche d'araignées de mer pour le dîner.

 

Dans les allées bordées de victuailles, bacs remplis de moules de bouchot et de tourteaux assoupis, écroulements de  beaux fruits peints à la gouache, entassements de fromages, charcuteries (ah, les jambons mi-fumés, mi-salés du Cotentin !), où flottait par instant l'odeur d'oignon cuit des saucisses au gril, se pressaient, se croisaient, s'écoulaient, s'arrêtaient pour une causette, des files de chalands chargés de cabas ou de paniers qui, à quelques détails près, ressemblaient à s'y méprendre à leurs ancêtres saisis sur le vif par Daumier. L'idée me traversa de demander à Dumby pourquoi il allait chercher dans des grimoires ce qu'il avait sous les yeux. J'aurais dû me douter de sa réaction face à un rapprochement aussi approximatif… Soudain métamorphosé, pardon, cher Buffon ! en un hybride de lion et de sauterelle, il bondit, rugit, clouant sur place un fleuriste sur le point de nous proposer ses géraniums :

- Où sont les Zutistes d'Alphonse ? Où ses Hydropathes ? Où se réfugieraient ces petits groupes de plaisantins bourrés de génie, d'amitié et d'absinthe, quand une époque, la nôtre, se soumet en tremblant à une telle inquisition d'idiots solennels que Mgr Dupanloup y ferait figure de trublion !

- Calme-toi, mon vieux, calme-toi.

Il cessa de gesticuler, mais sa voix tremblait encore d'indignation :

- Représente-toi bien cette scène authentique : Alfred Jarry, l'admirable papa d'Ubu Roi, s'exerce au tir au pistolet dans la cour de son immeuble. La concierge hérissée de bigoudis, le nichon à demi sorti du caraco,  sort de sa loge comme une furie, perdant en chemin une savate, et hurle : « Voulez-vous bien vous arrêter ! Vous allez tuer mon enfant ! » Et Jarry, avec hauteur, de rétorquer : « Ne craignez rien, Madame, nous vous en ferons d'autres. »

Je connaissais l'anecdote mais pouffai de bon cœur, tellement Patrice imitait à merveille la dignité offensée de Jarry.

 » Eh bien, selon toi, que se passerait-il si cet échange d'aménités avait lieu en 2010 ?

  J'exhalai un soupir résigné.

  » En 2010, continua l'hystérique, le pauvre Alfred, dénoncé par la mégère en compagnie de quelque témoin vrai ou faux, serait dans le quart d'heure suivant appréhendé par la police, mis en examen, traîné devant un tribunal par deux ou trois ligues de vertu défenderesses des droits de l'homme, de la femme et du cochon d'Inde…

  - Quoi !! Tu n'approuves pas la défense des cochons d'Inde ?

   L'imprécateur dédaigna l'interruption.

  - …Appuyées dans leur démarche, ces ligues,  par un conseil de cafards et de punaises de la Nouvelle Sacristie dont tu n'ignores sûrement pas l'existence ni le sigle – pour le moins cocasse.

  Cocasse ? Je ne voyais pas en quoi. Je pris cependant le parti de ne poser aucune question qui eût ranimé sa flamme, et nous nous dirigeâmes vers un éventaire de crustacés. 

  

   De retour à Paris, je consultai mes grands dictionnaires du temps jadis ; je compris la cocasserie signalée par Dumby. Nous devons sans doute le sigle incriminé à quelque pince-sans-rire un peu moins ignorant que ses collègues : le mot ainsi forgé, vieux terme de l'industrie minière, signifie « masse de déchets destinés au rebut ». La photo de famille publiée sur le site Internet de la chose en question, et qui immortalise provisoirement la brochette composant son « collège », ne peut, hélas,  que confirmer cette définition.  

(Extrait du chapitre VIII)

 

Thursday 17 September 2009, a 12:59
Bref éloge des monstres
 

Les monstres de l'Histoire n'ont pas bonne presse. Essayez de dire tout le bien que vous pensez de Caligula, qui s'est borné pourtant à avoir le courage d'inscrire dans le réel ce que font métaphoriquement à longueur de temps les médiocres princes qui nous gouvernent : nommer consul son cheval (mais non, je ne songe pas une seconde à notre ministre de la Culture, ni à celui des Affaires étrangères, ni d'ailleurs à la plupart des autres) ; invoquer les dieux : « Plût au ciel que le peuple n'eût qu'une tête, pour la trancher d'un coup ! », ce qui signifie en clair, de nos jours : « que n'ai-je en mon pouvoir tous les grands médias manipulateurs de l'opinion, afin de la décerveler une fois pour toutes ! » Mais au fait, nos empereurs de la décadence d'aujourd'hui,  sur ce point, n'ont-t-ils pas mieux réussi que leur modèle ?

   Ainsi, les monstres historiques font des petits, de plus en plus petits, hélas ! Oui, hélas : au fond, qu'est-ce qui titille, qu'est-ce qui mobilise en profondeur notre intérêt, voire notre passion pour cette vieille lune de l'Histoire qui tourne en rond comme toutes choses et les étoiles et le Temps, depuis le non-commencement de l'Être ainsi que nous l'enseigne Parménide ? Les monstres honnis, tous les fous avérés ou non qui, avec les moyens divers que leur permit leur époque, se prirent pour Napoléon,  justement ! Ceux en l'absence de qui les récits de Suétone et de Tacite nous feraient bâiller comme des crocodiles affamés. Que serait l'Histoire – imaginez cela juste un instant ! – sans Néron, ni Gengis Khan, ni Attila, ni Robespierre, ni Hitler, ni Staline, ni Pol Pot ? Ce serait d'un ennui ! Quelque chose comme les annales de la République helvétique. Non, merci Calvin, merci les autorités morales, gardez cela pour vos dimanches en famille.

   Pour ma part, je préfère l'idée magnifique du poète Daniel Aranjo : un cycle Néron au Théâtre du Nord-Ouest, le seul lieu théâtral où, grâce à Jean-Luc Jeener, il se passe encore quelque chose à Paris. Pour que ce cycle s'incarne, croisons les doigts, éventrons quelques poulets afin d'y déchiffrer l'avenir, comme faisait Néron qui, d'ailleurs, n'y croyait pas vraiment !     

 

 

 

Friday 28 August 2009, a 09:38
L'Histoire à l'américaine
 

 

 

   Comme le homard à cette même sauce (et bien que des cuisiniers et des gastronomes avertis y voient, probablement avec raison, une déformation d' « armoricaine »), l'Histoire à l'américaine (ou, si l'on préfère, à l'anglo-américaine) possède des caractéristiques et utilise des ingrédients bien particuliers, qui lui confèrent une saveur à nulle autre pareille. Et surtout, cette préparation se transmet de siècle en siècle, sans aucune des adultérations ou évolutions subies par beaucoup de recettes culinaires (comme on le peut constater en consultant des ouvrages anciens, tel le Grand Dictionnaire de cuisine d'Alexandre Dumas, par exemple).

   C'est ainsi que, revoyant l'autre jour Fureur apache de Robert Aldrich, j'ai été frappé par la similitude des procédés entre la présentation du conflit Indiens-Colons blancs, perpétuée jusqu'à nos jours (Fureur apache date de 1972) et celle du conflit arabo-israélien, en tous points semblable d'ailleurs à d'autres manipulations historiques (guerre de Sécession, guerres du Golfe et j'en passe, sans même remonter à la diabolisation, purement anglaise celle-là, tant de la « sorcière » Jeanne d'Arc que du Croquemitaine Napoléon, dont on menaçait dans la première moitié du XIXe siècle les petits Britanniques indisciplinés.

   Qu'il soit clair toutefois que : 1) l'auteur de ces lignes, rejetant l'aberrant concept de « responsabilité collective », ne met pas tous les Américains dans le même panier et sait parfaitement que nombre d'entre eux sont loin de partager les valeurs officielles de leur pays lorsqu'elles dérivent ; 2) ce n'est pas la pulsion de conquête ou de colonisation, autrement dit le creuset de l'Histoire, qui est dénoncée ici, mais la manipulation de cette pulsion, ni bonne ni mauvaise mais simplement naturelle, et sa stupéfiante métamorphose en combat « juste ».

   Il s'agit dans tous les cas de discréditer l'ennemi en le rendant moralement indéfendable, avec une telle certitude et une telle assurance dans la mauvaise foi que celle-ci devient peu à peu une seconde nature, et finit, semble-t-il, par se transformer en croyance à l'objectivité indiscutable et absolue de ses interprétations pro domo  (Dieu est avec nous, nous sommes le droit et la justice...)  évacuant totalement le fait, jadis évident pour tous, que c'est le vainqueur, c'est-à-dire la force, qui définit les règles du jeu.

   Ainsi les Apaches d'Aldrich sont-ils dépeints exactement comme les terroristes de Buch, sans que jamais soit posée à leur sujet la seule question qui importe : pourquoi sont-ils devenus ce qu'ils sont ? Pourquoi agissent-ils de la sorte, c'est-à-dire comme les Espagnols contre Napoléon ou comme le feront certains Français sous l'Occupation allemande ? Et sans apporter par conséquent la seule réponse plausible à cette question non posée : parce que des gens venus d'ailleurs, tenant la Bible d'une main et le fusil de l'autre, les chassent de leur territoire, s'emparent de leurs terres et les parquent dans des « réserves ».

   Certes, si le film en cause avait la puissance de Kiss me deadly ou de The Big Knife, on n'aurait pas le mauvais esprit ni le mauvais goût de songer à des comparaisons aussi historiquement incorrectes. Mais ce ressassement de clichés sur la cruauté innée des uns et le bien-fondé du génocide perpétré par les autres – avez-vous remarqué qu'il y a des génocides répréhensibles et d'autres qui ne le sont pas ? –  ne peut pas ne pas inciter à mettre en perspective l'ensemble de l'idéologie véhiculée depuis l'origine par l'american way of life. Car cette idéologie d'une formidable cohérence, qui fonde l'intérêt national sur Dieu et le droit, Dieu et le droit sur la force, la force sur l'argent et l'argent sur le pillage (autrefois du sol, aujourd'hui énergétique et financier), apparaît la même partout et toujours.

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Michel MOURLET
Ecrivain, chroniqueur. A enseigné à Paris I sa théorie de l'audiovisuel.

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