Laisser dire sur la même antenne « Vive Franco ! » et « À bas Franco ! », « Godard est un génie » et « Godard est un imposteur », « Darwin avait tort » et « Darwin avait raison », « C’est la faute à Karl Marx », « C’est la faute aux curés », voilà sans doute ce que signifie le mot « courtoisie » appliqué aux idées. L’homme le plus courtois de France fut probablement Voltaire s’il est vrai qu’il a déclaré (citation très controversée par certains, qui n’ont pas plus lu la totalité des écrits de Voltaire que ceux qui la croient authentique) : «Je hais vos idées, mais je me ferais tuer pour vous permettre de les exprimer ». Autrement dit, la courtoisie, c’est la liberté donnée aux autres d’être ce qu’ils sont, tant que ce qu’ils sont ne trouble pas l’intérêt général. Or, rien n’est moins perturbant pour l’intérêt général que l’expression des idées, qui témoigne seulement d’une quête de la vérité. En revanche, pour des intérêts particuliers, des groupes de pression, des clans, des maffias de toutes espèces, et notamment d’ordre intellectuel, artistique, scientifique, historique, financier, politique, religieux, l’expression d’idées qui s’opposent aux leurs constitue une agression, une espèce d’attentat contre leur existence même, qu’ils entendent prévenir ou punir.
Chose amusante : en ratiocinant gentiment dans mon coin, je m’aperçois que je suis en train de raconter l’histoire intime de la France, dont le plus grand philosophe fut contraint de prendre pour devise : larvatus prodeo. Depuis, à part les débiles profonds et les sympathiques naïfs que compte la profession (comme les autres, d’ailleurs, ni plus, ni moins), tout intellectuel français digne de ce nom adopte la même devise. Certes, notre pays (ou plus exactement ceux qui rampent du côté de son manche) n’est pas le seul à pratiquer la formule éprouvée : « Si tu ne penses pas comme moi, ferme ta gueule ou bien c’est la loi (que j’ai promulguée) qui te posera le bâillon », mais on doit quand même reconnaître que nous sommes de très loin – il faut bien exceller en quelque chose – les champions du totalitarisme intellectuel sournois – ou à ciel ouvert, selon les "Mondes" et les époques. J’ai peine à le dire, et j’en enrage, mais c’est dans les pays que nous appelons « anglo-saxons », et en remontant vers le nord, que l’on trouve une vraie pluralité de pensée.
Tout ça pour vous dire le plaisir que j’éprouve, moi qui depuis 1987 suis interdit de séjour à France Culture (j’ai raconté cela dans mon livre "la Guerre des idées") alors que j’y avais été régulièrement invité depuis 1963, le plaisir, disais-je, que j’éprouve à parler en toute liberté dans les micros de Radio Courtoisie, comme je viens de le faire pour "le Libre Journal du Cinéma" (ce jeudi 10 août). Et d’ailleurs, comme il y a une justice immanente des dieux, Radio Courtoisie a une audience, paraît-il, environ dix fois plus élevée que sa rivale aux ordres.
Je rappelle les coordonnées de cet espace de bonheur : Paris 95,6 MHz ; par satellite : TPS (menu Radio, canal 80); Internet : par www.tv-radio.com où vous trouverez également les fréquences radio par ville. Bonne écoute !
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