| samedi 16 septembre 2006, a 22:14 |
| Résurrection de Montherlant ? |
À mon retour de Sarlat (voir ci-dessous), dans la fièvrrrre de la rédaction de mes notes pour « la Revue littéraire » et « Atlantica Magazine » (cf. également ci-dessous), il m’est revenu qu’une « intégrale » des pièces de Montherlant allait se donner au Théâtre du Nord-Ouest, à Paris. Cela doit faire à peu près six lustres que je réclame à cor et à cri, là où c’est (ou était) possible (Matulu, Nouvelles littéraires, Valeurs Actuelles, etc.), que l’on joue Montherlant, catalogué par une légion d’imbéciles (j’en ai entendu certains de vive voix) parmi les « auteurs ennuyeux ». Ce sont bien entendu les mêmes qui trouvèrent Adamov percutant, Pichette rigolo et n’eurent pas de mots trop méprisants pour Sacha Guitry avant de retourner leur veste après certaine déclaration d’intention d’Antoine Vitez (vous voyez que je n’oublie rien).
Je me souviens de mon critique dramatique de Matulu, Gilbert Chateau, homme de gauche, journaliste au Progrès de Lyon. Il fulminait qu’on ne représentât point le théâtre de Montherlant dans les festivals. Et c’est vrai : « la Reine morte » au palais des papes ! L’infante faisant irruption au pied des murailles : « Je me plains à vous, je me plains à vous, Seigneur ! Je me plains à vous, je me plains à Dieu ! » On imagine ! Les poils hérissés sur les bras ! La chair de poule ! À la place des billevesées montées par des mirliflores !
Ne rêvons pas. Quand Montherlant s’est suicidé, nous étions déjà dans une basse époque. J’ai raconté, dans la NRF et dans mon livre « Écrivains de France » comment il la jugeait, derrière un large sourire de dinosaure, quand je venais le visiter sur son îlot du quai Voltaire « avec, tout autour, la mer de la connerie qui monte » (« la Marée du soir »). Nous parlions naturellement beaucoup de théâtre. Au moment de la reprise du Maître de Santiago à la Comédie-Française, il m’avait fait part de son agacement que la presse ne s’occupât que du catholicisme d’Alvaro. J’ai reproduit ses propos dans « Écrivains de France » (« Le Solstice d’hiver ») : « Le catholicisme ne joue aucun rôle important dans cette pièce, pas plus que dans « la Ville dont le Prince est un Enfant » où il joue exactement pendant dix minutes. Le reste du temps, il n’existe pas. Le sujet unique du « Maître de Santiago », c’est l’indignation. »
Ci-dessus : Portrai de Henry de Montherlant par Jean Schneider. Illustration de couverture, Matulu N° 12 (mars 1972).
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