| lundi 11 décembre 2006, a 09:48 |
| L'image et le mot |
La republication dans « L’Atelier du Roman » de mon étude « Cinéma contre Roman » me conduit sur des sentiers que je n’avais pas battus depuis longtemps. Je m’avise que le parallèle mot/image (l’image visuelle, bien entendu, et non pas littéraire), dès la fin des années 50, s’est toujours présenté à moi sous la forme personnalisée d’une confrontation entre Michel Déon et Alain Robbe-Grillet ; sans doute parce que je les ai fréquentés tous deux et, dès le début, opposés l’un à l’autre.
Il est vrai que j’avais demandé en 58 à Robbe-Grillet un article pour le numéro spécial « Cinéma et Roman »que j’avais proposé à la Revue des Lettres Modernes (« Notes sur la localisation et les déplacements du point de vue dans la description romanesque », par A. R-G.). Et je collaborais aux « Cahiers du Cinéma » quand j’ai rencontré pour la première fois Michel Déon chez André Fraigneau, début 60. Dans « Une longue amitié », ce bel échange de lettres entre Déon et Fraigneau publié à la Table Ronde par Alice Déon, le père de celle-ci raconte que j’étais sur le point de partir pour Rome « visiter je ne sais quel cinéaste coupable d’une « Légion de Cléopâtre » et d’un « Bourreau de Venise » décrétés par lui chefs-d’œuvre inégalés. » Et d’ajouter : « Je lui ai indiqué deux restaurants plus réellement inégalables. » Or, je viens justement de rechercher, pour Alfred Eibel qui écrit quelque chose sur Julien Green, un passage de l’entretien que j’ai réalisé avec Paul Agde lors de ce séjour à Rome avec le cinéaste en question… qui n’était autre que Vittorio Cottafavi.
Avec Cottafavi, nous sommes justement au cœur de la problématique cinéma/roman puisque, outre ses magnifiques transpositions au grand écran des « Trois Mousquetaires » et de « la Dame aux camélias », il a offert aux téléspectateurs italiens, dans la seconde partie de sa carrière, une impressionnante quantité de grandes œuvres littéraires, de Sophocle à Ibsen en passant par Dostoïevski. Toutes adaptations marquées, quels qu’en fussent les moyens financiers, au sceau du génie, bien que Déon ne pût les connaître : Cottafavi était, encore à l’époque, ostracisé par les « autorités morales » et grands médias italiens (en partie composés, cela va sans dire, d’anciens fidèles du Duce ayant retourné leur veste au bon moment) pour avoir représenté dans son deuxième film, « Fiamma che non si spegne » (1949)… un soldat allemand sympathique. Cette explication m’a été fournie en 1995 par Manuela Cottafavi, son épouse et confirmée par Vittorio. Voilà qui nous emmène bien loin du rapport entre les années Lumière et la galaxie Gutenberg, encore que ce point d’histoire permette de comprendre comment l’un des plus grands créateurs du cinéma européen ait pu être maintenu si longtemps dans une semi-clandestinité, pendant que des Antonioni ou des Zavattini endormaient la galerie.
Ci-dessus : "Milady et les Mousquetaires" (1952). |
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