Je lis dans la dernière livraison des « Manants du Roi » un billet fort pertinent d'un chroniqueur en ligne, Didier Goux, sur une mode médiatique apparue, me semble-t-il, il y a une vingtaine d'année : l'abandon de la francisation des noms propres, spécialement en matière de géographie, mais parfois aussi dans la graphie des noms ou prénoms de personne. Mao Tsé-toung en est la victime la plus célèbre. Déjà, dans les années précédentes, certains musicologues de France Musique, par pur snobisme semble-t-il, et pour que nul n'ignorât qu'ils savaient la langue de Goethe, s'efforçaient à gargouiller Yohann Sebastiann Bâhhh en guise de Jean-Sébastien. Heureusement ils ne furent guère suivis, peut-être à cause d'une incohérence douloureuse : ils continuaient à prononcer Mozart à la française !
Les germanistes nous ont infligé également Friedrich à la place de tous les Frédéric, et l'on pourrait allonger la liste. La cause la plus probable de ces absurdités « culturelles » est l'éternelle vanité des Monsieur Jourdain et des Diafoirus, jargonnant pour en imposer au vulgaire.
Lorsque on aborde les domaines de la politique internationale et de la géographie, les motifs de cette mutation, que M. Goux qualifie à juste titre d'« imbécile », sont plus complexes. D'une part, il y eut sans doute une recommandation diplomatique plus ou moins officielle, destinée à bien montrer à l'étranger que la France, petite province de l'Euroland, a renoncé à toute volonté d'indépendance et à tout « colonialisme », y compris linguistique, pour en laisser le privilège au monde anglophone. Les exigences du « nouvel ordre mondial » ont un prix que nos gouvernants ne cessent de payer, avec le bonheur du masochiste offrant ses arrières aux caresses du fouet.
Mais d'autre part, conséquence de la situation que je viens d'évoquer, nos journalistes ignares, abreuvés de dépêches d'agences américaines et anglaises, et donnant libre cours à leur vocation de perroquets, les recopient sans même s'en apercevoir ; et cela donne pour les compétitions sportives la « Biélarusse » au lieu de la Biélorussie (lu et entendu aux Jeux olympiques), sans compter le plus comique : l'Arabie saoudite (orthographiée phonétiquement dans tous nos dictionnaires jusqu'aux années soixante séoudite, comme Ibn Séoud, etc. ), mais… prononcée à la française avec un bel « a » bien ouvert qui doit étonner les Arabes.
Toujours, hélas ! garder en mémoire le jugement de Schopenhauer : « Le reste du monde a des singes ; l'Europe a des Français. »
Lien image : M/Y/D/S - Images animalières
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