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carnet de route
mardi 26 mai 2009, a 10:28
Rélexions d'un Persan sur les élections européennes
 

 

 

   Choisissant d'accueillir dans ce Carnet de route les réflexions d'un habitant de la Perse (et j'aurais pu tout aussi bien transcrire ce que m'écrivent certains paysans du Danube  contemporains de La Fontaine, ou Hurons fréquentés par Voltaire, sans parler des Vénusiens à trois antennes et six tentacules qui m'accablent de leurs épîtres), j'ai conscience que je vais encore en chagriner quelques-uns, convaincus que j'étais sans condition de leur bord ; sans pour autant gagner l'accueil d'autres rivages, qui ne comprennent pas davantage que l'on puisse réfléchir librement par soi-même. Peu importe. Toute ma vie j'ai procédé ainsi, publiant dans mes revues l'extrême gauche et l'extrême droite, le calotin et le bouffeur de curé, le misogyne et le gynagogue (variété féministe de démagogue, très répandue de nos jours), le racialiste identitaire et l'apatride militant, pour une seule raison théorique : il faut écouter tout le monde si l'on veut  être en mesure de choisir ; et pour une seule donnée d'expérience : qui que ce soit nourrit toujours dans un recoin de lui-même une part de vérité qu'il suffit de découvrir et de comprendre. Cet enseignement de base est évidemment le contraire de ce qu'on apprend aujourd'hui (et, je le crains, depuis longtemps) aux enfants de France, dont on gonfle la cervelle comme une outre de la croyance (biblique plus qu'européenne) qu'il y a les Bons et les Méchants… en plantant à l'entrée du territoire des uns comme des autres, à grands coups de marteau comme dans les dessins animés,  ces pancartes : ENTRÉE DU PARADIS et ENFER INTERDIT, arrachées et échangées à la nuit tombante par des zorros masqués qui marchent à pas de loup. J'ai constaté, hélas, qu'il n'y a plus beaucoup de spectateurs que les dessins animés font rire. Ils les prennent au sérieux et défilent avec les pancartes.

   Voici donc ce que mon Persan, qui vient de séjourner à Paris, m'écrit de la préparation des élections au Parlement de Strasbourg :

 

   « D'abord je constate que ces élections n'intéressent pas grand monde ; réaction tantôt commentée avec surprise, tantôt condamnée par la classe politico-médiatique, quoiqu'elle soit  naturelle : si j'ai bien saisi les explications qui m'en ont été données, ce que les politiciens  nomment aujourd'hui l'Europe a été conçu dès l'origine comme calmant idéologique des grands élans qui entraînent les peuples, les fortifient, les dynamisent et les poussent à la guerre. Rien de moins exaltant que l'« idéal européen » tel qu'il a été expressément voulu : comment s'étonner qu'un tranquillisant, composé de substances destinées à assommer un système nerveux survolté, abrutisse les individus au lieu de les exciter ? Un agglomérat artificiel et amorphe d'éléments dissemblables aux intérêts divergents ne saurait susciter le désir ni la passion, seuls moteurs des êtres vivants. Même la raison n'y trouve pas son compte puisque cette construction repose sur une série de contradictions impossibles à surmonter. On les a détaillées cent fois, ce qui ne détourne pas du ravin le galop des buffles mais suffit, obscurément remué dans l'inconscient populaire, à éloigner des urnes l'électeur.  Si l'on a bien assimilé ce premier point, capital, on a une chance de comprendre la suite.

   Puisque le Nouvel Ordre européen se fonde sur le sommeil, l'anesthésie, le confort individuel, le lavage des cerveaux par les Bons Sentiments, il va de soi que tout est parfaitement mis en place pour empêcher la diffusion du message de résistance. Celui-ci est soit minimisé, soit censuré, soit ridiculisé, car le troupeau des buffles politique et journalistique sait bien que s'il passait tel quel, les yeux des citoyens finiraient par s'ouvrir.

   L'unique chance de se faire entendre, pour les partisans du volontarisme français et de l'indépendance nationale, consiste donc à s'unir, à faire taire les divergences et les rancunes pour parler d'une seule voix, tenir un seul discours. Or, nous assistons à un ahurissant émiettement de groupuscules qui, en toute logique, va aboutir une fois de plus à un fiasco.

   Qu'il y ait des divergences dans l'histoire des partis,  dans l'appréciation des situations, dans les objectifs visés, dans le choix des moyens de les atteindre, c'est l'évidence, c'est humain, c'est la règle. Cela ne doit pas empêcher ces partis de s'unir, au moins le temps de la conquête, si un même principe fondamental les anime qui est justement l'enjeu du combat : l'indépendance nationale, c'est-à-dire la liberté pour les citoyens d'une nation de choisir leur propre destin plutôt que de s'y trouver propulsés par le pouvoir anonyme  d'administrations à majorité étrangère. Cet enjeu, qui pour le citoyen conscient nourrit, domine et simplifie à l'extrême tout le débat politique actuel, ne s'oppose en rien à l'union de forces venues de n'importe quel horizon et de n'importe quel passé. Libre à chacun, une fois la bataille remportée, de retourner dans son pré carré, bordé de clivages historiques, métaphysiques, économiques, et de rancœurs personnelles qui semblent aussi nécessaires que l'oxygène à la respiration gauloise. Machiavel et De Gaulle, Louis XI, Napoléon, l'histoire entière de votre ennemie intime l'Angleterre devraient pourtant vous avoir appris, à vous autres Français, qu'en matière de politique et de géopolitique  seul compte le résultat. Quand la destinée d'un peuple est en cause, quand une collectivité millénaire risque la dislocation, s'arc-bouter sur des principes de morale individuelle – universelle ou non – est misérable, hors de propos et conduit inexorablement à l'échec. »

 

   Mon Persan n'y va pas de main morte. On se rend compte qu'il regarde de très loin nos petites convulsions, sans le moins du monde s'y sentir impliqué. J'aimerais bien savoir comment cela se passe chez lui, à Ispahan.

 

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Michel MOURLET
Ecrivain, chroniqueur. A enseigné à Paris I sa théorie de l'audiovisuel.

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commentaire(s)
L'imparfait sportif R.-J. Berg (20/11/2009 08:13)

Votre belle réponse ...

Le terrorisme des Ronchons Christophe (09/11/2009 20:13)

A noter qu'Alai...

A la rencontre de Judrin Bruno Duval (24/09/2009 09:22)

Cher Michel Mourlet,...

A la rencontre de Judrin MM (17/09/2009 15:31)

Merci, Cher Bruno Du...

A la rencontre de Judrin Bruno Duval (17/09/2009 15:04)

Cher Michel Mourlet,...

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