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carnet de route
dimanche 23 décembre 2007, a 10:54
Précisions sur "l'Ordre vert"

 

   Un cinéphile canadien qui vient de lire mon Carnet de route me demande des détails sur le contenu de « l'Ordre vert ». Je me suis borné en effet à évoquer les circonstances de la commercialisation du DVD. En prévision d'autres remarques de même nature, je ne puis faire mieux, me semble-t-il, que de recopier les synopsis et note d'intention rédigés au moment de l'élaboration du projet :

 

SYNOPSIS

 

   Une jeune comédienne, Delphine, portée par ses goûts et son métier à se passionner pour le XVII° siècle français, se rend à une conférence sur Le Nôtre (portrait ci-dessus) qu'elle ne connaît guère que par Versailles et les Tuileries.

   A la fin de l'exposé, elle s'arrange pour aborder le conférencier. Elle lui demande ce qu'elle devrait lire sur le sujet. Il répond en riant : tellement de livres ont été écrits sur les jardins de Le Nôtre qu'elle pourrait y passer plusieurs mois ; il serait plus simple pour elle de lire la seule pièce de théâtre que l'on ait consacrée au "Jardinier du Roi-Soleil".

    - Une pièce ! s'écrie-t-elle. Mais je suis comédienne ! De qui est-elle et où peut-on la trouver ?

Il avoue en être l'auteur. On peut la commander en librairie, mais il sera heureux de lui en offrir un exemplaire... Il en possède aussi l'enregistrement, car elle a été jouée à la radio.

   Delphine prend connaissance du texte et décide de le monter au théâtre. Elle a déjà fait quelques mises en scène. Son père dirige une petite salle à Paris. Si elle parvient à le convaincre, l'affaire est faite. Elle s'y réserve aussi un rôle : Mlle de La Vallière.

   Elle en parle à son père : catastrophe ! Le ministère de la Culture vient de réduire sa subvention. Il peut tout juste assurer les frais de fonctionnement. Impossible de financer un nouveau spectacle. Il envisage même de fermer la salle. Et de toute façon, il ne voit pas comment une pièce sur Le Nôtre pourrait attirer un public. En attendant d'improbables jours meilleurs, il part en tournée en province.      

    Delphine est une fille courageuse et obstinée. Elle s'ouvre de son projet à un ami de son père, un comédien, Rémi, qui lui suggère de préparer le spectacle quand même. Mais comment, sans argent ? Il est possible de proposer aux acteurs et techniciens de travailler "en participation", c'est-à-dire sans rémunération immédiate. Ce qu'il faut, c'est croire au projet. Ensuite, on verra bien. En tout cas, il conviendrait de garder le secret vis-à-vis de son père, dont le pessimisme s'emploierait à la dissuader. En son absence, on peut utiliser la scène de son théâtre pour répéter, le cas échéant. Le plus important est le choix de l'interprète principal. Elle songe à Rémi, qui réserve sa réponse. Lui non plus n'est pas un familier de Le Nôtre, et il lui faut d'abord lire la pièce et s'imprégner des décors, de l'atmosphère des jardins "à la française".

   Delphine et Rémi, parfois accompagnés de l'auteur de la pièce, vont  se rendre dans différents lieux hantés par le fantôme de Le Nôtre : Versailles, Saint-Cloud, Sceaux, les Tuileries... Rémi y découvre à la fois le texte de la pièce, son personnage et véritablement l'art de Le Nôtre, qu'il n'avait considéré jusqu'alors que de façon très superficielle. Paradoxalement il préfère les jardins "libres", romantiques, à l'anglaise, alors que Delphine adhère davantage aux conceptions du jardinier, dompteur et ordonnateur de la Nature. Cet affrontement entre les deux conceptions fournit un des thèmes du film, thème développé notamment durant un séjour en Normandie.

   Lors de ces visites sur place, de répétitions ou de scènes abouties sur le plateau du théâtre, et de séquences en différents lieux, s'ébauche puis se précise, par fragments, le contenu de la pièce ; sont fournies aussi les informations destinées à compléter le propos : audition en situation de la cassette radio, extraits de la conférence, photos, illustrations d'époque.

   Rémi, à Versailles, se promène dans une allée, au bord d'un bassin, examine une statue, lit à voix haute son rôle ; Delphine lui indique une intonation, précise le sens d'une phrase... L'auteur, s'il est présent, ajoute son grain de sel...

   On arrive à la fin de la préparation du spectacle. Delphine organise une dernière répétition, avec toute la mise en scène et le décor.

   Le père de Delphine, de retour, est dans la salle. Il n'en croit pas ses yeux...                                                                

NOTE D'INTENTION

 

   André Le Nôtre est né le 12 mars 1613, à Paris. Ce qui ne signifie pas qu'il fût "Parisien". Fils de jardinier, il deviendra jardinier lui-même, et conservera toute sa vie des attaches, une allure, un comportement de paysan. Perruque et habit de cour n'y changeront rien. Il parle au plus grand roi du monde en toute franchise, embrasse le pape et, lorsque Louis XIV lui offre des armoiries, il demande "trois limaçons surmontés d'une tête de chou". Il meurt en 1700, après avoir légué au roi sa collection d'œuvres d'art, dont trois tableaux de Poussin.

   Entre-temps, il a poussé à la perfection l'art des jardins "à la française", leur apportant une ampleur, un équilibre, une ouverture sur l'environnement et surtout une signification inconnus auparavant, grâce à ce qu'on pourrait définir comme une véritable mise en scène  qui organise une "dramatisation" de l'espace, tant architecturale que symbolique. Cette mise en scène, dont les éléments sont la terre, l'eau, le feuillage, la perspective et la sculpture, s'élabora d'abord dans le creuset de son génie propre, puis s'épanouit dans une intime harmonie avec les desseins du monarque. Versailles en est l'accomplissement.

   Notre propos est de "raconter Le Nôtre" : un peu de sa vie, beaucoup de son œuvre, passionnément sa pensée. Le Nôtre, dont nous ne possédons qu'un peu de correspondance et des listes comptables, n'a pas laissé de témoignage écrit de ses conceptions. On est conduit à les transcrire dans le langage à partir de son discours de feuillage, de parterres, de bassins et de perspectives. Nous connaissons néanmoins de lui quelques répliques pittoresques ou significatives de son état d'esprit, quelques épisodes marquants rapportés par des témoins. Un personnage complexe y transparaît, à la fois rustique et très fin, grand amateur d'art et savant architecte, paysan matois mais sans façons, à l'aise avec les grands, confident de Louis XIV qui l'estimait infiniment pour son mélange de franc-parler et de géniales intuitions d'artiste.

   Comment montrer et rendre intelligible ce personnage ?  

   Il se trouve qu'en 1966, un jeune écrivain a fait jouer une évocation radiophonique intitulée la Méditation au Jardin, diffusée sur France Culture et les ondes françaises d'outre-mer. Cet ouvrage nous a paru recouper exactement notre propos. L'auteur y fait alterner monologues et scènes dialoguées. Les monologues, dits par Le Nôtre, sont en réalité des monologues intérieurs destinés à exprimer, d'une part, sa vision de l'art "paysagiste" et, d'autre part, la manière dont il entend l'appliquer à la vision théocratique du roi.

   Les scènes dialoguées évoquent certains épisodes historiques vécus par Le Nôtre et par des témoins, célèbres ou obscurs, de sa vie.

   Il n'était pas question, pour nous, d'"adapter" cet ouvrage écrit pour la radio et non pour l'image, c'est-à-dire de reconstituer les scènes dans leur décor particulier, et de les faire interpréter par des comédiens en costumes d'époque. Le résultat eût été à la fois trop statique, trop "film historique", trop incomplet aussi par rapport aux ressources visuelles des sites considérés, parcs et châteaux. Et beaucoup trop cher.

   Nous avons préféré opter pour l'immersion de ce texte dans une histoire d'aujourd'hui, celle d'un petit groupe de passionnés de théâtre qui entreprennent de porter la pièce à la scène et y parviennent, en dépit de toutes les difficultés inhérentes à ce type de projet.

   Cette articulation des deux actions entre elles, celle de la pièce au XVII° siècle et celle de la troupe au XXI°, multiplie les éclairages et les points de vue, donc enrichit le thème. D'autre part, elle apporte un élément de comédie, une "dramatisation légère" de nature à assouplir la rigueur classique du sujet.

 

 

   Outre l'évocation biographique et historique du personnage et de son époque, l'Ordre Vert envisage l'art des « jardins à la française » à la fois comme réflexion inaugurale sur l'aménagement du territoire et l'écologie, mise en scène du Pouvoir et expression la plus concrète du classicisme.

    Le film est également le lieu d'une confrontation permanente entre la métaphore théâtrale (« sur-jeu » des comédiens, symbolique des décors) et le réalisme du cinéma qui l'appréhende. Entre la fiction et le reportage vécu, la marge ici demeure incertaine…

 

 

 

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Commentaires
#1
coucou écrit le samedi 29 décembre 2007, A 16:03
Coucou!


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Bisous
Bonne fête de fin d' année!!!
#2
françois Quersaf écrit le dimanche 06 janvier 2008, A 18:54
Depuis le mois de juin 2007, Les deux étendards, le roman fabuleux de Lucien Rebatet est de nouveau disponible en rayon….Après quinze ans d’absence, qui firent la joie des brocanteurs de toute sorte, la maison d’édition Gallimard s’est enfin décidée à le rééditer……Quoi qu’on pense de l’auteur, malgré le parfum de souffre que dégage le simple nom de Rebatet, il n’empêche qu’il est scandaleux, à mon humble avis, qu’un tel roman n’ait pas la place qu’il mérite dans le panthéon de la littérature française……Monsieur Mourlet, j’aurais aimé savoir ce que vous pensez des deux étendards….En lisant la biographie que lui a consacré Robert Belot, j’ai appris que la revue matulu, dont vous fûtes le rédacteur en chef, lui a consacré, juste après sa mort, un numéro complet avec je crois bien la dernière interview que Rebatet ait donnée de son vivant (entretien que l’on doit à Michel Marmin). Mais sous votre signature, je n’ai jamais lu de recension du livre ni même de portait de Rebatet (dans Ecrivains de France, par exemple, Rebatet n’a pas droit à son portrait, tout juste s’il est mentionné deux fois)
#3
MM écrit le mardi 08 janvier 2008, A 09:23
Petite rectification : "Matulu" n'a pas consacré "un numéro complet" à Rebatet, mais un dossier de deux pages un quart dans sa livraison n° 17, avec notamment un long article de Jean Dutourd et ce dernier entretien conduit par M. Marmin dont vous parlez. Je n'ai rien écrit sur l'auteur des "Deux Etendards" pour la triste raison que je ne l'ai pas lu. Il y a comme cela quelques grosses lacunes dans ma connaissance de la littérature contemporaine. A titre d'explication, sinon d'excuse, j'invoquerai une réponse de Jean Renoir à quelqu'un qui s'étonnait qu'il ne connût pas tel film célèbre, sorti depuis peu : "Il me faut choisir : ou bien faire des films, ou bien voir ceux des autres !" Je suis dans la même situation relativement aux livres...
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