Je ne sais trop pourquoi M. Attali me fait irrésistiblement penser à un personnage de Labiche. Sa bobine toute rondeur et sourire de notaire provincial, son air de courir à perpétuité après le chapeau de paille brouté par son cheval dans les allées du Pouvoir, et les sentences saugrenues qu'il prononce gravement en consultant, du moins on l'imagine, sa grosse montre de gousset (dans le style de « ce n'est pas pour me vanter, mais il fait rudement chaud aujourd'hui »), tous ces éléments réunis, et bien d'autres – par exemple, son « Adieu, ma poule ! » lancé à l'enterrement de Coluche – font de lui, certes, un spécimen de bon bourgeois pittoresque, mais qu'on ne prendrait pas en auto-stop pour lui demander de réfléchir au problème de la croissance, laquelle, si je ne m'abuse, avait d'ailleurs fait jadis de sa part l'objet d'une vigoureuse contestation. Il convient de rappeler aussi que, courant une fois de plus après un chapeau qu'il finit toujours par porter, il a eu cette phrase mémorable au début des années 90 (épinglée à l'époque dans ma postface à « l'Europe déraisonnable »), phrase exaltante et riche d'espérance s'il en est : « La culpabilité est fondatrice de l'idéal européen. »
Le Président de la République aurait donc trouvé profit à s'informer quelque peu des antécédents burlesques de M. Attali avant de le nommer à la tête d'une commission de réflexion, à moins que, par pur sadisme, il se soit seulement donné le plaisir de les faire aller, lui et son cheval, au picotin. On reconnaîtra en effet qu'elle mérite une belle avoine, sa proposition de supprimer les départements français. Pour relancer la croissance, une telle mesure relève assurément de l'évidence criante et l'on se demande pourquoi, dans la foulée, il n'a pas suggéré aussi de démolir tous les kiosques à musique. Mais, bien sûr, une autre intention s'y dissimule, et ici l'on reprend son sérieux : supprimer les départements, c'est aller dans le sens voulu par les adversaires de la cohésion nationale française, via une allégeance directe des « régions » au principe fédéral bruxellois. M. Attali, courant après son chapeau, a simplement anticipé un peu trop vite sur les conséquences du traité de Lisbonne. |