Il en est de certaines morts comme de certaines vies : elles apparaissent insupportables. Et plus encore lorsqu'on met les deux en balance : pourquoi, à tel imbécile rampant, répugnant et nuisible (ne me demandez pas qui, ils sont légion dans la médiasphère et d'ailleurs se reconnaîtront en me lisant) est-il permis de respirer, tandis que tel prince par l'intelligence, le talent, l'élégance morale, se voit décapiter par la Faucheuse ? La mort frappe au hasard, les meilleurs comme les pires, et cet égalitarisme aveugle, inexcusable, qui réjouit les morales d'esclaves (comme disait Nietzsche), devrait horrifier malgré tout nos amis oublieux de nos sources murmurantes, égarés dans la mythologie du désert.
Georges Laffly était l'un de ces princes, et l'abominable loi biologique, si elle avait une conscience et qui s'intéressât à nous, aurait dû pour le moins le laisser vivre encore quinze ans, le temps pour lui d'achever son œuvre et de dispenser un peu plus la grâce de son immense culture aux esprits disponibles à l'ensemencement.
Laffly était capable de citer avec un respect éclairé aussi bien Guy Debord que Jacques Perret, Nietzsche et Julien l'Apostat que saint Thomas d'Aquin, et sa fidélité à André Fraigneau, prince des cygnes et signe (de ralliement) des princes de l'esprit au XXe siècle, pourrait suffire à sa gloire. Je lui garde une infinie reconnaissance de m'avoir confié, pour André Fraigneau, le Livre du Centenaire, l'un de ses textes les plus profonds en pleine lumière.
Ci-dessus : Guy Debord (1931-1994) |