C'est une loi bien connue des manipulateurs. Elle semble avoir échappé aux « psychologues », « sociologues » et autres spécialistes en « logue », nouveaux « maîtres fous » tout puissants des sociétés dites développées, sorciers qui n'ont guère plus de prise sur la réalité que leurs collègues à grigris. Elle n'est même pas arrivée, cette loi, jusqu'aux oreilles des personnes bien intentionnées qui se récrient devant les recommandations saugrenues d'officines telles que la Halde, temple apparemment consacré au culte du politically correct vu par le professeur Nimbus. (J'emploie à dessein l'expression anglaise, puisque ce concept nous est venu, comme toutes sortes d'autres bonnes choses, du puritanisme hypocrite d'outre-Atlantique et d'outre-Manche, à visée essentiellement mercantile : tout individu, toute population quels qu'ils soient étant client potentiel à ménager.)
La « loi de l'effet inverse » est pourtant simple à comprendre, même par des cerveaux dépourvus d'agilité : plus on accumule d'interdits, plus on sature les gens de « bons sentiments » ostentatoires, plus on empile les procès, les jugements, les jurisprudences pour faire régner l'Ordre moral désiré par l'alliance burlesque mais solide des marchands de soupe et des penseurs post-modernes, et plus la population (pas aussi bête que ne le croient les susdits) s'en exaspère, plus la fraction restée lucide de la classe intellectuelle (les enfants de ceux qui, dès les années cinquante, avaient dénoncé la vraie nature du stalinisme, puis du maoïsme) s'en offusque, et plus le résultat escompté s'éloigne, quand il ne sombre pas dans une catastrophe historique au cours de laquelle les instigateurs de l'ordre en cause retrouvent leur tête au bout d'une pique ou face à un peloton.
La France que j'ai connue jusqu'aux années soixante était sans nul doute l'un des pays les moins racistes au monde. On y sympathisait sans affectation ni discrimination positive avec les Noirs, on y racontait en public des histoires juives sans forcément l'être soi-même , on y plaisantait à la radio l'accent arabe (Roméo Carlès dans le fameux tandem de Sidi Cacahuète et Sidi Tapis, dans ma tendre enfance), mais il ne serait venu à l'idée de personne de profaner des tombes, d'agresser des passants, aucune interdiction de quartiers n'existait dans nos villes et la question de l'appartenance ethnique se posait si peu qu'on en parlait n'importe où, à n'importe qui, sans complexe ni conséquence. Aujourd'hui, mesurons le chemin parcouru depuis que les belles âmes l'ont pavé de leurs bonnes intentions et y ont fait passer le funeste convoi de leurs règles coercitives. Je ne reconnais plus ma France blagueuse et fraternelle dans cette nation au cul pincé, telle une assemblée de pasteurs anglicans ou d'enquêteurs de la Stasi.
Et j'entends, je lis tous les jours, comme vous, ces faits divers racistes en augmentation constante dont n'émerge qu'une partie, toujours la même, parfois truquée, le reste étant pieusement dissimulé ou, solution encore plus simple, ne parvenant pas aux salles de rédaction nationales.
C'est alors que je me pose la seule question qui vienne à l'esprit en face d'une telle situation ; question en forme d'alternative : ces savants Cosinus à suffixe en « logue », et les politiciens ou folliculaires qui s'appuient sur leurs « travaux », sont-ils assez niais pour s'obstiner dans une erreur de propagande aussi manifeste, ou bien s'agit-il d'une manipulation remarquablement habile qui vise à obtenir le contraire de qu'on prétend souhaiter ? Autrement dit, s'agit-il d'un racisme masqué (peut-être surtout anti-arabe) qui a conçu le meilleur moyen d'exacerber les passions en feignant de les vouloir éteindre ? Je livre cette interrogation machiavélienne aux quelques esprits encore capables, malgré leur séjour dans les écoles de la République, de raisonner sur des constructions mentales de plus de trois mots (sujet, verbe, complément direct) et je serais heureux de recevoir leur avis.
Lire aussi : « Quand Albion perd son latin » sur le site des Manant du Roi : http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article71620.php |