Les monstres de l'Histoire n'ont pas bonne presse. Essayez de dire tout le bien que vous pensez de Caligula, qui s'est borné pourtant à avoir le courage d'inscrire dans le réel ce que font métaphoriquement à longueur de temps les médiocres princes qui nous gouvernent : nommer consul son cheval (mais non, je ne songe pas une seconde à notre ministre de la Culture, ni à celui des Affaires étrangères, ni d'ailleurs à la plupart des autres) ; invoquer les dieux : « Plût au ciel que le peuple n'eût qu'une tête, pour la trancher d'un coup ! », ce qui signifie en clair, de nos jours : « que n'ai-je en mon pouvoir tous les grands médias manipulateurs de l'opinion, afin de la décerveler une fois pour toutes ! » Mais au fait, nos empereurs de la décadence d'aujourd'hui, sur ce point, n'ont-t-ils pas mieux réussi que leur modèle ?
Ainsi, les monstres historiques font des petits, de plus en plus petits, hélas ! Oui, hélas : au fond, qu'est-ce qui titille, qu'est-ce qui mobilise en profondeur notre intérêt, voire notre passion pour cette vieille lune de l'Histoire qui tourne en rond comme toutes choses et les étoiles et le Temps, depuis le non-commencement de l'Être ainsi que nous l'enseigne Parménide ? Les monstres honnis, tous les fous avérés ou non qui, avec les moyens divers que leur permit leur époque, se prirent pour Napoléon, justement ! Ceux en l'absence de qui les récits de Suétone et de Tacite nous feraient bâiller comme des crocodiles affamés. Que serait l'Histoire – imaginez cela juste un instant ! – sans Néron, ni Gengis Khan, ni Attila, ni Robespierre, ni Hitler, ni Staline, ni Pol Pot ? Ce serait d'un ennui ! Quelque chose comme les annales de la République helvétique. Non, merci Calvin, merci les autorités morales, gardez cela pour vos dimanches en famille.
Pour ma part, je préfère l'idée magnifique du poète Daniel Aranjo : un cycle Néron au Théâtre du Nord-Ouest, le seul lieu théâtral où, grâce à Jean-Luc Jeener, il se passe encore quelque chose à Paris. Pour que ce cycle s'incarne, croisons les doigts, éventrons quelques poulets afin d'y déchiffrer l'avenir, comme faisait Néron qui, d'ailleurs, n'y croyait pas vraiment !
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