 Il y a peu, je citais un passage de Chateaubriand prédisant l'avenir de la planète avec cette alliance - peut-être devrais-je dire cet alliage, car il s'agit plutôt de la dureté d'un métal - de la lucidité et de la logique, alliage si parcimonieusement compté aux démagogues qui nous gouvernent, manipulent notre pensée et nous entraînent avec la même assurance, le même entrain, qu'entre 1924 et 1938 vers le même type de catastrophe - ou probablement pire - que celle qu'ont vécue ensuite les Français. Il s'agira bien sûr et enfin de la dissolution de la France, chose espérée par tant de gens, et préparée par tant de belles âmes, de Dunkerque à Perpignan et de Brest à Strasbourg . Aujourd'hui, c'est l'immense Balzac qui va parler à nos aveugles et dessiner l'avenir à nos sourds, tout en décrivant ce qu'il avait déjà sous les yeux. Il s'agit de l'étonnante et superbe introduction aux trois textes sur Catherine de Médicis réédités par la Table Ronde en 2006. Et gardons présent à l'esprit que notre pays en 1840, année où Balzac rédigea le paragraphe qui va suivre, était mille fois moins handicapé, en particulier par le zèle "citoyen" des imbéciles, qu'aujourd'hui :
"Qu'est-ce que la France de 1840 ? un pays exclusivement occupé d'intérêts matériels, sans patriotisme, sans conscience, où le pouvoir est sans force, où l'élection, fruit du libre arbitre et de la liberté politique, n'élève que des médiocrités, où la force brutale est devenue nécessaire contre les violences populaires, , et où la discussion, étendue aux moindres choses, étouffe toute action du corps politique ; où l'argent domine toutes les questions, et où l'individualisme, produit horrible de la division à l'infini des héritages qui supprime la famille, dévorera tout, même la nation, que l'égoïsme livrera quelque jour à l'invasion. On se dira : Pourquoi pas le tzar, comme on s'est dit : - Pourquoi pas le duc d'Orléans ? On ne tient pas à grand-chose ; mais dans cinquante ans, on ne tiendra plus à rien."
Des invasions, depuis, nous en avons subi deux. Remplaçons "le tzar" par "national-socialisme" , hier, pour certains, et par "URSS" pour beaucoup, par Bruxelles ou Washington aujourd'hui pour la plupart de ceux qui décident, et dites-moi si les "prophéties" de Balzac, cent ans exactement avant le désastre que nous savons, ne sont pas plutôt l'exacte description de l'état de la France, empirant de décennies en décennies ? |