<?xml version="1.0" encoding="ISO-8859-1"?>
<rss version="2.0">
 <channel>
  <title>carnet de route</title>
  <description>carnet de route</description>
  <language>fr-FR</language>
     <link>http://mourlet.blog.mongenie.com</link>
  <generator>KWO - http://www.kernix.com</generator><item>
   <title>L&#039;imparfait sportif</title>
   <description><![CDATA[ Le Pr Berg, de l'Universit&eacute; de Bowling Green (Ohio), s'&eacute;tonne aupr&egrave;s de moi d'un usage particulier de l'imparfait qu'il rel&egrave;ve dans un article du Figaro consacr&eacute; &agrave; la rencontre de &laquo;&nbsp;foot&nbsp;&raquo; entre l'Alg&eacute;rie et l'&Eacute;gypte, et dont les Alg&eacute;riens sont sortis victorieux. 

&nbsp;&nbsp; Cet usage est ancien, peut-&ecirc;tre contemporain des premiers commentaires sportifs radiophoniques&nbsp;: il faudrait v&eacute;rifier. Il n'a rien en tout cas qui choque nos yeux ni nos oreilles&nbsp;: &laquo;&nbsp;Refusant de retomber dans l'erreur commise samedi dernier face aux m&ecirc;mes Pharaons, l'Alg&eacute;rie d&eacute;cidait d'attaquer la rencontre le couteau entre les dents. Ou plut&ocirc;t le sabre entre les m&acirc;choires serr&eacute;es. Insuffisant cependant, puisque les Fennecs conc&eacute;daient la premi&egrave;re occasion de la partie.&nbsp;&raquo;

&nbsp;&nbsp; J'ai r&eacute;pondu par retour de courriel&nbsp;: &laquo;&nbsp;&hellip;Pour ce qui est de l'usage sportif de l'imparfait, il est courant depuis longtemps. Grevisse d&eacute;finit ainsi la valeur la plus g&eacute;n&eacute;rale de ce mode : "L'imparfait montre un fait en train de se d&eacute;rouler dans une portion du pass&eacute;, mais sans faire voir le d&eacute;but ni la fin du fait." Dans le contexte sportif collectif, ces imparfaits sont destin&eacute;s &agrave; souligner, en la sous-entendant, la simultan&eacute;it&eacute; des actions et leur caract&egrave;re toujours provisoire par rapport au r&eacute;sultat final. Ils att&eacute;nuent ce que le pass&eacute; simple ou compos&eacute; aurait de d&eacute;cisif, de d&eacute;finitif, et qui ne correspondrait pas &agrave; la mouvance al&eacute;atoire d'un jeu ou d'une &eacute;preuve pratiqu&eacute;s &agrave; plusieurs. Ainsi, on utilisera l'imparfait pour d&eacute;crire un &eacute;pisode du Tour de France ou une partie de ballon rond,&nbsp;mais non pas la chute d'un coureur cycliste dans un ravin, &eacute;v&eacute;nement isol&eacute;, &eacute;v&eacute;nement complet &agrave; lui seul.&nbsp;&raquo;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/11/888182</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/11/888182</guid>
  <pubDate>Thu, 19 Nov 2009 08:44:39 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>Les pendules à l&#039;heure</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp; Le Club de l'Horloge, comme son nom l'indique, s'est donn&eacute; pour mission de remettre les pendules &agrave; l'heure. Les pendules de notre pays, on a fini par s'en apercevoir et par le dire, sont toujours en retard d'une guerre ou deux. Mais s'en apercevoir et le dire est une chose, changer la mentalit&eacute; des retardataires en est une autre. Il est &agrave; craindre que les descendants des strat&egrave;ges d'Azincourt soient g&eacute;n&eacute;tiquement non modifiables,&nbsp;ce qui expliquerait par exemple qu'ils croient, certains d'entre eux du moins, dur comme fer que le th&eacute;&acirc;tre du combat &agrave; mener aujourd'hui par la France se trouve en Afghanistan.

&nbsp;&nbsp; Donc, le Club de l'Horloge, fond&eacute; en 1974 par de hauts responsables de la fonction publique et pr&eacute;sid&eacute; aujourd'hui par Henry de Lesquen, se d&eacute;finit comme un &laquo;&nbsp;r&eacute;servoir d'id&eacute;es&nbsp;&raquo; pour la droite nationale et lib&eacute;rale. Sa XXVe universit&eacute; annuelle, qui vient de se d&eacute;rouler dans les salles de r&eacute;union de la Fondation Dosne-Thiers &agrave; Paris, &eacute;tait d&eacute;volue &agrave; un th&egrave;me en relation directe avec la crise &eacute;conomique&nbsp;: la responsabilit&eacute; de la &laquo;&nbsp;super-classe mondiale&nbsp;&raquo;. Cette super-&eacute;lite de d&eacute;cisionnaires, qualifi&eacute;e de &laquo;&nbsp;transnationale&nbsp;&raquo; par l'auteur du Choc des civilisations, est &agrave; l'origine d'un nombre important de mauvais coups port&eacute;s aux int&eacute;r&ecirc;ts nationaux qui ne sont pas am&eacute;ricains (restriction que S. P. Huntington semble ne pas vouloir r&eacute;ellement prendre en compte...). Il y avait dans ce cadre de pens&eacute;e un espace logiquement r&eacute;serv&eacute; au concept d'identit&eacute; nationale et, par voie de cons&eacute;quence, &agrave; la langue de la nation, composante essentielle et signe de cette identit&eacute;. &nbsp;

&nbsp;&nbsp; C'est cet espace de linguistique identitaire qu'il m'a &eacute;t&eacute; demand&eacute; d'occuper lors de la XXVe universit&eacute;. Mon expos&eacute; avait pour titre le r&eacute;sum&eacute; de son sujet&nbsp;: &laquo;&nbsp;Perdre sa langue, c'est perdre son &acirc;me&nbsp;&raquo;. Ceux de mes visiteurs qui veulent bien s'int&eacute;resser &agrave; la tournure &laquo;&nbsp;g&eacute;o-politico-linguistique&nbsp;&raquo; qu'ont pris certains de mes travaux depuis quelques ann&eacute;es pourront prendre connaissance de ladite conf&eacute;rence en suivant ce lien&nbsp;: &nbsp;http://papiersenligne.spaces.live.com/blog/cns!AA3C3B797FEA709E!155.entry


&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/11/882031</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/11/882031</guid>
  <pubDate>Wed, 04 Nov 2009 10:13:42 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>Balzac et sa boule de cristal</title>
   <description><![CDATA[ Il y a peu, je citais un passage de Chateaubriand pr&eacute;disant l'avenir de la plan&egrave;te avec cette alliance - peut-&ecirc;tre devrais-je dire cet alliage, car il s'agit plut&ocirc;t de la duret&eacute; d'un m&eacute;tal - de la lucidit&eacute; et de la logique, alliage si parcimonieusement compt&eacute; aux d&eacute;magogues qui nous gouvernent, manipulent notre pens&eacute;e et nous entra&icirc;nent avec la m&ecirc;me assurance, le m&ecirc;me entrain, qu'entre 1924 et 1938 vers le m&ecirc;me type de catastrophe - ou probablement pire - que celle qu'ont v&eacute;cue ensuite les Fran&ccedil;ais. Il s'agira bien s&ucirc;r et enfin de la dissolution de la France, chose esp&eacute;r&eacute;e par tant de gens, et pr&eacute;par&eacute;e par tant de belles &acirc;mes, de Dunkerque &agrave; Perpignan et de Brest &agrave; Strasbourg . Aujourd'hui, c'est l'immense Balzac qui va parler &agrave; nos aveugles et dessiner l'avenir &agrave; nos sourds, tout en d&eacute;crivant ce qu'il avait d&eacute;j&agrave; sous les yeux. Il s'agit de l'&eacute;tonnante et superbe introduction aux trois textes sur Catherine de M&eacute;dicis r&eacute;&eacute;dit&eacute;s par la Table Ronde en 2006. Et gardons pr&eacute;sent &agrave; l'esprit que notre pays en 1840, ann&eacute;e o&ugrave; Balzac r&eacute;digea le paragraphe qui va suivre, &eacute;tait mille fois moins handicap&eacute;, en particulier par le z&egrave;le "citoyen" des imb&eacute;ciles, qu'aujourd'hui : 

&nbsp;&nbsp; "Qu'est-ce que la France de 1840 ? un pays exclusivement occup&eacute; d'int&eacute;r&ecirc;ts mat&eacute;riels, sans patriotisme, sans conscience, o&ugrave; le pouvoir est sans force, o&ugrave; l'&eacute;lection, fruit du libre arbitre et de la libert&eacute; politique, n'&eacute;l&egrave;ve que des m&eacute;diocrit&eacute;s, o&ugrave; la force brutale est devenue n&eacute;cessaire contre les violences populaires, , et o&ugrave; la discussion, &eacute;tendue aux moindres choses, &eacute;touffe toute action du corps politique ; o&ugrave; l'argent domine toutes les questions, et o&ugrave; l'individualisme, produit horrible de la division &agrave; l'infini des h&eacute;ritages qui supprime la famille, d&eacute;vorera tout, m&ecirc;me la nation, que l'&eacute;go&iuml;sme livrera quelque jour &agrave; l'invasion. On se dira : Pourquoi pas le tzar, comme on s'est dit : - Pourquoi pas le duc d'Orl&eacute;ans ? On ne tient pas &agrave; grand-chose ; mais dans cinquante ans, on ne tiendra plus &agrave; rien."

&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des invasions, depuis, nous en avons subi deux. Rempla&ccedil;ons "le tzar" par "national-socialisme" , hier, pour certains, et par "URSS" pour beaucoup, par Bruxelles ou Washington aujourd'hui pour la plupart de ceux qui d&eacute;cident, et dites-moi si les "proph&eacute;ties" de Balzac, cent ans exactement avant le d&eacute;sastre que nous savons, ne sont pas plut&ocirc;t l'exacte description de l'&eacute;tat de la France, empirant de d&eacute;cennies en d&eacute;cennies ?&nbsp;&nbsp; 
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/10/876523</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/10/876523</guid>
  <pubDate>Thu, 22 Oct 2009 09:43:43 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Le terrorisme des Ronchons</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp; Ainsi, les Ronchons ont encore frapp&eacute;.&nbsp;&#12288;

&nbsp;&nbsp; Je sais peu de choses du Club des Ronchons, encore moins que sur Al Ka&iuml;da. Des bruits, des rumeurs qui courent sur son compte, j'ai cependant attrap&eacute; au passage quelques bribes, sans &ecirc;tre en mesure de les v&eacute;rifier. Cette n&eacute;buleuse terroriste, o&ugrave; l'on aurait rep&eacute;r&eacute; d'anciens et toujours dangereux agitateurs tels que Jean Dutourd et Jean Tulard, aurait pris naissance en 1986, sous l'impulsion d'un jeune Gardien de la R&eacute;action, plus farouchement attach&eacute; &agrave; un retour &agrave; l'obscurantisme m&eacute;di&eacute;val que son mod&egrave;le Oussama Ben Laden. Fondamentaliste illumin&eacute;, il r&eacute;pond au nom (ou au pseudonyme, peut-&ecirc;tre ?) d'Alain Paucard, et aurait abandonn&eacute; le &laquo; ben &raquo;, signifiant &laquo; fils de &raquo;, pour se fondre plus commod&eacute;ment dans la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise. Toujours en activit&eacute; et &agrave; la t&ecirc;te du mouvement qu'il a cr&eacute;&eacute;, il a &eacute;chapp&eacute; jusqu&lsquo;&agrave; pr&eacute;sent &agrave; toute les polices du monde civilis&eacute;, &agrave; telle enseigne que d'aucuns l'accusent de connivence avec les pouvoirs occidentaux, trop heureux qu'ils sont de brandir un pr&eacute;texte s&eacute;curitaire et d&eacute;mocratique pour faire d&eacute;filer leur soldatesque arm&eacute;e jusqu'aux dents, non seulement dans tous les recoins de la plan&egrave;te, mais aussi dans leurs propres lieux publics. 

&nbsp;&nbsp; De m&ecirc;me qu'Oussama, ras&eacute; de frais, d&eacute;gusterait tranquillement tous les apr&egrave;s-midi, para&icirc;t-t-il, un petit noir bien serr&eacute; en fumant un bon cigare &agrave; sa terrasse pr&eacute;f&eacute;r&eacute;e de la I3e Avenue, Alain Paucard, lui, siroterait d&egrave;s dix heures du matin son ballon de chablis dans un troquet pr&egrave;s de la Porte de Vanves. Quelques d&eacute;tails distinguent ainsi les deux &laquo; ennemis publics&raquo;. Le plus notable est leur mani&egrave;re d'atteindre l'opinion. L'ayatollah Khomeiny, on s'en souvient, utilisait des cassettes sonores. Ben Laden envoie des enregistrements vid&eacute;o. Paucard, de loin le meilleur en mati&egrave;re de retour en arri&egrave;re, se sert&hellip; de papier imprim&eacute; ! Certains assurent m&ecirc;me qu'il va bient&ocirc;t pousser le refus du progr&egrave;s jusqu'&agrave; revenir aux manuscrits orn&eacute;s d'enluminures. Pour le moment, il se contente de lancer des br&ucirc;lots destin&eacute;s &agrave; mettre le feu &agrave; Paris comme il l'a d&eacute;j&agrave; fait ailleurs. Je ne crois pas trahir un tr&egrave;s grand secret en r&eacute;v&eacute;lant que le cyclone de La Nouvelle-Orl&eacute;ans, c'&eacute;tait lui ; les flammes qui faillirent r&eacute;cemment an&eacute;antir Ath&egrave;nes devenue trop moderne, c'&eacute;tait lui. Lisez donc, c'est urgent, Allez-y sans nous (L'&Acirc;ge d'Homme, 19 &euro;), pour savoir tout ce qu'il ne faut pas faire et tout ce qu'il faut faire si vous ne voulez pas voir votre trois pi&egrave;ces-cuisine, votre collection de vieilles montres ou votre grand-m&egrave;re r&eacute;duites en cendres. C'est un conseil d'ami. &nbsp;

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/10/876100</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/10/876100</guid>
  <pubDate>Wed, 21 Oct 2009 08:00:09 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>M. Valdemar et ses frères</title>
   <description><![CDATA[ 
&nbsp;

&nbsp;&nbsp; La contribution en forme d'hommage &agrave; Edgar Poe que je me suis beaucoup amus&eacute; &agrave; &eacute;crire pour le recueil du Club des Ronchons compos&eacute; par Alain Paucard, &nbsp;Allez-y sans nous, qui vient de para&icirc;tre aux &Eacute;ditions de L'&Acirc;ge d'Homme,n'avait d'autre objet que de relater d'une mani&egrave;re assez fantaisiste une petite histoire authentique concernant le comportement pour le moins &eacute;trange d'un individu &agrave; l'identit&eacute; bien pr&eacute;cise. Il para&icirc;t cependant que plusieurs personnes s'y seraient peu ou prou reconnues, ce qui tendrait &agrave; prouver que &laquo;&nbsp;La v&eacute;rit&eacute; sur le cas de M. Valdemar&nbsp;&raquo; a une port&eacute;e plus g&eacute;n&eacute;rale qu'on ne le supposerait au premier abord. 

&nbsp;&nbsp; Deux ou trois anciens &laquo;&nbsp;amis&nbsp;&raquo; du monde des arts et lettres, myst&eacute;rieusement disparus un beau jour (je dis &laquo;&nbsp;beau&nbsp;&raquo;, parce que faste est le jour o&ugrave; nous sommes d&eacute;barrass&eacute;s d'un&nbsp; faux camarade, &nbsp;qui introduisait &agrave; notre insu dans la clart&eacute; de notre vie une relation d'imposture), disparus, donc, sans le moindre d&eacute;but d'explication, auraient manifest&eacute; une sorte d'agacement &agrave; la lecture de ce texte. J'utilise le conditionnel pour la raison, bien entendu, qu'on n'est jamais s&ucirc;r de rien dans ces rumeurs qui remontent en catimini jusqu'au principal int&eacute;ress&eacute;. Toutefois, il me faut ajouter que la fiabilit&eacute; de mes &laquo;&nbsp;r&eacute;seaux&nbsp;&raquo;, comme on dit aujourd'hui, a rarement &eacute;t&eacute; prise en d&eacute;faut. Je me trouve enclin de ce fait &agrave; croire volontiers que Dupont, Durand, Pierre ou Jacques&nbsp; ont effectivement &eacute;t&eacute; travers&eacute;s de l'id&eacute;e d&eacute;sagr&eacute;able qu'ils &eacute;taient caricatur&eacute;s sous les traits ind&eacute;finissables de M. Valdemar. 

&nbsp;&nbsp; En somme, ce personnage embl&eacute;matique et foireux plus ou moins inspir&eacute; d'un cas r&eacute;el, est un miroir que je tends &agrave; mes contemporains fran&ccedil;ais et o&ugrave; plusieurs d'entre eux, si pr&eacute;gnant est leur nombrilisme, s'imaginent reconna&icirc;tre leur visage. Il y a donc bien dans cette anecdote saugrenue une dose de v&eacute;rit&eacute;. Si je l'adorne (peut-&ecirc;tre excessivement, comme le sugg&egrave;re depuis le XIXe si&egrave;cle ce vieux verbe) de l'&eacute;pith&egrave;te &laquo;&nbsp;fran&ccedil;aise&nbsp;&raquo;, c'est parce que j'ai l'impression qu'en d'autres contr&eacute;es que je fr&eacute;quente, cette f&acirc;cheuse mani&egrave;re de se dissimuler brusquement derri&egrave;re son t&eacute;l&eacute;phone, de ne plus ouvrir sa boite aux lettres qu'en tremblant, de cacher sa t&ecirc;te dans son journal et de circuler en rampant&nbsp; sous votre fen&ecirc;tre est beaucoup moins r&eacute;pandue qu'en France, pour ne pas dire inexistante. Quand on appartient au monde civilis&eacute;, on se comporte en civilis&eacute;&nbsp;: si l'on a une objection ou un reproche &agrave; formuler, on les formule&nbsp;; un refus &agrave; opposer, en y mettant autant de politesse qu'on voudra on l'oppose&nbsp;; &agrave; une lettre on r&eacute;pond, ne f&ucirc;t-ce que par le mot de Cambronne. On ne dilue pas dans un n&eacute;ant opaque la relation engag&eacute;e voire &eacute;tablie de longue date, comme si l'interlocuteur, le questionneur ou l'ami avait soudain cess&eacute; d'exister. Cela est la pire fa&ccedil;on d'agir pour quiconque souhaiterait que l'on gard&acirc;t pour lui la moindre estime.

&nbsp;&nbsp; 
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/10/875448</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/10/875448</guid>
  <pubDate>Mon, 19 Oct 2009 10:38:14 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Extrait d&#039;une prochaine Chronique de Patrice Dumby</title>
   <description><![CDATA[ A l'intention de tous ceux qui r&eacute;clament depuis des ann&eacute;es la suite des aventures de mon h&eacute;ros favori, je livre ce court passage, pr&eacute;lev&eacute; sur une &laquo;&nbsp;Chronique&nbsp;&raquo; en cours de r&eacute;daction&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le XIXe si&egrave;cle en tilbury&nbsp;&raquo;.

&nbsp;&nbsp;

La sc&egrave;ne se passe au march&eacute; en plein air de Valognes, dans le pays de Barbey d'Aurevilly. Dumby et moi arpentons les all&eacute;es &agrave; la recherche d'araign&eacute;es de mer pour le d&icirc;ner. 

&nbsp;

Dans les all&eacute;es bord&eacute;es de victuailles, bacs remplis de moules de bouchot et de tourteaux assoupis, &eacute;croulements de &nbsp;beaux fruits peints &agrave; la gouache, entassements de fromages, charcuteries (ah, les jambons mi-fum&eacute;s, mi-sal&eacute;s du Cotentin&nbsp;!), o&ugrave; flottait par instant l'odeur d'oignon cuit des saucisses au gril, se pressaient, se croisaient, s'&eacute;coulaient, s'arr&ecirc;taient pour une causette, des files de chalands charg&eacute;s de cabas ou de paniers qui, &agrave; quelques d&eacute;tails pr&egrave;s, ressemblaient &agrave; s'y m&eacute;prendre &agrave; leurs anc&ecirc;tres saisis sur le vif par Daumier. L'id&eacute;e me traversa de demander &agrave; Dumby pourquoi il allait chercher dans des grimoires ce qu'il avait sous les yeux. J'aurais d&ucirc; me douter de sa r&eacute;action face &agrave; un rapprochement aussi approximatif&hellip; Soudain m&eacute;tamorphos&eacute;, pardon, cher Buffon&nbsp;! en un hybride de lion et de sauterelle, il bondit, rugit, clouant sur place un fleuriste sur le point de nous proposer ses g&eacute;raniums&nbsp;:

- O&ugrave; sont les Zutistes d'Alphonse&nbsp;? O&ugrave; ses Hydropathes&nbsp;? O&ugrave; se r&eacute;fugieraient ces petits groupes de plaisantins bourr&eacute;s de g&eacute;nie, d'amiti&eacute; et d'absinthe, quand une &eacute;poque, la n&ocirc;tre, se soumet en tremblant &agrave; une telle inquisition d'idiots solennels que Mgr Dupanloup y ferait figure de trublion&nbsp;!

- Calme-toi, mon vieux, calme-toi.

Il cessa de gesticuler, mais sa voix tremblait encore d'indignation&nbsp;:

- Repr&eacute;sente-toi bien cette sc&egrave;ne authentique&nbsp;: Alfred Jarry, l'admirable papa d'Ubu Roi, s'exerce au tir au pistolet dans la cour de son immeuble. La concierge h&eacute;riss&eacute;e de bigoudis, le nichon &agrave; demi sorti du caraco, &nbsp;sort de sa loge comme une furie, perdant en chemin une savate, et hurle&nbsp;: &laquo;&nbsp;Voulez-vous bien vous arr&ecirc;ter&nbsp;! Vous allez tuer mon enfant !&nbsp;&raquo;&nbsp;Et Jarry, avec hauteur, de r&eacute;torquer&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ne craignez rien, Madame, nous vous en ferons d'autres.&nbsp;&raquo;

Je connaissais l'anecdote mais pouffai de bon c&oelig;ur, tellement Patrice imitait &agrave; merveille la dignit&eacute; offens&eacute;e de Jarry. 

&nbsp;&raquo; Eh bien, selon toi, que se passerait-il si cet &eacute;change d'am&eacute;nit&eacute;s avait lieu en 2010&nbsp;?

&nbsp; J'exhalai un soupir r&eacute;sign&eacute;.

&nbsp;&nbsp;&raquo; En 2010, continua l'hyst&eacute;rique, le pauvre Alfred, d&eacute;nonc&eacute; par la m&eacute;g&egrave;re en compagnie de quelque t&eacute;moin vrai ou faux, serait dans le quart d'heure suivant appr&eacute;hend&eacute; par la police, mis en examen, tra&icirc;n&eacute; devant un tribunal par deux ou trois ligues de vertu d&eacute;fenderesses des droits de l'homme, de la femme et du cochon d'Inde&hellip;

&nbsp; - Quoi&nbsp;!! Tu n'approuves pas la d&eacute;fense des cochons d'Inde&nbsp;?

&nbsp;&nbsp; L'impr&eacute;cateur d&eacute;daigna l'interruption.

&nbsp; - &hellip;Appuy&eacute;es dans leur d&eacute;marche, ces ligues, &nbsp;par un conseil de cafards et de punaises de la Nouvelle Sacristie dont tu n'ignores s&ucirc;rement pas l'existence ni le sigle &ndash; pour le moins cocasse.

&nbsp;&nbsp;Cocasse&nbsp;? Je ne voyais pas en quoi. Je pris cependant le parti de ne poser aucune question qui e&ucirc;t ranim&eacute; sa flamme, et nous nous dirige&acirc;mes vers un &eacute;ventaire de crustac&eacute;s.&nbsp; 

&nbsp;&nbsp; 

&nbsp;&nbsp; De retour &agrave; Paris, je consultai mes grands dictionnaires du temps jadis&nbsp;; je compris la cocasserie signal&eacute;e par Dumby. Nous devons sans doute le sigle incrimin&eacute; &agrave; quelque pince-sans-rire un peu moins ignorant que ses coll&egrave;gues&nbsp;: le mot ainsi forg&eacute;, vieux terme de l'industrie mini&egrave;re, signifie &laquo;&nbsp;masse de d&eacute;chets destin&eacute;s au rebut&nbsp;&raquo;. La photo de famille publi&eacute;e sur le site Internet de la chose en question, et qui immortalise provisoirement la brochette composant son &laquo;&nbsp;coll&egrave;ge&nbsp;&raquo;, ne peut, h&eacute;las, &nbsp;que confirmer cette d&eacute;finition. &nbsp;

(Extrait du chapitre VIII)

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/09/863167</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/09/863167</guid>
  <pubDate>Fri, 18 Sep 2009 12:56:58 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Bref éloge des monstres</title>
   <description><![CDATA[ Les monstres de l'Histoire n'ont pas bonne presse. Essayez de dire tout le bien que vous pensez de Caligula, qui s'est born&eacute; pourtant &agrave; avoir le courage d'inscrire dans le r&eacute;el ce que font m&eacute;taphoriquement &agrave; longueur de temps les m&eacute;diocres princes qui nous gouvernent&nbsp;: nommer consul son cheval (mais non, je ne songe pas une seconde &agrave; notre ministre de la Culture, ni &agrave; celui des Affaires &eacute;trang&egrave;res, ni d'ailleurs &agrave; la plupart des autres)&nbsp;; invoquer les dieux&nbsp;: &laquo;&nbsp;Pl&ucirc;t au ciel que le peuple n'e&ucirc;t qu'une t&ecirc;te, pour la trancher d'un coup&nbsp;!&nbsp;&raquo;, ce qui signifie en clair, de nos jours&nbsp;: &laquo;&nbsp;que n'ai-je en mon pouvoir tous les grands m&eacute;dias manipulateurs de l'opinion, afin de la d&eacute;cerveler une fois pour toutes&nbsp;!&nbsp;&raquo; Mais au fait, nos empereurs de la d&eacute;cadence d'aujourd'hui,&nbsp; sur ce point, n'ont-t-ils pas mieux r&eacute;ussi que leur mod&egrave;le&nbsp;?

&nbsp;&nbsp; Ainsi, les monstres historiques font des petits, de plus en plus petits, h&eacute;las&nbsp;! Oui, h&eacute;las&nbsp;: au fond, qu'est-ce qui titille, qu'est-ce qui mobilise en profondeur notre int&eacute;r&ecirc;t, voire notre passion pour cette vieille lune de l'Histoire qui tourne en rond comme toutes choses et les &eacute;toiles et le Temps, depuis le non-commencement de l'&Ecirc;tre ainsi que nous l'enseigne Parm&eacute;nide&nbsp;? Les monstres honnis, tous les fous av&eacute;r&eacute;s ou non qui, avec les moyens divers que leur permit leur &eacute;poque, se prirent pour Napol&eacute;on, &nbsp;justement&nbsp;! Ceux en l'absence de qui les r&eacute;cits de Su&eacute;tone et de Tacite nous feraient b&acirc;iller comme des crocodiles affam&eacute;s. Que serait l'Histoire &ndash; imaginez cela juste un instant&nbsp;! &ndash; sans N&eacute;ron, ni Gengis Khan, ni Attila, ni Robespierre, ni Hitler, ni Staline, ni Pol Pot&nbsp;? Ce serait d'un ennui&nbsp;! Quelque chose comme les annales de la R&eacute;publique helv&eacute;tique. Non, merci Calvin, merci les autorit&eacute;s morales, gardez cela pour vos dimanches en famille. 

&nbsp;&nbsp; Pour ma part, je pr&eacute;f&egrave;re l'id&eacute;e magnifique du po&egrave;te Daniel Aranjo&nbsp;: un cycle N&eacute;ron au Th&eacute;&acirc;tre du Nord-Ouest, le seul lieu th&eacute;&acirc;tral o&ugrave;, gr&acirc;ce &agrave; Jean-Luc Jeener, il se passe encore quelque chose &agrave; Paris. Pour que ce cycle s'incarne, croisons les doigts, &eacute;ventrons quelques poulets afin d'y d&eacute;chiffrer l'avenir, comme faisait N&eacute;ron qui, d'ailleurs, n'y croyait pas vraiment&nbsp;! &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;



&nbsp;



&nbsp;



&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/09/862617</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/09/862617</guid>
  <pubDate>Thu, 17 Sep 2009 12:59:49 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>L&#039;Histoire à l&#039;américaine</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; Comme le homard &agrave; cette m&ecirc;me sauce (et bien que des cuisiniers et des gastronomes avertis y voient, probablement avec raison, une d&eacute;formation d' &laquo;&nbsp;armoricaine&nbsp;&raquo;), l'Histoire &agrave; l'am&eacute;ricaine (ou, si l'on pr&eacute;f&egrave;re, &agrave; l'anglo-am&eacute;ricaine) poss&egrave;de des caract&eacute;ristiques et utilise des ingr&eacute;dients bien particuliers, qui lui conf&egrave;rent une saveur &agrave; nulle autre pareille. Et surtout, cette pr&eacute;paration se transmet de si&egrave;cle en si&egrave;cle, sans aucune des adult&eacute;rations ou &eacute;volutions subies par beaucoup de recettes culinaires (comme on le peut constater en consultant des ouvrages anciens, tel le Grand Dictionnaire de cuisine d'Alexandre Dumas, par exemple). 

&nbsp;&nbsp; C'est ainsi que, revoyant l'autre jour Fureur apache de Robert Aldrich, j'ai &eacute;t&eacute; frapp&eacute; par la similitude des proc&eacute;d&eacute;s entre la pr&eacute;sentation du conflit Indiens-Colons blancs, perp&eacute;tu&eacute;e jusqu'&agrave; nos jours (Fureur apache date de 1972) et celle du conflit arabo-isra&eacute;lien, en tous points semblable d'ailleurs &agrave; d'autres manipulations historiques (guerre de S&eacute;cession, guerres du Golfe et j'en passe, sans m&ecirc;me remonter &agrave; la diabolisation, purement anglaise celle-l&agrave;, tant de la &laquo;&nbsp;sorci&egrave;re&nbsp;&raquo; Jeanne d'Arc que du Croquemitaine Napol&eacute;on, dont on mena&ccedil;ait dans la premi&egrave;re moiti&eacute; du XIXe si&egrave;cle les petits Britanniques indisciplin&eacute;s.

&nbsp;&nbsp; Qu'il soit clair toutefois que&nbsp;: 1) l'auteur de ces lignes, rejetant l'aberrant concept de &laquo;&nbsp;responsabilit&eacute; collective&nbsp;&raquo;, ne met pas tous les Am&eacute;ricains dans le m&ecirc;me panier et sait parfaitement que nombre d'entre eux sont loin de partager les valeurs officielles de leur pays lorsqu'elles d&eacute;rivent&nbsp;; 2) ce n'est pas la pulsion de conqu&ecirc;te ou de colonisation, autrement dit le creuset de l'Histoire, qui est d&eacute;nonc&eacute;e ici, mais la manipulation de cette pulsion, ni bonne ni mauvaise mais simplement naturelle,&nbsp;et sa stup&eacute;fiante m&eacute;tamorphose en combat &laquo;&nbsp;juste&nbsp;&raquo;.

&nbsp;&nbsp; Il s'agit dans tous les cas de discr&eacute;diter l'ennemi en le rendant moralement ind&eacute;fendable, avec une telle certitude et une telle assurance dans la mauvaise foi que celle-ci devient peu &agrave; peu une seconde nature, et finit, semble-t-il, par se transformer en croyance &agrave; l'objectivit&eacute; indiscutable et absolue de ses interpr&eacute;tations pro domo&nbsp; (Dieu est avec nous, nous sommes le droit et la justice...)&nbsp; &eacute;vacuant totalement le fait, jadis &eacute;vident pour tous, que c'est le vainqueur, c'est-&agrave;-dire la force, qui d&eacute;finit les r&egrave;gles du jeu. 

&nbsp;&nbsp; Ainsi les Apaches d'Aldrich sont-ils d&eacute;peints exactement comme les terroristes de Buch, sans que jamais soit pos&eacute;e &agrave; leur sujet la seule question qui importe : pourquoi sont-ils devenus ce qu'ils sont&nbsp;? Pourquoi agissent-ils de la sorte, c'est-&agrave;-dire&nbsp;comme les&nbsp;Espagnols contre Napol&eacute;on&nbsp;ou comme le feront&nbsp;certains Fran&ccedil;ais sous l'Occupation allemande ? Et sans apporter par cons&eacute;quent la seule r&eacute;ponse plausible &agrave; cette question non pos&eacute;e : parce que des gens venus d'ailleurs, tenant la Bible d'une main et le fusil de l'autre, les chassent de leur territoire, s'emparent de leurs terres et les parquent dans des &laquo;&nbsp;r&eacute;serves&nbsp;&raquo;.

&nbsp;&nbsp; Certes, si le film en cause avait la puissance de Kiss me deadly ou de The Big Knife, on n'aurait pas le mauvais esprit ni le mauvais go&ucirc;t de songer &agrave; des comparaisons aussi historiquement incorrectes. Mais ce ressassement de clich&eacute;s sur la cruaut&eacute; inn&eacute;e des uns et le bien-fond&eacute; du g&eacute;nocide perp&eacute;tr&eacute; par les autres &ndash; avez-vous remarqu&eacute; qu'il y a des g&eacute;nocides r&eacute;pr&eacute;hensibles et d'autres qui ne le sont pas&nbsp;? &ndash; &nbsp;ne peut pas ne pas inciter &agrave; mettre en perspective l'ensemble de l'id&eacute;ologie v&eacute;hicul&eacute;e depuis l'origine par l'american way of life. Car cette id&eacute;ologie d'une formidable coh&eacute;rence, qui fonde l'int&eacute;r&ecirc;t national&nbsp;sur Dieu et le droit, Dieu et le droit sur la force, la force sur l'argent et l'argent sur le&nbsp;pillage (autrefois du sol, aujourd'hui &eacute;nerg&eacute;tique et financier), appara&icirc;t la m&ecirc;me partout et toujours.
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/08/853834</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/08/853834</guid>
  <pubDate>Fri, 28 Aug 2009 09:38:30 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Du bon usage de l&#039;insulte</title>
   <description><![CDATA[ Je m'inqui&eacute;tais un peu&nbsp;: cela faisait quelque temps &ndash;&nbsp; quelques mois &ndash; que je ne recevais plus d'insultes. &Eacute;tais-je sur la voie de la p&eacute;remption, comme un vieux yaourt&nbsp;? D&eacute;penserais-je d&eacute;sormais en pure perte mon encre et ma salive&nbsp;? Le divin plaisir de choquer les imb&eacute;ciles, de&nbsp;chauffer au&nbsp;rouge de l'indignation les tartuffes et les obtus me serait-il maintenant interdit comme la pipe, le cigare et le whisky&nbsp;? On a beau s'habituer &agrave; tout et fabriquer avec le pire sa substance, il y a des coups durs qui restent difficiles &agrave; encaisser. Je commen&ccedil;ais &agrave; me voir en fauteuil roulant, pouss&eacute; par une jolie infirmi&egrave;re qui m'aurait lu au long de la promenade les missives intelligentes et d&eacute;licieuses que je re&ccedil;ois &agrave; longueur d'ann&eacute;e de divers endroits du monde, dont parfois la France&hellip; 

&nbsp;&nbsp;&nbsp; Depuis ce matin, je sais mes craintes infond&eacute;es. Quelqu'un, qui veut se faire passer pour un d&eacute;bile &agrave; visi&egrave;re sur la nuque, hoquette sur ce Journal en ligne des injures baveuses, mais&hellip; trop appliqu&eacute;es pour &ecirc;tre authentiques. M&ecirc;me ses fautes d'orthographes n'ont pas l'air de venir du fond du c&oelig;ur. Et comment un analphab&egrave;te de banlieue &agrave; risque viendrait-il s'&eacute;garer dans ces pages o&ugrave; l'on rencontre plus souvent Chateaubriand ou Moli&egrave;re que Michael Jackson&nbsp;? Non, ce &laquo;&nbsp;courageux anonyme&nbsp;&raquo;, selon la formule consacr&eacute;e, n'est s&ucirc;rement pas venu feuilleter par hasard mon &laquo;&nbsp;Carnet de route&nbsp;&raquo;, et c'est justement ce qui me fait plaisir. Il m'apporte la preuve que les petits cailloux que je jette de-ci de-l&agrave; dans &laquo;&nbsp;la mer de la connerie qui monte&nbsp;&raquo;, comme disait Montherlant, atteignent encore quelques crabes. C'est donc sur un constat optimiste que je conclurai ce billet de vacances, en attendant de repianoter plus assid&ucirc;ment sur mon clavier. &nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/08/850457</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/08/850457</guid>
  <pubDate>Wed, 19 Aug 2009 17:20:10 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Prescience de Chateaubriand</title>
   <description><![CDATA[ J'ignore si quelque esprit curieux et affam&eacute; de lumi&egrave;re lit encore Chateaubriand dans nos ann&eacute;es petites, o&ugrave; De Gaulle &ndash; si pr&egrave;s de nous, et qui est mort de mon vivant,&nbsp;comme e&ucirc;t dit Raymond Barre &ndash;&nbsp; De Gaulle commence de ressembler &agrave; un roi du fond des si&egrave;cles&nbsp;; si, comme il est probable, un tel esprit n'a pas &eacute;t&eacute; conduit par notre &Eacute;ducation nationale &agrave; se plonger avec d&eacute;lice et vertige dans les M&eacute;moires d'outre-tombe, je prends la libert&eacute; de lui glisser sous les yeux cet &eacute;tonnant paragraphe, extrait du 44e livre, chapitre 5&nbsp;: 

&nbsp;

Quelle serait une soci&eacute;t&eacute; universelle qui n'aurait point de pays particulier, qui ne serait ni fran&ccedil;aise, ni anglaise, ni allemande, ni espagnole, ni portugaise, ni italienne, ni russe, ni tartare, ni turque, ni persane, ni indienne, ni chinoise, ni am&eacute;ricaine, , ou plut&ocirc;t qui serait &agrave; la fois toutes ces soci&eacute;t&eacute;s&nbsp;? Qu'en r&eacute;sulterait-il pour ses m&oelig;urs, ses sciences, ses arts, sa po&eacute;sie&nbsp;? Comment s'exprimeraient des passions ressenties &agrave; la fois &agrave; la mani&egrave;re des diff&eacute;rents peuples dans les diff&eacute;rents climats&nbsp;? Comment entrerait dans le langage cette confusion de besoins et d'images produits des divers soleils qui auraient &eacute;clair&eacute; une jeunesse, une virilit&eacute; et une vieillesse communes&nbsp;? Et quel serait ce langage&nbsp;? De la fusion des soci&eacute;t&eacute;s r&eacute;sultera-t-il un idiome universel, ou bien y aura-t-il un dialecte de transaction servant &agrave; l'usage journalier, tandis que chaque nation parlerait sa propre langue, ou bien des langues diverses seraient-elles entendues de tous&nbsp;? Sous quelle r&egrave;gle semblable, sous quelle loi unique existerait cette soci&eacute;t&eacute;&nbsp;? Comment trouver place sur une terre agrandie par la puissance d'ubiquit&eacute;, et r&eacute;tr&eacute;cie par les petites proportions d'un globe fouill&eacute; partout&nbsp;? Il ne resterait qu'&agrave; demander &agrave; la science le moyen de changer de plan&egrave;te. 

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; Ces lignes, &eacute;crites dans la premi&egrave;re moiti&eacute; du XIXe si&egrave;cle, t&eacute;moignent parmi bien d'autres du m&ecirc;me ouvrage de la prescience de l'Enchanteur, prescience qui n'a d'ailleurs rien de myst&eacute;rieux, n'&eacute;tant que le produit d'une imagination au galop, brid&eacute;e par le mors de la logique. Nous sommes toujours surpris que nos politiciens, nos &eacute;conomistes, nos sociologues ne voient jamais rien venir et g&egrave;rent l'imm&eacute;diat avec des t&acirc;tonnements de myopes&nbsp;: c'est qu'ils sont d&eacute;pourvus pour la plupart de ces deux instruments de l'intellect qui imprimeraient au moteur politique la puissance convenable&nbsp;et la bonne direction.
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/06/827634</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/06/827634</guid>
  <pubDate>Wed, 24 Jun 2009 00:49:53 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Mémoire de l&#039;eau</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp; Petite incursion intempestive (mais de quoi se m&ecirc;le-t-il, celui-l&agrave;&nbsp;?) dans les sciences, &agrave; propos d'un article de Valeurs Actuelles qui revient opportun&eacute;ment sur la pol&eacute;mique au sujet de la &laquo;&nbsp;m&eacute;moire de l'eau&nbsp;&raquo; et le sort indigne r&eacute;serv&eacute; au Pr Benveniste (num&eacute;ro du 4 juin).

&nbsp;&nbsp; Si, &agrave; la ressemblance compl&egrave;tement m&eacute;taphorique, il va de soi, des trois &eacute;tats de la mati&egrave;re, on arrivait &agrave; concevoir que l'un des principaux &laquo;&nbsp;secret de l'univers&nbsp;&raquo; r&eacute;side dans les trois &eacute;tats (dont la relation entre les deux premiers, d&eacute;j&agrave;, est &eacute;tablie par l'&eacute;quation d'Einstein) d'une m&ecirc;me &laquo;&nbsp;substance&nbsp;universelle&nbsp;&raquo; mati&egrave;re &ndash; &eacute;nergie &ndash; esprit (la mati&egrave;re appara&icirc;trait alors comme de l'&laquo;&nbsp;esprit solidifi&eacute;&nbsp;&raquo;) &ndash; la transmutation de l'&eacute;nergie en esprit s'op&eacute;rant apparemment par le moyen de la vie au c&oelig;ur des syst&egrave;mes nerveux v&eacute;g&eacute;tal, animal et humain &ndash; il est bien &eacute;vident que la pol&eacute;mique sur la &laquo;&nbsp;m&eacute;moire de l'eau&nbsp;&raquo; serait un bel exemple, une fois de plus, de l'incapacit&eacute; de la &laquo;&nbsp;science officielle&nbsp;&raquo; &agrave; faire preuve d'ouverture intuitive. Rappelons-nous cette permanente obstination face, jadis, aux ph&eacute;nom&egrave;nes &eacute;lectriques, puis &agrave; Pasteur, puis &agrave; l'hom&eacute;opathie, etc. 

&nbsp;&nbsp; Ce qui est m&eacute;moire dans le cerveau, qui est lui-m&ecirc;me mati&egrave;re, poss&egrave;de une forte probabilit&eacute; d'exister en toute mati&egrave;re&nbsp;: seule varierait la &laquo;&nbsp;densit&eacute;&nbsp;&raquo; de ladite fonction m&eacute;morisante selon le type de la mati&egrave;re-support&nbsp;: nerveuse, g&eacute;n&eacute;tique, musculaire, min&eacute;rale, etc. Et personne ne semble s'&ecirc;tre avis&eacute; de ceci&nbsp;: on peut pr&eacute;sumer que le rejet de la d&eacute;couverte de Benveniste est en grande partie &agrave; mettre &agrave; l'actif des gardiens du dogme darwinien, puisque une m&eacute;moire g&eacute;n&eacute;tique, par exemple, qui enregistrerait et perp&eacute;tuerait les acquis, viendrait dangereusement appuyer l'&eacute;volutionnisme de type lamarckien et menacerait de ruine, ou en tout cas modifierait en la compl&eacute;tant, la &laquo;&nbsp;certitude&nbsp;&raquo; (jamais d&eacute;montr&eacute;e) des seules mutations 

brusques. Il faudrait peut-&ecirc;tre relire ce qu'&eacute;crit Bergson dans Mati&egrave;re et M&eacute;moire&nbsp;?

&nbsp;

Ci-dessus : le Pr Jacques Benveniste

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/06/822162</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/06/822162</guid>
  <pubDate>Wed, 10 Jun 2009 10:16:54 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Pol Vandromme</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ainsi, Pol Vandromme est mort. Encore un arbre coup&eacute; qui va modifier le paysage. De l'inconv&eacute;nient de survivre&nbsp;: on s'&eacute;gare, on ne reconna&icirc;t plus rien. J'avais fait sa connaissance&nbsp; dans le couloir de la Table Ronde, rue du Bac. On y rencontrait, dans ce couloir, l'&eacute;pagneul de Roland Laudenbach, des &eacute;crivains en herbe, un directeur litt&eacute;raire nomm&eacute; Michel D&eacute;on, Blondin qui b&eacute;gayait, Nimier paradant et p&eacute;taradant, et parfois Vandromme, le &laquo;&nbsp;journaliste belge&nbsp;&raquo; qui nous paraissait d&eacute;barquer d'une autre plan&egrave;te. C'&eacute;tait la grande &eacute;poque. On allait d&icirc;ner avec Fraigneau, D&eacute;on, Pierre Rissient, Jacques Serguine, &nbsp;Kl&eacute;ber Haedens, chez Dame Blanchet, rue de S&egrave;vres, et&nbsp;d&egrave;s onze heures du matin le whisky commen&ccedil;ait &agrave; enflammer les verres au Bar Bac.&nbsp;Lorsque j'eus sous les yeux les premiers articles de Pol Vandromme, notamment dans Le Rappel de Charleroi, il me sembla &eacute;vident que nous avions l&agrave; l'un des critiques les plus comp&eacute;tents de notre histoire litt&eacute;raire, et un critique d'autant plus exceptionnel qu'il avait du style, autrement dit&nbsp;: qui savait de quoi il parlait.

&nbsp;&nbsp; Vandromme &eacute;tait un &eacute;crivain &agrave; la pointe aigu&euml; et rapide qui dissertait des livres des autres comme Berlioz ou Debussy &eacute;crivaient sur la musique des confr&egrave;res. Conna&icirc;tre la boutique de l'int&eacute;rieur m'est toujours apparu comme la condition sine qua non de la critique de d&eacute;couverte ou de renouvellement&nbsp;; seul exercice, dans ce domaine ingrat, dont nous importe la lumi&egrave;re. C'est pourquoi, en 2005, au moment o&ugrave; il fut d&eacute;cid&eacute; de r&eacute;&eacute;diter ma Chanson de Maguelonne, je songeai que la meilleure ouverture &agrave; cette r&eacute;surrection d'un roman qui s'&eacute;tait assoupi depuis trente ans sur de trop pr&eacute;coces lauriers, serait un avant-propos de Pol Vandromme. Et je n'aurais pu en effet r&ecirc;ver mieux que ce titre&nbsp;: &laquo;&nbsp;Un objet magique&nbsp;&raquo; coiffant le concentr&eacute; d'intuitions chaleureuses par lesquelles mon pr&eacute;facier introduit le lecteur d'aujourd'hui au parcours &laquo;&nbsp;initiatique&nbsp;&raquo; de la l&eacute;gende m&eacute;di&eacute;vale.

&nbsp;&nbsp; On reconna&icirc;t un grand critique, autrement dit un bon lecteur, &agrave; ceci qu'il est d'abord sensible au timbre de la voix. C'est ce timbre, et seulement lui, qui permet au bon lecteur de distinguer un &eacute;crivain de race de la foule des &eacute;crivants, des &eacute;criveurs et des &eacute;crivaillons. Il existe tr&egrave;s peu de bons lecteurs. Si par chance ils en font un m&eacute;tier, ce m&eacute;tier gr&acirc;ce &agrave; eux devient un art. On trouve dans son Fran&ccedil;oise Sagan ou l'&eacute;l&eacute;gance de survivre (r&eacute;&eacute;dit&eacute; au Rocher en 2002) une parfaite d&eacute;finition par Vandromme de cet art de la lecture-critique&nbsp;: &laquo;&hellip;&nbsp;Une &oelig;uvre vit comme elle chante. Il faut l'&eacute;couter si l'on aspire &agrave; savoir ce qu'elle nous veut. Une lecture, ce n'est pas seulement l'intelligence d'un regard, c'est aussi l'intuition d'une oreille claire. La musique des mots orchestre la musique de la vie. Chaque &eacute;crivain a la sienne. Cela fait des modulations nombreuses, des accents infinis. Toutes sortes de connivences se mettent &agrave; l'&eacute;coute des r&eacute;ponses complices. Un &eacute;crivain ne distribue pas des messages comme un facteur des postes, non plus qu'il ne proclame des manifestes comme un panneau &eacute;lectoral.&nbsp;; il &eacute;veille, il initie. Aucune litt&eacute;rature n'est tol&eacute;rable sans cette franc-ma&ccedil;onnerie.&nbsp;&raquo;

&nbsp;&nbsp; Voil&agrave; pourquoi il a parl&eacute; des Poneys sauvages mieux que personne, en particulier dans Matulu. Adieu, cher Pol Vandromme. Vous nous quittez, mais les &eacute;tincelles qui jaillissaient de la meule o&ugrave; vous polissiez vos sentences continueront longtemps, d'outre-Styx, &agrave; nous &eacute;blouir. 
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/06/819637</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/06/819637</guid>
  <pubDate>Tue, 02 Jun 2009 17:55:44 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Les Iro... Quoi ?</title>
   <description><![CDATA[ Un visiteur, qui signe gentiment la ptitebete et m'&eacute;crit via l'Infolettre des &Eacute;ditions France Univers (&eacute;trange circuit), s'inqui&egrave;te de la phrase o&ugrave;, &eacute;voquant le solo &laquo;&nbsp;d'acteur&nbsp;&raquo; de Ren&eacute; de Obaldia au Petit H&eacute;bertot, je parle de son "front ceint du&nbsp;&nbsp;laurier des Iroquois". &nbsp;Il se demande ce que je peux bien vouloir dire. Que n'a-t-il consult&eacute; Google&nbsp;! Il aurait appris que l'on surnomme ainsi le sassafras, vari&eacute;t&eacute; de laurier d&eacute;coratif rendue c&eacute;l&egrave;bre gr&acirc;ce &agrave; la pi&egrave;ce d'Obaldia&nbsp;: Du vent dans les branches de sassafras, cr&eacute;&eacute;e par Michel Simon en 1966 et reprise notamment par Jean Marais au d&eacute;but des ann&eacute;es 80. &nbsp;&nbsp; ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/817849</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/817849</guid>
  <pubDate>Thu, 28 May 2009 15:35:55 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Rélexions d&#039;un Persan sur les élections européennes</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; Choisissant d'accueillir dans ce Carnet de route les r&eacute;flexions d'un habitant de la Perse (et j'aurais pu tout aussi bien transcrire ce que m'&eacute;crivent certains paysans du Danube &nbsp;contemporains de La Fontaine, ou Hurons fr&eacute;quent&eacute;s par Voltaire, sans parler des V&eacute;nusiens &agrave; trois antennes et six tentacules qui m'accablent de leurs &eacute;p&icirc;tres), j'ai conscience que je vais encore en chagriner quelques-uns, convaincus que j'&eacute;tais sans condition de leur bord&nbsp;; sans pour autant gagner l'accueil d'autres rivages, qui ne comprennent pas davantage que l'on puisse r&eacute;fl&eacute;chir librement par soi-m&ecirc;me. Peu importe. Toute ma vie j'ai proc&eacute;d&eacute; ainsi, publiant dans mes revues l'extr&ecirc;me gauche et l'extr&ecirc;me droite, le calotin et le bouffeur de cur&eacute;, le misogyne et le gynagogue (vari&eacute;t&eacute; f&eacute;ministe de d&eacute;magogue, tr&egrave;s r&eacute;pandue de nos jours), le racialiste identitaire et l'apatride militant, pour une seule raison th&eacute;orique : il faut &eacute;couter tout le monde si l'on veut &nbsp;&ecirc;tre en mesure de choisir&nbsp;; et pour une seule donn&eacute;e d'exp&eacute;rience&nbsp;: qui que ce soit nourrit toujours dans un recoin de lui-m&ecirc;me une part de v&eacute;rit&eacute; qu'il suffit de d&eacute;couvrir et de comprendre. Cet enseignement de base est &eacute;videmment le contraire de ce qu'on apprend aujourd'hui (et, je le crains, depuis longtemps) aux enfants de France, dont on gonfle la cervelle comme une outre de la croyance (biblique plus qu'europ&eacute;enne) qu'il y a les Bons et les M&eacute;chants&hellip; en plantant &agrave; l'entr&eacute;e du territoire des uns comme des autres, &agrave; grands coups de marteau comme dans les dessins anim&eacute;s, &nbsp;ces pancartes&nbsp;: ENTR&Eacute;E DU PARADIS et ENFER INTERDIT, arrach&eacute;es et &eacute;chang&eacute;es &agrave; la nuit tombante par des zorros masqu&eacute;s qui marchent &agrave; pas de loup. J'ai constat&eacute;, h&eacute;las, qu'il n'y a plus beaucoup de spectateurs que les dessins anim&eacute;s font rire. Ils les prennent au s&eacute;rieux et d&eacute;filent avec les pancartes.

&nbsp;&nbsp; Voici donc ce que mon Persan, qui vient de s&eacute;journer &agrave; Paris, m'&eacute;crit de la pr&eacute;paration des &eacute;lections au Parlement de Strasbourg&nbsp;:



&nbsp;

&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;D'abord je constate que ces &eacute;lections n'int&eacute;ressent pas grand monde&nbsp;; r&eacute;action tant&ocirc;t comment&eacute;e avec surprise, tant&ocirc;t condamn&eacute;e par la classe politico-m&eacute;diatique, quoiqu'elle soit&nbsp; naturelle&nbsp;: si j'ai bien saisi les explications qui m'en ont &eacute;t&eacute; donn&eacute;es, ce que les politiciens&nbsp; nomment aujourd'hui l'Europe a &eacute;t&eacute; con&ccedil;u d&egrave;s l'origine comme calmant id&eacute;ologique des grands &eacute;lans qui entra&icirc;nent les peuples, les fortifient, les dynamisent et les poussent &agrave; la guerre. Rien de moins exaltant que l'&laquo;&nbsp;id&eacute;al europ&eacute;en&nbsp;&raquo; tel qu'il a &eacute;t&eacute; express&eacute;ment voulu&nbsp;: comment s'&eacute;tonner qu'un tranquillisant, compos&eacute; de substances destin&eacute;es &agrave; assommer un syst&egrave;me nerveux survolt&eacute;, abrutisse les individus au lieu de les exciter&nbsp;? Un agglom&eacute;rat artificiel et amorphe d'&eacute;l&eacute;ments dissemblables aux int&eacute;r&ecirc;ts divergents ne saurait susciter le d&eacute;sir ni la passion, seuls moteurs des &ecirc;tres vivants. M&ecirc;me la raison n'y trouve pas son compte puisque cette construction repose sur une s&eacute;rie de contradictions impossibles &agrave; surmonter. On les a d&eacute;taill&eacute;es cent fois, ce qui ne d&eacute;tourne pas du ravin le galop des buffles mais suffit, obscur&eacute;ment remu&eacute; dans l'inconscient populaire, &agrave; &eacute;loigner des urnes l'&eacute;lecteur.&nbsp; Si l'on a bien assimil&eacute; ce premier point, capital, on a une chance de comprendre la suite. 

&nbsp;&nbsp; Puisque le Nouvel Ordre europ&eacute;en se fonde sur le sommeil, l'anesth&eacute;sie, le confort individuel, le lavage des cerveaux par les Bons Sentiments, il va de soi que tout est parfaitement mis en place pour emp&ecirc;cher la diffusion du message de r&eacute;sistance. Celui-ci est soit minimis&eacute;, soit censur&eacute;, soit ridiculis&eacute;, car le troupeau des buffles politique et journalistique sait bien que s'il passait tel quel, les yeux des citoyens finiraient par s'ouvrir. 

&nbsp;&nbsp; L'unique chance de se faire entendre, pour les partisans du volontarisme fran&ccedil;ais et de l'ind&eacute;pendance nationale, consiste donc &agrave; s'unir, &agrave; faire taire les divergences et les rancunes pour parler d'une seule voix, tenir un seul discours. Or, nous assistons &agrave; un ahurissant &eacute;miettement de groupuscules qui, en toute logique, va aboutir une fois de plus &agrave; un fiasco. 

&nbsp;&nbsp; Qu'il y ait des divergences dans l'histoire des partis,&nbsp; dans l'appr&eacute;ciation des situations, dans les objectifs vis&eacute;s, dans le choix des moyens de les atteindre, c'est l'&eacute;vidence, c'est humain, c'est la r&egrave;gle. Cela ne doit pas emp&ecirc;cher ces partis de s'unir, au moins le temps de la conqu&ecirc;te, si un m&ecirc;me principe fondamental les anime qui est justement l'enjeu du combat&nbsp;: l'ind&eacute;pendance nationale, c'est-&agrave;-dire la libert&eacute; pour les citoyens d'une nation de choisir leur propre destin plut&ocirc;t que de s'y trouver propuls&eacute;s par le pouvoir anonyme&nbsp; d'administrations &agrave; majorit&eacute; &eacute;trang&egrave;re. Cet enjeu, qui pour le citoyen conscient nourrit, domine et simplifie &agrave; l'extr&ecirc;me tout le d&eacute;bat politique actuel, ne s'oppose en rien &agrave; l'union de forces venues de n'importe quel horizon et de n'importe quel pass&eacute;. Libre &agrave; chacun, une fois la bataille remport&eacute;e, de retourner dans son pr&eacute; carr&eacute;, bord&eacute; de clivages historiques, m&eacute;taphysiques, &eacute;conomiques, et de ranc&oelig;urs personnelles qui semblent aussi n&eacute;cessaires que l'oxyg&egrave;ne &agrave; la respiration gauloise. Machiavel et De Gaulle, Louis XI, Napol&eacute;on, l'histoire enti&egrave;re de votre ennemie intime l'Angleterre devraient pourtant vous avoir appris, &agrave; vous autres Fran&ccedil;ais, qu'en mati&egrave;re de politique et de g&eacute;opolitique&nbsp; seul compte le r&eacute;sultat. Quand la destin&eacute;e d'un peuple est en cause, quand une collectivit&eacute; mill&eacute;naire risque la dislocation, s'arc-bouter sur des principes de morale individuelle &ndash; universelle ou non &ndash; est mis&eacute;rable, hors de propos et conduit inexorablement &agrave; l'&eacute;chec.&nbsp;&raquo;

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; Mon Persan n'y va pas de main morte. On se rend compte qu'il regarde de tr&egrave;s loin nos petites convulsions, sans le moins du monde s'y sentir impliqu&eacute;. J'aimerais bien savoir comment cela se passe chez lui, &agrave; Ispahan.

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/817028</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/817028</guid>
  <pubDate>Tue, 26 May 2009 10:28:31 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>M. Jourdain, provincial eurolandais</title>
   <description><![CDATA[ Je lis dans la derni&egrave;re livraison des &laquo;&nbsp;Manants du Roi&nbsp;&raquo; un billet fort pertinent d'un chroniqueur en ligne, Didier Goux, sur une mode m&eacute;diatique apparue, me semble-t-il, il y a une vingtaine d'ann&eacute;e&nbsp;: l'abandon de la francisation des noms propres, sp&eacute;cialement en mati&egrave;re de g&eacute;ographie, mais parfois aussi dans la graphie des noms ou pr&eacute;noms de personne. Mao Ts&eacute;-toung en est la victime la plus c&eacute;l&egrave;bre. D&eacute;j&agrave;, dans les ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes, certains musicologues de France Musique, par pur snobisme semble-t-il, et pour que nul n'ignor&acirc;t qu'ils savaient la langue de Goethe, s'effor&ccedil;aient&nbsp;&agrave; gargouiller Yohann Sebastiann B&acirc;hhh en guise de Jean-S&eacute;bastien. Heureusement ils ne furent gu&egrave;re suivis, peut-&ecirc;tre &agrave; cause d'une incoh&eacute;rence douloureuse&nbsp;: ils continuaient &agrave; prononcer Mozart &agrave; la fran&ccedil;aise&nbsp;!

&nbsp;&nbsp; Les germanistes nous ont inflig&eacute; &eacute;galement Friedrich &agrave; la place de tous les Fr&eacute;d&eacute;ric, et l'on pourrait allonger la liste. La cause la plus probable de ces absurdit&eacute;s &laquo;&nbsp;culturelles&nbsp;&raquo; est l'&eacute;ternelle vanit&eacute; des Monsieur Jourdain et des Diafoirus, jargonnant pour en imposer au vulgaire. 

&nbsp;&nbsp; Lorsque on aborde les domaines de la politique internationale et de la g&eacute;ographie, les motifs de cette mutation, que M. Goux qualifie &agrave; juste titre d'&laquo;&nbsp;imb&eacute;cile&nbsp;&raquo;,&nbsp; sont plus complexes. D'une part, il y eut sans doute une recommandation diplomatique plus ou moins officielle, destin&eacute;e &agrave; bien montrer &agrave; l'&eacute;tranger que la France, petite province de l'Euroland, a renonc&eacute; &agrave; toute volont&eacute; d'ind&eacute;pendance et&nbsp;&agrave; tout &laquo;&nbsp;colonialisme&nbsp;&raquo;, y compris linguistique, pour en laisser le privil&egrave;ge au monde anglophone. Les exigences du &laquo;&nbsp;nouvel ordre mondial&nbsp;&raquo; ont un prix que nos gouvernants ne cessent de payer, avec le bonheur du masochiste offrant ses arri&egrave;res aux caresses du fouet. 

&nbsp;&nbsp; Mais d'autre part, cons&eacute;quence de la situation que je viens d'&eacute;voquer, nos journalistes ignares, abreuv&eacute;s de d&eacute;p&ecirc;ches d'agences am&eacute;ricaines et anglaises, et donnant libre cours &agrave; leur vocation de perroquets,&nbsp;les recopient sans m&ecirc;me s'en apercevoir&nbsp;; et cela donne pour les comp&eacute;titions sportives la &laquo;&nbsp;Bi&eacute;larusse&nbsp;&raquo; au lieu de la Bi&eacute;lorussie (lu et entendu aux Jeux olympiques), sans compter le plus comique&nbsp;: l'Arabie saoudite (orthographi&eacute;e phon&eacute;tiquement dans tous nos dictionnaires jusqu'aux ann&eacute;es soixante s&eacute;oudite, comme Ibn S&eacute;oud, etc. ), mais&hellip; prononc&eacute;e &agrave; la fran&ccedil;aise avec un bel &laquo;&nbsp;a&nbsp;&raquo; bien ouvert qui doit&nbsp;&eacute;tonner les Arabes. 

&nbsp;&nbsp; Toujours, h&eacute;las&nbsp;! garder en m&eacute;moire le jugement de Schopenhauer&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le reste du monde a des singes&nbsp;; l'Europe a des Fran&ccedil;ais.&nbsp;&raquo;

&nbsp;

Lien image :&nbsp;M/Y/D/S - Images animali&egrave;res

&laquo;&nbsp;Les Manants du Roi&nbsp;&raquo;, lire l'article&nbsp;: 

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article71664.php

&nbsp;







 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/816040</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/816040</guid>
  <pubDate>Sat, 23 May 2009 10:13:16 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>La Reine est morte, vive la Reine !</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;

&nbsp;&nbsp;&nbsp; On (quand je dis &laquo;&nbsp;on&nbsp;&raquo;, et que je compte sur mes doigts, &ccedil;a ne fait pas grand monde), on, disais-je, s'est trop battu depuis trente ans afin que Montherlant f&ucirc;t tir&eacute; du purgatoire o&ugrave; une poign&eacute;e d'imb&eacute;ciles tout puissants dans le monde m&eacute;diatico-culturel l'avaient&nbsp; exil&eacute;, pour ne pas saluer son grand retour &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision fran&ccedil;aise. Une notule historique chafouine publi&eacute;e par le site internet de l'Od&eacute;on peut donner une id&eacute;e de la r&eacute;putation faite &agrave; l'auteur de la Reine morte dans les cercles de cette intelligence subventionn&eacute;e&nbsp;: &laquo;&nbsp;Montherlant devient un peu le "fournisseur attitr&eacute;" de la Com&eacute;die-Fran&ccedil;aise. On lui reproche souvent son classicisme et sa m&eacute;trique (sic) surann&eacute;e.&nbsp;&raquo; L'une des hontes &ndash; elle commence &agrave; en compter beaucoup &ndash; de la Com&eacute;die-Fran&ccedil;aise maintenant que cette pauvre vieille dame, qui fut si belle, retrousse ses jupes pour jouer les gamines &agrave; la page, aura &eacute;t&eacute; de n'avoir pas repr&eacute;sent&eacute; Montherlant depuis au moins trente-cinq ans (corrigez-moi si je m'abuse, je n'ai pas le loisir de v&eacute;rifier). Seuls quelques dissidents comme Cochet, Dessailly et Val&egrave;re, R&eacute;gis Santon, ont sauv&eacute; l'honneur. Mais apr&egrave;s l'int&eacute;grale de Jean-Luc Jeener fin 2006 (dont j'ai longuement parl&eacute; dans Le Spectacle du monde et ici m&ecirc;me), qui semble avoir bris&eacute; le tabou, quel bonheur de retrouver la Reine morte sur les petits &eacute;crans&nbsp;! 

&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mardi 19 mai &agrave; 20 h 35, je me suis cru soudain revenu &agrave; la grande &eacute;poque de l'ORTF, cette &eacute;poque inimaginable pour les jeunes t&eacute;l&eacute;spectateurs d'aujourd'hui, o&ugrave; l'audimat ne pressait pas les tubes cathodiques pour en faire sortir cette assez ignoble pommade que nous connaissons. Certes, tout n'&eacute;tait pas parfait dans la n&eacute;anmoins tr&egrave;s belle adaptation de Pierre Boutron, qui volait &agrave; une tout autre hauteur que les r&eacute;centes cale&ccedil;onnades de Mazarin. Je n'ai pas conserv&eacute; un souvenir pr&eacute;cis de l'adaptation de Roger (Lazare) Igl&eacute;sis au d&eacute;but des ann&eacute;es 60, avec Genevi&egrave;ve Casile et Jean Yonnel, mais j'ai le sentiment que les deux ne sont pas comparables. Igl&eacute;sis avait, me semble-t-il, privil&eacute;gi&eacute; la fid&eacute;lit&eacute; th&eacute;&acirc;trale, le huis-clos et donc une &laquo;&nbsp;lecture&nbsp;&raquo; conforme &agrave; la tradition instaur&eacute;e d&egrave;s la cr&eacute;ation de la pi&egrave;ce&nbsp;: la faiblesse du caract&egrave;re de don Pedro face &agrave; Ferrante, un peu comme si on avantageait syst&eacute;matiquement Cr&eacute;on par rapport &agrave; Antigone. Dans le t&eacute;l&eacute;film de Pierre Boutron, l'&eacute;quilibre des forces est davantage respect&eacute;, ce qui augmente encore la puissance tragique du texte et montre combien Montherlant est un grand dramaturge&nbsp;: le propre de la grande dramaturgie, en effet, est de permettre une multiplicit&eacute; d'interpr&eacute;tations et de n'avantager aucun personnage, chacun poss&eacute;dant ses raisons fortes, aussi bonnes et aussi mauvaises que tous les autres (ce qui explique la pauvret&eacute; &agrave; la fois intellectuelle et dramatique des &oelig;uvres &laquo;&nbsp;&agrave; th&egrave;se&nbsp;&raquo;, toujours manich&eacute;ennes, qui entendent &nbsp;d&eacute;montrer la valeur universelle de la bien-pensance et des bons sentiments, genre Cayatte&hellip; ou Boisset, le Cayatte d'aujourd'hui). 

&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;Avoir &eacute;crit la Reine Morte suffit &agrave; justifier une vie&nbsp;&raquo; a &eacute;crit Maeterlinck. Phrase &agrave; rapprocher de celle de l'idiot de village que se d&eacute;lecte &agrave; citer Montherlant dans ses &laquo;&nbsp;Souvenirs sur la cr&eacute;ation de la Reine morte&nbsp;&raquo;&nbsp;: &laquo;&nbsp;une pi&egrave;ce ennuyeuse, inutile, que dans deux ans tout le monde aura oubli&eacute;e.&nbsp;&raquo; L'inoubliable auteur de ce jugement montrait ainsi d&egrave;s ses pr&eacute;coces commencements une aptitude&nbsp;hors du&nbsp;commun &agrave; passer &agrave; c&ocirc;t&eacute; des choses sans les voir et &agrave; opter pour le parti le plus contraire au bon sens&nbsp;; ce que j'ai, parlant du m&ecirc;me&nbsp;dans Cr&eacute;puscule de la modernit&eacute;, d&eacute;crit comme le syndrome de Gribouille (&laquo;&nbsp;Gribouille au th&eacute;&acirc;tre&nbsp;&raquo;).

&nbsp;&nbsp; &nbsp;Pierre Boutron a eu tort de couper quelques r&eacute;pliques ou morceaux de r&eacute;plique tr&egrave;s significatifs et qui eussent fait sens, comme font sens et sont n&eacute;cessaires certaines analyses explicatives de Corneille. Mais il a eu raison, pour le m&ecirc;me motif, de r&eacute;tablir certains passages coup&eacute;s par l'auteur lui-m&ecirc;me. Et cette vision nouvelle de la part de jeunesse contenue dans le drame, du plaidoyer pour la jeunesse, son orgueil, ses refus, sa puret&eacute; de sentiment jusqu'alors un peu trop occult&eacute; par les lectures traditionnelles de la Reine morte, rapproche le Montherlant du soir (la Mar&eacute;e du soir) du Montherlant du matin. Elle dirige un &eacute;clairage plus intense sur &laquo;&nbsp;ce n&oelig;ud &eacute;pouvantable de contradictions&nbsp;&raquo; qui sont en lui.

&nbsp;&nbsp; Une dr&ocirc;lerie pour finir. Les fid&egrave;les de la religion m&eacute;diam&eacute;trique se couvrent la t&ecirc;te de cendre car, selon eux (je cite)&nbsp;: &laquo;&nbsp;La Reine morte a &eacute;t&eacute; boud&eacute;e par le public.&nbsp;&raquo; Et de fournir le chiffre&nbsp;: un peu plus de deux millions de t&eacute;l&eacute;spectateurs seulement l'auraient regard&eacute;e. Plus de deux millions de spectateurs en un seul soir pour une telle pi&egrave;ce&nbsp;! Vu l'&eacute;tat des lieux, et sachant qu'il ne s'agissait ni de l'Olympique de Marseille contre Paris-Saint-Germain, ni de guignolades de pissoti&egrave;res, on aurait plut&ocirc;t pari&eacute; pour dix fois moins&hellip;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/815755</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/815755</guid>
  <pubDate>Fri, 22 May 2009 14:16:06 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>En direct de Genousie</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp;&nbsp; Pauvrement imit&eacute; par la suite, Genousie de Obaldia a accompli dans le domaine des langues imaginaires ce que Magritte disait de la premi&egrave;re peinture non figurative&nbsp;: elle a dit tout ce qu'il y avait &agrave; dire, du premier coup. Refaire Genousie, comme s'y sont cass&eacute; les dents un ou deux faux po&egrave;tes, c'&eacute;tait se condamner &agrave; essayer de faire entrer la musique dans les arts plastiques ou la m&eacute;taphore au cin&eacute;ma&nbsp;: combinatoires vou&eacute;es &agrave; l'&eacute;chec pour cause d'incompatibilit&eacute;. Cela marche une fois, rarement deux, et combien faut-il y mettre de fantaisie, d'ing&eacute;niosit&eacute;, de l&eacute;g&egrave;ret&eacute;, de po&eacute;sie&nbsp;! Mais toutes ces choses &eacute;videntes, on les recomprendra (on recommence un tout petit peu &agrave; les comprendre) dans quelques d&eacute;cennies, quand le balancier de l'Histoire reviendra dans la r&eacute;gion du bon sens. Pour le moment, contentons-nous d'aller &eacute;couter Ren&eacute; de Obaldia, dans sa 91e ann&eacute;e, nous raconter sa vie au Petit H&eacute;bertot. 

&nbsp;&nbsp; Pourquoi ai-je commenc&eacute; ces quelques r&eacute;flexions sur Obaldia par Genousie&nbsp;? Sans doute pour une raison personnelle, qui tient &agrave; ma rencontre, ou plut&ocirc;t &agrave; ma d&eacute;couverte, de la t&eacute;l&eacute;vision dans les ann&eacute;es soixante. Ces grandes ann&eacute;es cinquante-soixante de la t&eacute;l&eacute;vision &agrave; ses d&eacute;buts (que nous critiquions, p&ocirc;vres de nous&nbsp;! loin d'imaginer ce qu'elle allait devenir) et qui &eacute;taient aussi les grandes ann&eacute;es du th&eacute;&acirc;tre, de Vilar, Silvia Monfort, d'Anouilh,&nbsp; Montherlant, Sartre, Cocteau, Beckett, Ionesco, Vauthier, les grandes ann&eacute;es du cin&eacute;ma am&eacute;ricain, des derniers films allemands de Lang,&nbsp; ces ann&eacute;es pionni&egrave;res o&ugrave; nous avons eu la chance de nous &eacute;veiller aux arts dramatiques et audiovisuels, tandis que plasticiens, &eacute;crivains, musiciens s'assoupissaient dans l'acad&eacute;misme mortif&egrave;re de toutes les vieilles avant-gardes.

&nbsp;&nbsp; Ainsi, vers 1965, juste avant les Shadocks et l'inoubliable Que ferait donc Faber de Dolor&egrave;s Grassyan, feuilleton situ&eacute; &agrave; mi-chemin des Marx et d'Ionesco, imb&eacute;cilement m&eacute;connu, nous v&icirc;mes surgir sur nos tout petits &eacute;crans un jeune escogriffe en smoking nomme Jean Rochefort, entour&eacute; de gens tr&egrave;s chics et qui devisaient fort &eacute;l&eacute;gamment jusqu'&agrave; ce que leurs propos, en des circonstances qu'il serait fastidieux de raconter ici, finissent par s'&eacute;changer dans un dialecte inconnu &ndash; mais que l'on avait presque l'impression de comprendre, tant ils y mettaient de nuances et de conviction. 

&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'auteur de M. Klebs et Rosalie&nbsp;fait donc partie de ceux, auteurs, r&eacute;alisateurs, feuilletonistes, gr&acirc;ce &agrave; qui je suis pass&eacute; sans douleur du cin&eacute;ma, sur lequel j'avais le sentiment d'avoir dit ce que j'avais &agrave; dire, &agrave; ce nouvel instrument qui semblait promis &agrave; un avenir non moins ambitieux et passionnant que son grand fr&egrave;re. 

&nbsp;&nbsp; Ren&eacute; de Obaldia a surtout apport&eacute; au th&eacute;&acirc;tre contemporain une gr&acirc;ce po&eacute;tique&nbsp;subtile dont on avait cru perdre le secret apr&egrave;s Giraudoux, mais une gr&acirc;ce&nbsp;bien &agrave; lui, fr&ocirc;lant sans cesse l'insolite, et que l'on retrouve en direct, in vivo, sur la petite sc&egrave;ne de la rue des Batignolles. Dans son &laquo;&nbsp;solo d'auteur&nbsp;&raquo;, le front couronn&eacute; du laurier des Iroquois, &nbsp;il est confondant de jeunesse et de pr&eacute;sence d'esprit. Courez-y avant le 9 mai. Il faut avoir vu cela, comme il ne fallait pas manquer Jean Marais, dans les ann&eacute;es 80, reprenant le r&ocirc;le de Michel Simon dans Du vent dans les branches de sassafras&hellip; &nbsp;&nbsp;&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/808501</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/05/808501</guid>
  <pubDate>Tue, 05 May 2009 09:12:37 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Le ridicule ne tue plus</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp; &nbsp;Si l'on n'est pas encore compl&egrave;tement d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; ni cathare, il convient de prendre tout ce qui est bon, m&ecirc;me dans le pire.&nbsp; Depuis l'av&egrave;nement de la moralisation &laquo;&nbsp;citoyenne&nbsp;&raquo; vers le d&eacute;but des ann&eacute;es 80, moralisation qui selon les temp&eacute;raments rend ou imb&eacute;cile, ou inquisiteur-d&eacute;lateur, le ridicule a cess&eacute; de tuer en France. C'est donc des vies sauves&nbsp;! Des vies qui continuent imperturbablement leur parcours&nbsp;bouffon et peuvent m&ecirc;me s'en r&eacute;jouir dans les micros. En la p&eacute;riode que j'ai dite, j'avais consign&eacute; dans un de mes livres le merveilleux commentaire de Marguerite Duras &agrave; la sortie de La Musica&nbsp;: &laquo;&nbsp;Avant moi, le cin&eacute;ma faisait du bruit&nbsp;;&nbsp;avec mon film,&nbsp;il va apprendre &agrave;&nbsp;parler.&nbsp;&raquo; J'avais not&eacute; &eacute;galement que la France ne s'&eacute;tait pas &eacute;croul&eacute;e de rire, ce qu'elle n'aurait pas manqu&eacute; de faire au temps de Saint-&Eacute;vremond, de Chamfort ou de Sacha Guitry. 

&nbsp;&nbsp; De Michel Audiard aussi, nous rappelle Philippe Randa dans un excellent&nbsp; morceau de sa &nbsp;chronique en ligne, o&ugrave; il fustige le remplacement sur les affiches de la R.A.T.P. de la pipe de Tati par un de ces petits moulins &agrave; vent qui firent, &agrave; bout de bras et au galop, la joie de notre enfance. 

&nbsp;&nbsp; Il faut&nbsp;&nbsp;peut-&ecirc;tre voir&nbsp;dans cette substitution ing&eacute;nieuse un symbole&nbsp;: Hulot en 2009 n'enfumerait plus la plan&egrave;te avec sa bouffarde et le tuyau d'&eacute;chappement de sa voiturette d&eacute;glingu&eacute;e&nbsp;; il se servirait d'une &eacute;olienne pour capter l'&eacute;nergie renouvelable de ses moyens de locomotion. Il ne serait plus nostalgique du pass&eacute;, r&eacute;sistant obstin&eacute;ment aux coul&eacute;es de b&eacute;ton, aux bassins &agrave; jet d'eau &eacute;lectrique et aux troupeaux d'automobiles&nbsp;; il rentrerait dans le rang, consommateur docile, bon Europ&eacute;en, copain avec Obama, pleurant sur la mis&egrave;re du monde et stockant du sucre en pr&eacute;vision de l'attaque iranienne. Quelqu'un de fr&eacute;quentable, en somme, et non plus cette esp&egrave;ce d'hurluberlu incapable de marcher au pas.

&nbsp;&nbsp; Une chose cependant me chiffonne&nbsp;: Hulot sans sa pipe, c'est Charlot sans sa canne, Tintin sans sa houppe, la Joconde sans son sourire. La grande entreprise de cr&eacute;tinisation moralisante, certes, sauve d'une mort certaine les censeurs de l'affiche, puisque le ridicule, gr&acirc;ce &agrave; elle, ne tue plus. Mais ces braves gens, eux, ont quand m&ecirc;me tent&eacute; d'assassiner Hulot, le vrai, &nbsp;par une de ces op&eacute;rations magiques ch&egrave;res aux sorciers&nbsp;: non sur une poup&eacute;e, non sur une photographie&nbsp;; sur une affiche. Alors&nbsp;? Que devient dans cette affaire le droit moral de l'artiste&nbsp;? Que devient le droit du public de n'&ecirc;tre pas "tromp&eacute; sur la marchandise"&nbsp;? Qu'attend-on pour les tra&icirc;ner en justice&nbsp;? &nbsp;

&Agrave; lire&nbsp;: &laquo;&nbsp;Modernes Inquisiteurs&nbsp;&raquo; www.philipperanda.com

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/04/804458</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/04/804458</guid>
  <pubDate>Fri, 24 Apr 2009 23:57:24 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>La loi de l&#039;effet inverse</title>
   <description><![CDATA[ C'est une loi bien connue des manipulateurs. Elle semble avoir &eacute;chapp&eacute; aux &laquo;&nbsp;psychologues&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;sociologues&nbsp;&raquo; et autres sp&eacute;cialistes en &laquo;&nbsp;logue&nbsp;&raquo;, nouveaux &laquo;&nbsp;ma&icirc;tres fous&nbsp;&raquo; tout puissants des soci&eacute;t&eacute;s dites d&eacute;velopp&eacute;es, sorciers qui n'ont gu&egrave;re plus de prise sur la r&eacute;alit&eacute; que leurs coll&egrave;gues &agrave; grigris. Elle n'est m&ecirc;me pas arriv&eacute;e, cette loi, &nbsp;jusqu'aux oreilles des personnes bien intentionn&eacute;es qui se r&eacute;crient devant les recommandations saugrenues d'officines telles que la Halde, temple apparemment consacr&eacute; au culte du politically correct vu par le professeur Nimbus. (J'emploie &agrave; dessein l'expression anglaise, puisque ce concept nous est venu, comme toutes sortes d'autres bonnes choses, du puritanisme hypocrite d'outre-Atlantique et d'outre-Manche, &agrave; vis&eacute;e essentiellement mercantile&nbsp;: tout individu, toute population quels qu'ils soient &eacute;tant client potentiel &agrave; m&eacute;nager.)

&nbsp;&nbsp; La &laquo;&nbsp;loi de l'effet inverse&nbsp;&raquo; est pourtant simple &agrave; comprendre, m&ecirc;me par des cerveaux d&eacute;pourvus d'agilit&eacute;&nbsp;: plus on accumule d'interdits, plus on sature les gens de &laquo;&nbsp;bons sentiments&nbsp;&raquo; ostentatoires, plus on empile les proc&egrave;s, les jugements, les jurisprudences pour faire r&eacute;gner l'Ordre moral d&eacute;sir&eacute; par l'alliance burlesque mais solide des marchands de soupe et des penseurs post-modernes, et plus la population (pas aussi b&ecirc;te que ne le croient les susdits) s'en exasp&egrave;re, plus la fraction rest&eacute;e lucide de la classe intellectuelle (les enfants de ceux qui, d&egrave;s les ann&eacute;es cinquante, avaient d&eacute;nonc&eacute; la vraie nature du stalinisme, puis du mao&iuml;sme) s'en offusque, et plus le r&eacute;sultat escompt&eacute; s'&eacute;loigne, quand il ne sombre pas dans une catastrophe historique au cours de laquelle les instigateurs de l'ordre en cause retrouvent leur t&ecirc;te au bout d'une pique ou face &agrave; un peloton.

&nbsp;&nbsp; La France que j'ai connue jusqu'aux ann&eacute;es soixante &eacute;tait sans nul doute l'un des pays les moins racistes au monde. On y sympathisait sans affectation &nbsp;ni discrimination positive avec les Noirs, on y &nbsp;racontait en public des histoires juives sans forc&eacute;ment l'&ecirc;tre soi-m&ecirc;me , on y plaisantait &agrave; la radio l'accent arabe&nbsp; (Rom&eacute;o Carl&egrave;s dans le fameux tandem de Sidi Cacahu&egrave;te et Sidi Tapis, dans ma tendre enfance), mais il ne serait venu &agrave; l'id&eacute;e de personne de profaner des tombes, d'agresser des passants, aucune interdiction de quartiers n'existait dans nos villes et la question de l'appartenance ethnique se posait si peu qu'on en parlait n'importe o&ugrave;, &agrave; n'importe qui, sans complexe ni cons&eacute;quence. Aujourd'hui, mesurons le chemin parcouru depuis que les belles &acirc;mes l'ont pav&eacute; de leurs bonnes intentions et y ont fait passer le funeste convoi de leurs r&egrave;gles coercitives. Je ne reconnais plus ma France blagueuse et fraternelle dans cette nation au cul pinc&eacute;, telle une assembl&eacute;e de pasteurs anglicans ou d'enqu&ecirc;teurs de la Stasi. 

&nbsp;&nbsp; Et j'entends, je lis tous les jours, comme vous, ces faits divers racistes en augmentation constante dont n'&eacute;merge qu'une partie, toujours la m&ecirc;me, parfois truqu&eacute;e, &nbsp;le reste &eacute;tant pieusement dissimul&eacute; ou, solution encore plus simple, ne parvenant pas aux salles de r&eacute;daction nationales. 

&nbsp;&nbsp; C'est alors que je me pose la seule question qui vienne &agrave; l'esprit en face d'une telle situation&nbsp;; question en forme d'alternative&nbsp;: ces savants Cosinus &agrave; suffixe en &laquo;&nbsp;logue&nbsp;&raquo;, et les politiciens ou folliculaires qui s'appuient sur leurs &laquo;&nbsp;travaux&nbsp;&raquo;, sont-ils assez niais pour s'obstiner dans une erreur de propagande aussi manifeste, ou bien s'agit-il d'une manipulation remarquablement habile qui vise &agrave; obtenir le contraire de qu'on pr&eacute;tend souhaiter&nbsp;? Autrement dit, s'agit-il d'un racisme masqu&eacute; (peut-&ecirc;tre surtout anti-arabe) qui a con&ccedil;u le meilleur moyen d'exacerber les passions en feignant de les vouloir &eacute;teindre&nbsp;? Je livre cette interrogation machiav&eacute;lienne aux quelques esprits encore capables, malgr&eacute; leur s&eacute;jour dans les &eacute;coles de la R&eacute;publique, de raisonner sur des constructions mentales de plus de trois mots (sujet, verbe, compl&eacute;ment direct) et je serais heureux de recevoir leur avis.

Lire aussi&nbsp;: &laquo;&nbsp;Quand Albion perd son latin&nbsp;&raquo; sur le site des Manant du Roi&nbsp;:
http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article71620.php ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/03/788904</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/03/788904</guid>
  <pubDate>Sat, 21 Mar 2009 15:22:41 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>DeMILLE, L&#039;ENFANCE DE L&#039;ART</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp; Tous les cin&eacute;philes pour qui le septi&egrave;me art ne commence pas avec Spielberg et Scorsese vous le diront&nbsp;: le cin&eacute;ma am&eacute;ricain n'est plus ce qu'il &eacute;tait. Tout ce qu'il croit avoir gagn&eacute; gr&acirc;ce &agrave; l'informatique et aux effets sp&eacute;ciaux, il semble bien qu'il l'ait perdu en inspiration, en gr&acirc;ce, bref&nbsp;: en g&eacute;nie. Et comme il arrive parfois, quand le g&eacute;nie fait place &agrave; un acad&eacute;misme des proc&eacute;d&eacute;s, l'invention pour survivre se r&eacute;fugie dans des complications labyrinthiques et absconses,&nbsp; surprenantes et belles &agrave; l'occasion, souvent lassantes, et vous avez des d&eacute;coupages sans queue ni t&ecirc;te, des gros plans d'une narine et d'un lobe d'oreille, ou David Lynch.

&nbsp;&nbsp; C'est alors qu'il faut revenir aux sources, &agrave; la simplicit&eacute;, &agrave; l'enfance de l'art. Je viens de publier dans cet esprit, et parce que l'actualit&eacute; s'y pr&ecirc;te, un compendium de Cecil B., vie et &oelig;uvre, command&eacute; et accueilli par le Spectacle du monde, d&eacute;cid&eacute;ment le plus intelligent et le plus beau magazine du paysage m&eacute;diatique fran&ccedil;ais. Mort il y a cinquante ans, DeMille y voisine curieusement avec De Chirico, pionnier lui aussi, dont l'ambition derni&egrave;re et qui lui valut quelques sarcasmes assez sots fut, on le sait, de retrouver les secrets de la peinture des vieux ma&icirc;tres. Un parcours en somme assez parall&egrave;le &agrave; celui du fondateur de Hollywood, inventeur du clair-obscur &agrave; l'&eacute;cran et qui&nbsp;&agrave; la fin des ann&eacute;es cinquante tournait&nbsp;des films o&ugrave; s'exprime son admiration avou&eacute;e pour Griffith.

&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ceux de mes lecteurs qui souhaiteraient prendre connaissance de la version initiale et compl&egrave;te de &laquo;&nbsp;Cecil B. DeMille, l'enfance de l'art&nbsp;&raquo; peuvent suivre ce lien&nbsp;: &nbsp;&nbsp;

http://papiersenligne.spaces.live.com/blog/

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/02/769702</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/02/769702</guid>
  <pubDate>Wed, 11 Feb 2009 09:49:40 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>De Preminger à Corinne Garfin</title>
   <description><![CDATA[ Christopher G&eacute;rard, qui va faire para&icirc;tre Aux armes de Bruxelles, en mars, aux &Eacute;ditions de l'&Acirc;ge d'Homme, et &nbsp;qui sera pr&eacute;sent au Salon du Livre pour l'occasion, a publi&eacute; dans Le Magazine des livres dirig&eacute; par Joseph &nbsp;Vebret (Lafont Presse)&nbsp;un article, judicieux comme toujours, sur mes Maux de la langue&nbsp;: cette information que je vous livre ici avec quelque retard me permet de l'en remercier, ainsi que de l'entretien dont il a assorti son article et o&ugrave; j'&eacute;voque aussi bien mes lectures de chevet que&nbsp;certains peintres que j'ai fr&eacute;quent&eacute;s, et les cin&eacute;astes, bien s&ucirc;r, d'Otto Preminger et Fritz Lang &agrave; Corinne Garfin, r&eacute;alisatrice de l'Ordre vert, &nbsp;dont la derni&egrave;re Infolettre de France Univers (f&eacute;vrier) signale les r&eacute;centes activit&eacute;s :

www.france-univers.over-blog.org/

&nbsp;




&nbsp;&nbsp; L'entretien peut &ecirc;tre consult&eacute; sur deux sites&nbsp;:

&nbsp;

http://www.magazinedeslivres.com/page10/page14/page14.html

http://archaion.hautetfort.com/ &nbsp;(&agrave; la date du 2 f&eacute;vrier 2009). &nbsp;

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; Le second site, celui de Christopher G&eacute;rard, pr&eacute;sente en annexe &agrave; cette conversation une s&eacute;rie de commentaires fort pertinents sur l'ensemble de mes travaux.
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/02/769218</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/02/769218</guid>
  <pubDate>Tue, 10 Feb 2009 08:50:44 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>L&#039;Affaire Chauprade</title>
   <description><![CDATA[ L'Affaire Chauprade



&nbsp;



&nbsp;

&nbsp;&nbsp; J'apprends par la Toile que M. Aymeric Chauprade, &eacute;minent g&eacute;opolitologue qui fut r&eacute;cemment mon voisin de colonne dans un dossier sur la Francophonie publi&eacute; par le Spectacle du monde, vient d'&ecirc;tre renvoy&eacute; de son poste de professeur au Coll&egrave;ge Interarm&eacute;es de D&eacute;fense pour avoir tenu dans un de ses ouvrages des propos non conformes &agrave; le version officielle des &laquo;&nbsp;attentats du 11 septembre&nbsp;&raquo;.

&nbsp;&nbsp; Admirable Toile, et qui viendra peut-&ecirc;tre, h&eacute;las&nbsp;! &agrave; bout des censures&nbsp;! Je dis&nbsp;: h&eacute;las, car je tiens d'abord &agrave; rendre hommage &agrave; celles-ci. Elles sont &agrave; notre connaissance le meilleur auxiliaire de la v&eacute;rit&eacute;. Je p&egrave;se mes mots, comme toujours. Qu'est-ce qui a le mieux port&eacute; et soutenu la pens&eacute;e bouleversante de Descartes, sinon l'obligation pour le premier philosophe moderne de s'exiler, de s'avancer masqu&eacute;, d'attirer ainsi sur lui l'attention de l'Europe enti&egrave;re&nbsp;? Qui a le mieux servi la m&eacute;moire de Fouquet&nbsp;: quelques ravissants po&egrave;mes de La Fontaine ou&nbsp; la forteresse de Pignerol&nbsp;? Croiriez-vous par hasard que le destin posthume de Voltaire a &eacute;t&eacute; assur&eacute; par son th&eacute;&acirc;tre&nbsp;? Pourquoi Andr&eacute; Ch&eacute;nier, que valaient bien (je les ai lus et savour&eacute;s) une bonne dizaine de ses contemporains pr&eacute;romantiques, est-il le seul &agrave; &ecirc;tre c&eacute;l&eacute;br&eacute; depuis le XIXe si&egrave;cle&nbsp;?&nbsp; Qui a permis &agrave; Flaubert de conna&icirc;tre des tirages qui n'auraient jamais d&eacute;pass&eacute; ceux de Stendhal (du vivant de ce dernier, bien s&ucirc;r), s'il n'e&ucirc;t b&eacute;n&eacute;fici&eacute; de l'appui&nbsp; inestimable du procureur Pinard&nbsp;? Je vais encore poser une question affreuse, et qui va me valoir de nouveaux ennemis&nbsp;: Brasillach serait-il plus lu en 2009 que l'auteur de la Meute, s'il n'avait &eacute;t&eacute; fusill&eacute;, alors qu'Alphonse de Ch&acirc;teaubriant a, de sa belle mort, fini son parcours en Autriche&nbsp;? Et que l'on ne compte pas sur moi pour r&eacute;v&eacute;ler qui fut dans l'Histoire l'alli&eacute; le plus efficace d'Isra&euml;l.

&nbsp;&nbsp; Donc, pour le triomphe in&eacute;luctable de la v&eacute;rit&eacute;, pour l'acc&eacute;l&eacute;rer souvent, pour le renforcer toujours, vive la pers&eacute;cution&nbsp;! Vive les censures&nbsp;!&nbsp; 

&nbsp;&nbsp; J'ai orn&eacute; &laquo;&nbsp;censures&nbsp;&raquo; d'un pluriel&nbsp;: dans notre cher pays, elles furent en effet multiples et dans les domaines les plus vari&eacute;s au long de son mill&eacute;naire. Il n'est pas un Fran&ccedil;ais qui ne r&ecirc;ve de b&acirc;illonner tous les autres Fran&ccedil;ais qui ne pensent pas comme lui. J'en viens m&ecirc;me &agrave; supputer que de nos caract&eacute;ristiques natives, pour un observateur ext&eacute;rieur sans pr&eacute;jug&eacute;, c'est la plus permanente et visible. En d'autres nations comparables on trouve des factions antagonistes, des gens qui massacrent leurs voisins pour des principes&nbsp;; et m&ecirc;me des crimes d'&Eacute;tat approuv&eacute;s par la servilit&eacute; de la presse. Mais o&ugrave; entend-on dans nos temps d'Occident, depuis que L&eacute;nine, Staline et Hitler ont c&eacute;d&eacute; la place, une Parole Unique omnipr&eacute;sente qui s'arroge la fonction de d&eacute;cider de la v&eacute;rit&eacute; et de l'erreur, filtre &agrave; travers ses propres crit&egrave;res des carri&egrave;res d&eacute;vou&eacute;es &agrave; la pens&eacute;e, et qui peut exclure un beau matin de l'Acad&eacute;mie des Sciences, de l'universit&eacute; o&ugrave; il enseigne, de l'Institut o&ugrave; son m&eacute;rite l'a hiss&eacute;, et par l&agrave; m&ecirc;me de tous les m&eacute;dias aux oreilles basses lui reniflant dans la main, un homme dont le seul tort est d'essayer de r&eacute;fl&eacute;chir par lui-m&ecirc;me, &agrave; l'&eacute;cart des rails obligatoires ? O&ugrave; cela, Monsieur&nbsp;? Pendant l'Inquisition espagnole&nbsp;? Chez les mollah&nbsp;? Chez les talibans&nbsp;? Que non pas&nbsp;! En France, Monsieur&nbsp;! Et quand donc&nbsp;? Sous Louis XIV&nbsp;? Sous Robespierre&nbsp;? Sous les Napol&eacute;ons&nbsp;? Sous Pierre Laval&nbsp;? Non, Monsieur, non, sous Nicolas Ier. La plus belle r&eacute;ussite de Tartuffe, notre h&eacute;ros national par excellence ainsi que Moli&egrave;re l'avait bien vu,&nbsp; c'est d'&ecirc;tre parvenu &agrave; faire croire au monde qu'en France circulent les id&eacute;es.

&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, dira-t-on, cette Parole Unique, ou cette &laquo;&nbsp;Pens&eacute;e d'&Eacute;tat&nbsp;&raquo;, pour qui, pour quoi s'exerce-t-elle&nbsp;? On distinguait bien la finalit&eacute; de L&eacute;nine, celle &ndash; presque oppos&eacute;e par son nationalisme &ndash; du Petit P&egrave;re des peuples, celle du chancelier du Reich, mais que dissimulent ces lois et ukases d'un gouvernement assez d&eacute;lirant ou d&eacute;sempar&eacute; pour sanctionner un politologue qui tente de comprendre un &eacute;v&eacute;nement encore br&ucirc;lant, alors qu'on ne sait toujours pas vraiment, apr&egrave;s des si&egrave;cles d'&eacute;tudes, pourquoi Cl&eacute;op&acirc;tre a d&eacute;sert&eacute; la bataille d'Actium&nbsp;? Est-ce un signal de plus pour dire&nbsp;: &laquo;&nbsp;Halte-l&agrave;&nbsp;! Aucun historien n'a le droit de fourrer son nez dans les mati&egrave;res de l'Histoire&nbsp;&raquo;&nbsp;? Est-ce une man&oelig;uvre des &eacute;ternels obscurantistes de tous bords pour emp&ecirc;cher une ultime qu&ecirc;te de lumi&egrave;re&nbsp;? 

&nbsp;&nbsp; Nous sommes devant quelque chose de bien plus mis&eacute;rable, qui n'a m&ecirc;me pas l'excuse sinistre du fanatisme. Nous sommes devant un Pouvoir qui n'a plus de pouvoir que le nom. Nous sommes entre les mains de gens qui essaient de prolonger la fiction d'une autorit&eacute; dont ils se sont laiss&eacute; d&eacute;poss&eacute;der, en l'exer&ccedil;ant &agrave; l'encontre des derniers citoyens libres &ndash; et par cons&eacute;quent vuln&eacute;rables &ndash; pour complaire aux groupes de pression qui les tiennent en laisse&nbsp;: fonctionnaires bruxellois r&eacute;gnant comme Ubu sur leur sin&eacute;cure, opposition &agrave; l'aff&ucirc;t, ligues moralisatrices autoproclam&eacute;es, syndicats ma&icirc;tres des secteurs vitaux de l'&eacute;nergie et des communications, financiers internationaux r&eacute;gentant et brutalisant l'&eacute;conomie, corps constitu&eacute;s au sommeil repu &ndash; mais l'&oelig;il entr'ouvert &ndash; sur leurs avantages acquis, minorit&eacute;s de toutes esp&egrave;ces et des pires, qui piochent dans leur sape, grouillent sous leur pierre, qui se regroupent, qui vocif&egrave;rent, et toujours pour leur int&eacute;r&ecirc;t particulier, pour leur vitrine m&eacute;diatique, contre l'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. Voil&agrave; la r&eacute;alit&eacute; cach&eacute;e derri&egrave;re la sanction qui vient de frapper M.Aymeric Chauprade, dont je n'ai m&ecirc;me pas lu les mots qui lui sont reproch&eacute;s, dont j'ignore s'il raisonne juste ou s'il &eacute;lucubre, mais dont j'imagine seulement que c'est un homme honn&ecirc;te, &agrave; la comp&eacute;tence reconnue, et qui a le droit imprescriptible, comme tout &ecirc;tre dou&eacute; de raison et de curiosit&eacute;, de chercher &agrave; comprendre ce qui se passe autour de lui et de s'exprimer &agrave; ce sujet. 

&nbsp;&nbsp; Qu'on veuille l'en emp&ecirc;cher, je l'ai dit, ne fera &agrave; terme &ndash; s'il a vu juste - que le servir et pr&eacute;cipitera, comme ce fut le cas dans les si&egrave;cles pass&eacute;s, ses &eacute;touffeurs dans les poubelles de la post&eacute;rit&eacute;. Comment se retenir en effet de juger suspecte une v&eacute;rit&eacute; historique ou scientifique qui a besoin de recourir &agrave; la coercition l&eacute;gale pour &ecirc;tre admise&nbsp;? (Apr&egrave;s trois si&egrave;cles d'&eacute;pist&eacute;mologie, j'en sais quelques-uns qui doivent se frotter les mains de ce retour en force de l'acte de foi&nbsp;!) S'il est d&eacute;montr&eacute; cependant, preuve &agrave; l'appui, que M. Chauprade a tort, cette v&eacute;rit&eacute; n'aura que plus d'aisance &agrave; s'&eacute;tablir. &nbsp;N'emp&ecirc;che&nbsp;: il est un peu triste de constater que le chemin de la curiosit&eacute; intellectuelle, en France, reste toujours le plus expos&eacute; &agrave; la vindicte. &nbsp;

&nbsp;&nbsp; 

&nbsp;&nbsp; 
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/02/768639</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/02/768639</guid>
  <pubDate>Mon, 09 Feb 2009 09:02:06 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>À LA SANTÉ DE NOTRE LANGUE FRATERNELLE</title>
   <description><![CDATA[ L'occasion &eacute;tait trop belle&nbsp;: le succ&egrave;s d'un livre, la publication toute r&eacute;cente d'un autre, un superbe dossier dans Le Spectacle du monde, ces trois &eacute;v&eacute;nements autour du m&ecirc;me th&egrave;me&nbsp;: la langue fran&ccedil;aise et la Francophonie. Comment r&eacute;sister en ce d&eacute;but d'ann&eacute;e &agrave; l'envie de d&eacute;boucher quelques bouteilles de champagne et de lever nos coupes &agrave; la sant&eacute; de notre langue, maternelle certes, mais non moins fraternelle&nbsp;? En outre, ce serait une mani&egrave;re de faire un pied de nez &agrave; la &laquo;&nbsp;crise&nbsp;&raquo; de ce monde &eacute;conomique et financier devenu&nbsp; en grande partie virtuel, fait d'illusion et de prestidigitation, o&ugrave; la moiti&eacute; de l'argent qui circule n'existe nulle part sinon dans la t&ecirc;te de ceux qui y croient.&nbsp; J'ai donc d&eacute;cid&eacute;, avec le concours de D.L.F. et de Valmonde, de f&ecirc;ter la courbe de vente de mes Maux de la langue, la sortie, &eacute;galement aux&nbsp; &Eacute;ditions France Univers, d'&Eacute;clat et Fragilit&eacute; de la langue fran&ccedil;aise par Jean Dutourd et ses amis (80 contributeurs) et le num&eacute;ro de d&eacute;cembre du mensuel de luxe du Groupe Valmonde. 

&nbsp;&nbsp; Ceux de mes lecteurs qui le souhaiteraient peuvent nous retrouver le 14 janvier &agrave; partir de 18 h &agrave; la Galerie Talmart&nbsp;: 22, rue du Clo&icirc;tre Saint-Merri 75004. Auparavant, ils devront annoncer, au plus tard la veille,&nbsp; leur pr&eacute;sence soit par courriel &agrave;&nbsp;: france.univers@wanadoo.fr , soit par t&eacute;l&eacute;copie au 01 47 30 85 63.

&nbsp;&nbsp; Le dossier &laquo;&nbsp;Francophonie&nbsp;&raquo; du Spectacle du monde comporte un article de votre serviteur&nbsp;: &laquo;&nbsp;Langue fran&ccedil;aise, le plus captivant des romans&nbsp;&raquo;, raccourci comme d'habitude pour des imp&eacute;ratifs de mise en pages. J'ai tent&eacute; n&eacute;anmoins d'y brosser avec de belles illustrations la fresque de notre &eacute;pop&eacute;e langagi&egrave;re depuis les Gaulois jusqu'aujourd'hui. On peut lire le texte dans sa version int&eacute;grale en cliquant sur le lien suivant&nbsp;: &nbsp;

&nbsp;&nbsp;&nbsp;http://papiersenligne.spaces.live.com/blog/

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/01/754396</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/01/754396</guid>
  <pubDate>Fri, 09 Jan 2009 23:33:38 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>Présence du cinéma</title>
   <description><![CDATA[ 
&nbsp;

&nbsp;&nbsp; J'ai eu &agrave; maintes reprises l'occasion et le plaisir de constater que ce Carnet de route est feuillet&eacute; par de nombreux drogu&eacute;s de cin&eacute;ma et ce, bien qu'il n'y soit question que tr&egrave;s &eacute;pisodiquement de leur stup&eacute;fiant pr&eacute;f&eacute;r&eacute;. Lors de la signature de mon livre Sur un art ignor&eacute; &agrave; la librairie L'Amour du Noir, le 11 d&eacute;cembre, l'un d'eux me confia m&ecirc;me qu'il se faisait l'interpr&egrave;te d'une d&eacute;solation collective devant mon mutisme, depuis quelques semaines&nbsp;! Il est vrai qu'une somme excessive de t&acirc;ches pressantes et vari&eacute;es, en fin d'ann&eacute;e, a eu raison de mon assiduit&eacute; de diariste (enfin un mot utile venu&nbsp; r&eacute;cemment de l'anglais &ndash; et que je pr&eacute;f&egrave;re au &laquo;&nbsp;journalier&nbsp;&raquo; de L&eacute;autaud&nbsp;: contrairement &agrave; &laquo;&nbsp;journaliste&nbsp;&raquo;, la connotation chronologique de ce substantif&nbsp; r&eacute;serv&eacute; en principe aux travaux agricoles l'emporte par trop sur la r&eacute;f&eacute;rence au support). &nbsp;

&nbsp;&nbsp; Donc, je reprends ici mes petites incursions dans l'actualit&eacute; culturelle, pour fournir &agrave; mes lecteurs cin&eacute;philes une indication qui leur avait peut-&ecirc;tre &eacute;chapp&eacute; au milieu du grand tourbillon informatique&nbsp;: il existe encore un stock de certains num&eacute;ros de la revue Pr&eacute;sence du cin&eacute;ma, vendus par correspondance dans le catalogue des &Eacute;ditions France Univers. La collection n'est pas compl&egrave;te, mais on peut encore se procurer le N&deg; 9 (Cottafavi),

le 10 (Avenir du cin&eacute;ma fran&ccedil;ais), le 14 (Sc&eacute;naristes fran&ccedil;ais et am&eacute;ricains), le 17 (Riccardo Freda &ndash; les Acteurs), le 19 (Samuel Fuller), le 22-23 (Allan Dwan-Jacques Tourneur).&nbsp; Il suffit de se rendre sur le site de France Univers&nbsp;: www.france-univers.com et de se d&eacute;p&ecirc;cher de passer commande, car le stock&nbsp; est en voie d'&eacute;puisement&hellip; 

&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/01/753603</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2009/01/753603</guid>
  <pubDate>Wed, 07 Jan 2009 23:38:24 +0100</pubDate>
  </item><item>
   <title>Films noirs</title>
   <description><![CDATA[ 



&nbsp;&nbsp; Par la plume d'Agn&egrave;s C. Poirier, l'hebdomadaire italien L'Espresso me pose d'insidieuses questions sur l'&eacute;volution du film noir&nbsp;: &laquo;&nbsp;Mon article, m'&eacute;crit-elle,&nbsp;traite de l'&eacute;volution tr&egrave;s r&eacute;cente du film noir ou film de gangsters et de la fascination du mal au cin&eacute;ma. N'assiste-t-on pas aujourd'hui &agrave; la glamourisation (d&eacute;sol&eacute;e du terme, il n'est pas beau) de l'anti-h&eacute;ros qu'est le gangster? Autrefois pauvre type, le tueur est aujourd'hui pr&eacute;sent&eacute;&nbsp;comme un homme d'affaires dont le "business" (tuer) est un "job" comme un autre. J'emploie &agrave; dessein des mots anglais. Le film noir ayant toujours eu pour r&ocirc;le de prendre le pouls&nbsp;de la soci&eacute;t&eacute; qu'il d&eacute;peint, l'immoralit&eacute; de nos gangsters au cin&eacute;ma et le peu de cas que les sc&eacute;naristes en font trahissent-t-ils notre propre immoralit&eacute; ?&nbsp;&raquo;

&nbsp;&nbsp; 

J'ai r&eacute;pondu&nbsp;:

&nbsp;&nbsp; &laquo;Sans en avoir l'air, votre r&eacute;flexion soul&egrave;ve plusieurs grandes questions difficiles &agrave; traiter en peu de mots. Au premier abord, il semble en effet que l'on assiste depuis quelques dizaines d'ann&eacute;es, non pas tellement &agrave; une promotion sociale du tueur, mais &agrave; une banalisation de sa violence et &agrave; une extension de son champ d'activit&eacute;. Ce n'est pas tout &agrave; fait la m&ecirc;me chose. Le gangster, au sens originel et am&eacute;ricain du mot, est sorti des quartiers o&ugrave; il r&eacute;glait autrefois ses comptes. Il exerce aujourd'hui ses talents dans des secteurs souvent plus polic&eacute;s et civilis&eacute;s que l'alcool, la drogue, la prostitution et les machines &agrave; sous. Cela d&eacute;note-t-il une &eacute;volution du gangst&eacute;risme dans la soci&eacute;t&eacute;, ou un &eacute;largissement de vue de la part de sc&eacute;naristes qui n'entendent pas &ecirc;tre condamn&eacute;s &agrave; recopier &agrave; sati&eacute;t&eacute; les m&ecirc;mes situations avec les m&ecirc;mes personnages&nbsp;? Il me semble qu'il y a toujours eu des tueurs partout (particuli&egrave;rement en politique), partout o&ugrave; le pouvoir et le profit dominent et sont &acirc;prement disput&eacute;s. Rappelez-vous le meurtre de l'&eacute;diteur Robert Deno&euml;l, l' &laquo;&nbsp;accident&nbsp;&raquo; plus que suspect du patron du Parisien &Eacute;milien Amaury, et j'en passe de plus r&eacute;cents pour ne pas me retrouver au tribunal&hellip; Il est possible que l'assassinat spectaculaire de Kennedy ait contribu&eacute; &agrave; faire passer le cin&eacute;ma de l'&acirc;ge de Scarface &agrave; celui du tueur socialement int&eacute;gr&eacute;, banalis&eacute;, sorte de Monsieur tout-le-monde dont la seule caract&eacute;ristique est d'oser supprimer ses semblables, g&eacute;n&eacute;ralement pour de l'argent&nbsp;: acte que Monsieur tout-le-monde commettrait souvent bien volontiers si la peur du gendarme et peut-&ecirc;tre quelque vague reliquat de pr&eacute;ceptes moraux ne le retenaient pas.

&nbsp;&nbsp; Cette banalisation-extension est-elle le signe de la mont&eacute;e en puissance d'une immoralit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale&nbsp;? Je pense avoir r&eacute;pondu&nbsp;: non, car elle refl&egrave;te un &eacute;tat permanent des soci&eacute;t&eacute;s de toutes les &eacute;poques. C'est de la nature humaine qu'il est question dans les ouvrages dramatiques et narratifs, la soci&eacute;t&eacute; qu'ils d&eacute;crivent n'&eacute;tant que la superstructure &eacute;volutive de cette nature inchang&eacute;e (tant qu'il ne se produira pas de mutation g&eacute;n&eacute;tique) depuis nos cavernes jusqu'&agrave; nos vaisseaux de l'espace. &nbsp;

&nbsp;&nbsp; Le second aspect du probl&egrave;me que vous abordez est celui du regard pos&eacute; par les cin&eacute;astes sur le comportement immoral de leurs personnages&nbsp;: &laquo;&nbsp;le peu de cas que les sc&eacute;naristes en font&nbsp;&raquo;. Je r&eacute;pondrai&nbsp;: ce n'est pas aux sc&eacute;naristes, ni aux metteurs en sc&egrave;ne, de prendre parti et de juger. C'est au spectateur&nbsp;! Et le fait m&ecirc;me que vous pointiez ce &laquo;&nbsp;peu de cas&nbsp;&raquo; prouve que vous avez parfaitement per&ccedil;u la nature immorale des personnages, cette perception garantissant une exactitude suffisante de leur peinture, qui doit rester une peinture &laquo;&nbsp;neutre&nbsp;&raquo; sous peine de verser dans le film &agrave; th&egrave;se, chose tout &agrave; fait horrible comme vous savez&nbsp;!

J'ai envie de chicaner un peu, aussi, cette opposition du &laquo;&nbsp;h&eacute;ros&nbsp;&raquo; et de l'&laquo;&nbsp;anti-h&eacute;ros&nbsp;&raquo;. J'ai le souvenir de films noirs d'autrefois dont le personnage central, malfrat de la pire esp&egrave;ce, &eacute;tait en m&ecirc;me temps un v&eacute;ritable h&eacute;ros de trag&eacute;die&nbsp;: l'Enfer est &agrave; lui de Raoul Walsh pour ne prendre qu'un exemple parmi cinquante, vaut bien Macbeth ou Richard III &agrave; cet &eacute;gard. Les notions de h&eacute;ros et de grandeur valent autant dans les exc&egrave;s du mal que dans le sublime et il s'agit toujours de la catharsis d'Aristote ou de la &laquo;&nbsp;purgation des passions&nbsp;&raquo; de Corneille. 

Cela nous am&egrave;ne &agrave; un dernier aspect de la question, mais que je vais seulement effleurer, car il nous m&egrave;nerait trop loin&nbsp;: la banalisation et l'extension de la violence, ou du &laquo;&nbsp;Mal&nbsp;&raquo; en g&eacute;n&eacute;ral, risquent-elles d'&ecirc;tre incitatives&nbsp;? En d'autres termes, le film noir d'aujourd'hui, qui souvent, certes, ressemble plus &agrave; une mauvaise bande dessin&eacute;e qu'&agrave; une trag&eacute;die de Racine, et o&ugrave; des tueurs d&eacute;pourvus de toute consistance humaine mitraillent des cibles comme on abat des quilles avec une boule, ce film-l&agrave; est-il nocif et responsable de la surabondance de faits divers qui alimentent les journaux&nbsp;? J'ai d&eacute;j&agrave; r&eacute;pondu en d'autres lieux, et un peu &agrave; la normande, &agrave; cette interrogation qui resurgit p&eacute;riodiquement&nbsp;: oui, dans certains cas fragiles, la violence est probablement incitative&nbsp;; &nbsp;non pour la majorit&eacute; qui au contraire n'en est que plus d&eacute;tourn&eacute;e. Rien, m&ecirc;me dans le domaine du film noir, n'est jamais tout noir.&nbsp;&raquo;

&nbsp;

Ci-dessus : une affiche de L'Enfer est &agrave; lui.&nbsp;

&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/10/708039</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/10/708039</guid>
  <pubDate>Sun, 12 Oct 2008 22:24:05 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Bazin et Godard</title>
   <description><![CDATA[ 







&nbsp;&nbsp; Dans&nbsp;son num&eacute;ro du 23 septembre, la revue Les Inrockuptibles pointe &agrave; son tour son collimateur sur le fameux amphigouri plac&eacute; par Jean-Luc Godard en &eacute;pigraphe de son film le M&eacute;pris, et que l'affiche toute r&eacute;cente de la Belle Personne attribue cette fois &agrave; T&eacute;l&eacute;rama. On peut s'interroger&nbsp;: qui, &agrave; pr&eacute;sent, va signer, contresigner, chouraver, tripatouiller cette phrase dont Godard a lu l'&eacute;tat initial dans le num&eacute;ro 98 (ao&ucirc;t 1959) des Cahiers du Cin&eacute;ma et que, quatre ans plus tard, il tente de citer, probablement de m&eacute;moire, et dans une certaine confusion mentale assortie de j'menfoutisme, en en faisant endosser la paternit&eacute; &agrave; Andr&eacute; Bazin, mort en 1958.

&nbsp;&nbsp; Or il se trouve que la phrase en question, dans sa forme originelle et coh&eacute;rente, est de votre serviteur, ce que savent tous les authentiques cin&eacute;philes (c'est-&agrave;-dire, h&eacute;las&nbsp;! peu de monde aujourd'hui), j'entends ceux qui ont lu &agrave; la fois Sur un art ignor&eacute; et le livre-testament de Bazin, Qu'est-ce que ke cin&eacute;ma&nbsp;? Ce n'est pas le cas, semble-t-il, de M. Pascal Ory, qui signe, on se demande &agrave; quel titre, la notice consacr&eacute;e &agrave; Andr&eacute; Bazin dans le m&eacute;mento des C&eacute;l&eacute;brations nationales de 2008 et qui reproduit consciencieusement, bien s&ucirc;r, l'exergue saugrenu du M&eacute;pris. Avec des historiens de cette trempe, nous pouvons dormir tranquilles&nbsp;: la transmission de la m&eacute;moire historique est assur&eacute;e.

&nbsp;&nbsp; J'ai assez bien connu Bazin, malheureusement trop peu de temps avant sa mort pr&eacute;matur&eacute;e (quarante ans&nbsp;!). C'est pourquoi j'avais pu, du haut de mes vingt-trois printemps un peu culott&eacute;s (je m'en rends compte aujourd'hui) inviter ce &laquo;&nbsp;passant consid&eacute;rable&nbsp;&raquo; &agrave; collaborer &agrave; un dossier de la revue des Lettres modernes consacr&eacute; aux rapports du cin&eacute;ma et du roman. (Lettres modernes, &Eacute;t&eacute; 1958). Cela se passa quelques mois avant mon intrusion dans les Cahiers et suffit &agrave; expliquer ma fid&eacute;lit&eacute; au souvenir du fondateur avec &Eacute;ric Rohmer de la critique de cin&eacute;ma moderne. Je ne partageais gu&egrave;re ses choix (cin&eacute;astes et films servant d'illustration &agrave; sa pens&eacute;e), et encore moins ses pr&eacute;suppos&eacute;s m&eacute;taphysiques, mais je ne pouvais qu'adh&eacute;rer aux principes qu'il avait su d&eacute;gager de son exp&eacute;rience de spectateur. 

&nbsp;&nbsp; De l&agrave; mon attitude partag&eacute;e face &agrave; l'article des Inrockuptibles&nbsp;:d'une part, la satisfaction que l'on r&eacute;tablisse la v&eacute;rit&eacute; des faits&nbsp;; d'autre part l'&eacute;tonnement que l'on m'oppose &agrave; Bazin sur le plan fondamental de l'appr&eacute;hension du r&eacute;el, que j'estime pour ma part analys&eacute;e du m&ecirc;me point de vue dans les deux cas. C'est peut-&ecirc;tre d'ailleurs cette similitude qui a abus&eacute; Godard. 

&nbsp;&nbsp; R&eacute;agissant &agrave; l'article, j'ai adress&eacute; un courriel aux Inrockuptibles, en la personne de Serge Kaganski, qui m'a fort obligeamment r&eacute;pondu que ma lettre serait publi&eacute;e dans un prochain &laquo;&nbsp;courrier des lecteurs&nbsp;&raquo;. Comme je suppose que les nombreux amateurs de cin&eacute;ma qui me font le plaisir et l'amiti&eacute; de suivre ce Carnet de route ne sont pas tous des lecteurs des Inrockuptibles, je ne crois pas inutile de publier et le passage le plus significatif de l'article &ndash; intitul&eacute; joliment &laquo;&nbsp;La M&eacute;prise&nbsp;&raquo; - et ma r&eacute;ponse in extenso.

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; Les Inrockuptibles&nbsp;:

&nbsp;&nbsp; [&hellip;] &nbsp;L'ironie de la m&eacute;prise tient au fait que les historiens de la critique comme les ex&eacute;g&egrave;tes godardiens s'accordent &agrave; dire qu'Andr&eacute; Bazin n'a jamais &eacute;crit une telle phrase. Son auteur est le critique des Cahiers Michel Mourlet, chef de file d'une tendance de la cin&eacute;philie late fifties appel&eacute;e les &laquo;&nbsp;mac-mahoniens&nbsp;&raquo;. Ces jeunes gar&ccedil;ons r&eacute;put&eacute;s de droite valorisaient le cin&eacute;ma am&eacute;ricain classique, l'h&eacute;ro&iuml;sme, l'action, les corps id&eacute;alis&eacute;s et honnissaient par-dessus tout la modernit&eacute; des ann&eacute;es 60. Au fond cette phrase est absolument antinomique de la pens&eacute;e de Bazin, ap&ocirc;tre de la v&eacute;rit&eacute;&nbsp; de l'enregistrement pour qui la vocation du cin&eacute;ma n'&eacute;tait nullement de substituer au monde tel qu'il est un avatar s'accordant &agrave; nos d&eacute;sirs. C'est donc une &eacute;trange fac&eacute;tie de Godard d'avoir invent&eacute; la citation la plus reprise de Bazin &agrave; partir d'une phrase qui n'&eacute;tait pas de lui et trahissait m&ecirc;me compl&egrave;tement sa pens&eacute;e. &laquo;&nbsp;Le cin&eacute;ma substitue &agrave; notre regard&hellip;&nbsp;&raquo; peut en tout cas l&eacute;gitimement pr&eacute;tendre au titre d'aphorisme le plus faussement attribu&eacute; de l'histoire de la critique [&hellip;]

&nbsp;

Mon commentaire (adress&eacute; &agrave; la revue)&nbsp;:

&nbsp;&nbsp; C'est avec beaucoup d'int&eacute;r&ecirc;t que j'ai pris connaissance de l'article intitul&eacute; &laquo;&nbsp;La m&eacute;prise&nbsp;&raquo;,&nbsp; publi&eacute; dans votre num&eacute;ro du 23 septembre. Cet article qui entend r&eacute;tablir une v&eacute;rit&eacute; malmen&eacute;e correspond &agrave; l'id&eacute;e que je me suis toujours faite du m&eacute;tier de journaliste, en particulier &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; je l'exer&ccedil;ais moi-m&ecirc;me. Il appelle cependant de ma part quelques observations que je vous serais tr&egrave;s reconnaissant de transmettre &agrave; vos lecteurs. 

&nbsp;&nbsp; Je laisse bien entendu &agrave; l'auteur la responsabilit&eacute; de ses consid&eacute;rations sur la &laquo;&nbsp;valorisation du cin&eacute;ma am&eacute;ricain classique&nbsp;&raquo;. L'apport &laquo;&nbsp;mac-mahonien&nbsp;&raquo; a consist&eacute; surtout &agrave; d&eacute;couvrir ou r&eacute;&eacute;valuer des cin&eacute;astes m&eacute;connus, inconnus et souvent fran&ccedil;ais ou italiens (Cottafavi par exemple), voire chinois ou japonais, et &agrave; en mettre d'autres, sur&eacute;valu&eacute;s, &agrave; une plus juste place, du moins selon nous. Quant &agrave; dire que nous honnissions la &laquo;&nbsp;modernit&eacute; des ann&eacute;es 60&nbsp;&raquo;&hellip; Sans chercher &agrave; sonder le sens de ce syntagme assez vague, je puis t&eacute;moigner en tout cas que nous en adorions les signes ext&eacute;rieurs&nbsp;: les jeunes filles, leur d&eacute;sinvolture et leur mode vestimentaire, une partie notable de son cin&eacute;ma et de son th&eacute;&acirc;tre, ses bagnoles, pour certains d'entre nous sa musique et ses chansons&nbsp;; et m&ecirc;me, r&eacute;trospectivement, sa libert&eacute; de pens&eacute;e beaucoup moins &eacute;triqu&eacute;e qu'aujourd'hui. Il est exact, toutefois, que nous ne raffolions pas de la Nouvelle Vague, non plus que de Robbe-Grillet, et encore moins de l'acad&eacute;misme officiel et mercantile des arts plastiques, mais pour des raisons principalement techniques o&ugrave; n'entraient ni politique ni id&eacute;ologie. Ces derni&egrave;res n'entraient en rien dans nos jugements esth&eacute;tiques, Bertrand Tavernier et Michel Ciment, pour ne citer qu'eux, s'en sont maintes fois port&eacute;s garants. 

&nbsp;&nbsp; Mais il est un point sur lequel je voudrais insister et qui m'a incit&eacute; &agrave; vous &eacute;crire. Il s'agit de l'assertion&nbsp;: &laquo;&nbsp;Au fond, cette phrase est absolument antinomique de la pens&eacute;e de Bazin&nbsp;&raquo; etc. Citons une fois de plus l'aphorisme en question&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le cin&eacute;ma substitue &agrave; notre regard un monde qui s'accorde &agrave; nos d&eacute;sirs.&nbsp;&raquo; En premier lieu, cette phrase, que Godard m'a emprunt&eacute;e en l'attribuant &agrave; Bazin, est cit&eacute;e de travers et, en l'esp&egrave;ce, semble signifier quelque chose quand on la lit tr&egrave;s vite, alors qu'en r&eacute;alit&eacute; elle ne veut rigoureusement rien dire. Qu'est-ce qu'un monde, c'est-&agrave;-dire la chose regard&eacute;e, qui se substituerait &agrave; un regard, c'est-&agrave;-dire &agrave; la conscience qui regarde&nbsp;? Ce qui regarde et ce qui est regard&eacute;, ressortissant &agrave; des fonctions et&nbsp; natures essentiellement distinctes, ne sauraient &ecirc;tre interchangeables et par cons&eacute;quent se substituer l'un &agrave; l'autre. La phrase d'origine, la mienne, et qui tient debout, est la suivante&nbsp;: &laquo;le cin&eacute;ma est un regard qui se substitue au n&ocirc;tre pour nous donner un monde accord&eacute; &agrave; nos d&eacute;sirs...&nbsp;&raquo;&nbsp;

&nbsp;&nbsp; En second lieu, quiconque a lu un tant soit peu mes textes est en mesure de savoir que le point de d&eacute;part et le fondement m&ecirc;me de toute mon analyse du ph&eacute;nom&egrave;ne cin&eacute;matographique est la constatation que, pour la premi&egrave;re fois dans l'histoire des arts depuis les grottes de Lascaux, le cin&eacute;ma (prenant appui sur la photographie) nous donne le moyen d'appr&eacute;hender le monde directement et de l'exprimer sans d&eacute;tour, sans recourir &agrave; la convention ni &agrave; la m&eacute;taphore, ni a aucun truquage, ni d&eacute;formation subjective ou mat&eacute;rielle de la r&eacute;alit&eacute;. Ce qui entra&icirc;ne la cons&eacute;quence capitale que voici&nbsp;: le cin&eacute;aste, s'il entend se conformer &agrave; la vocation originelle de la cam&eacute;ra, &agrave; la &laquo;&nbsp;raison d'&ecirc;tre&nbsp;&raquo; de son moyen d'expression, n'a pas &agrave; cr&eacute;er de formes comme dans les arts traditionnels, mais &agrave; choisir dans la r&eacute;alit&eacute; offerte les mat&eacute;riaux dont il a besoin. Dans le grand d&eacute;bat Lumi&egrave;re-M&eacute;li&egrave;s, je n'ai jamais pris le parti de M&eacute;li&egrave;s, ni d'aucun cin&eacute;aste qui, se pla&ccedil;ant &agrave; la remorque des arts traditionnels, font &laquo;&nbsp;de la musique avec des images&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;de la peinture&nbsp;&raquo;, de l'onirisme, des &laquo;&nbsp;recherches^plastiques&nbsp;&raquo;, ou encore des exp&eacute;riences de montage qui contredisent le mouvement naturel de l'&oelig;il. Autrement dit je n'ai jamais rien &eacute;crit, ni enseign&eacute; dans les cours qu'il m'est arriv&eacute; de dispenser &agrave; l'universit&eacute;, rien qui s'oppose &agrave; la pens&eacute;e de Bazin sur le plan de la capture du r&eacute;el. J'ai d'ailleurs eu l'occasion, peu avant sa mort, de m'entretenir &agrave; plusieurs reprises de ces questions avec lui et je puis vous assurer que nous n'en sommes jamais venus aux mains&nbsp;!&nbsp; 

&nbsp;&nbsp; Les malentendus qui surgissent &agrave; propos de cette phrase &ndash; j'ai lu r&eacute;cemment dans une th&egrave;se sur Nietzsche et le cin&eacute;ma des propositions ahurissantes &agrave; ce sujet &ndash; prouvent une fois de plus que si l'on isole une citation de son contexte, on court un tr&egrave;s grand risque de la m&eacute;sinterpr&eacute;ter. C'est pourquoi, &agrave; ceux qui souhaiteraient se faire une opinion valable sur ce qu'on appelle ma &laquo;&nbsp;th&eacute;orie&nbsp;&raquo; du cin&eacute;ma &ndash; mais qui pour moi n'est que l'analyse d'une exp&eacute;rience passionn&eacute;ment v&eacute;cue &ndash; je sugg&egrave;re de se pencher sur la nouvelle r&eacute;&eacute;dition (dans la collection Poche-Cin&eacute;ma de Ramsay) de Sur un art ignor&eacute;, la Mise en Sc&egrave;ne comme langage, qui sort ces jours-ci.

&nbsp;&nbsp; Pour en finir avec cette trop longue mise au point, un mot sur la compassion exprim&eacute;e dans l'article, concernant les larcins dont je suis victime. Je crois, bien au contraire, n'avoir qu'&agrave; me r&eacute;jouir de la b&eacute;vue godardienne et de ses suites. Sans cette &laquo;&nbsp;m&eacute;prise&nbsp;&raquo;, ma petite phrase n'aurait sans doue jamais connu pareille fortune&nbsp;! 

&nbsp;

Ci-dessus : Andr&eacute; Bazin.

&nbsp;

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; 
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/10/702432</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/10/702432</guid>
  <pubDate>Wed, 01 Oct 2008 22:55:24 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Jean-Pierre Martinet (1944-1993)</title>
   <description><![CDATA[ Il aimait Baudelaire, Holderlin, Yves Martin, Rilke, Gustave Roud, Rimbaud, Trakl. Il aimait les nuits sombres des romans russes du XIXe si&egrave;cle. Sauf erreur, il publia ses premiers textes dans Matulu, o&ugrave; l'avait rejoint Yves Martin.

&nbsp;Le 23 octobre, entre 18&nbsp;h et 21 h, la librairie L'Amour du Noir&nbsp;: 11, rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris, T&eacute;l.: 01.43.29.25.66, rendra hommage &agrave; cet &eacute;crivain d'exception. La Table Ronde, Le Dilettante, les Editions Finitude mettront &agrave; la disposition des curieux L'ombre des for&ecirc;ts, Ceux qui n'en m&egrave;nent pas large,et J&eacute;r&ocirc;me.

&nbsp;

&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/09/694342</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/09/694342</guid>
  <pubDate>Mon, 15 Sep 2008 17:34:38 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>L&#039;Impromptu de Combourg</title>
   <description><![CDATA[ Je reviens de Combourg via Saint-Malo, autrement dit d'un p&egrave;lerinage sur les lieux o&ugrave; s'est form&eacute; le g&eacute;nie de Chateaubriand. Un autre motif m'y appelait&nbsp;: la reprise &agrave; Combourg de mon Impromptu de Lucerne cr&eacute;&eacute; l'an dernier au Festival Dumas. Cette rencontre, en 1832, entre le g&eacute;niteur le plus complet,&nbsp; le plus universel (il y en a eu d'autres, mais moins puissants) du romantisme fran&ccedil;ais et le plus turbulent de ses enfants, intrigue beaucoup les gens qui n'ont pas lu les M&eacute;moires de Dumas p&egrave;re. D'o&ugrave; le succ&egrave;s de ce petit spectacle o&ugrave; j'ai m&ecirc;l&eacute; au discours la musique admirable de Berlioz. La municipalit&eacute; avait bien fait les choses, pour accueillir les artistes. Cette fois, ils ont pu se donner &agrave; fond sans &ecirc;tre d&eacute;rang&eacute;s par&nbsp; un tintamarre de cloches comme dans la grande halle de Villers-Cotter&ecirc;ts&hellip; Les deux nouveaux interpr&egrave;tes, Fran&ccedil;ois Mougenot (Chateaubriand) et &Eacute;milie Moutin au piano, ont &eacute;t&eacute; magnifiques et dignes en tous points de leurs interlocuteurs, Jacques Mougenot et Sylvie Oussenko. De l'avis g&eacute;n&eacute;ral, la carri&egrave;re de cet Impromptu ne fait que commencer, ce dont nous nous r&eacute;jouissons tous.

&nbsp;

Ci-dessus&nbsp;:&nbsp;Emilie Moutin
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/09/694103</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/09/694103</guid>
  <pubDate>Mon, 15 Sep 2008 10:18:37 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Crépuscule de la modernité</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp; C'est seulement maintenant que je prends connaissance d'un m&eacute;moire de &laquo;&nbsp;DESS&nbsp;&raquo; (dipl&ocirc;me d'&eacute;tudes sup&eacute;rieures sp&eacute;cialis&eacute;es) r&eacute;dig&eacute; par une &eacute;tudiante &agrave; l'Universit&eacute; de Bordeaux, Annie Cl&eacute;ment, en 1993. Ce m&eacute;moire s'intitule le Langage de la modernit&eacute; et il s'appuie ou prend comme point de d&eacute;part de la r&eacute;flexion, notamment, mon livre Cr&eacute;puscule de la modernit&eacute; publi&eacute; quelques ann&eacute;es auparavant. Si je le mentionne ici, c'est en raison d'une assertion qu'il contient et qui ne me&nbsp;para&icirc;t pas tr&egrave;s claire. Certainement, si cette &eacute;tudiante, comme d'autres auteurs de travaux universitaires l'ont souvent fait, m'avait soumis au pr&eacute;alable ses observations et ses intentions, j'aurais peut-&ecirc;tre pu l'aider &agrave; formuler plus explicitement sa pens&eacute;e. 

&nbsp;&nbsp; Il s'agit de ce passage me concernant&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le regard qu'il porte sur la soci&eacute;t&eacute;, empreint de tradition, ne caract&eacute;rise pas sp&eacute;cifiquement celui d'un traditionaliste pur. Il souhaite la transparence entre l'homme et le monde, comme la conjonction entre la raison et le sujet. Il annonce lui-m&ecirc;me en pr&eacute;ambule: "L'inaptitude &agrave; refl&eacute;ter l'ordre &eacute;tabli me para&icirc;t la caract&eacute;ristique d'une pens&eacute;e active", qui g&eacute;n&egrave;re aussi chez lui des propos en rupture.&nbsp;&raquo;

&nbsp;&nbsp; Je passe sur &laquo;&nbsp;g&eacute;n&eacute;rer&nbsp;&raquo;, repris de to generate pour remplacer partout &laquo;&nbsp;engendrer&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;produire&nbsp;&raquo;, aussi douloureux et malfaisant qu' &laquo;&nbsp;initier&nbsp;&raquo; pour &laquo;&nbsp;lancer&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;d&eacute;cider&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;promouvoir&nbsp;&raquo;. Les &eacute;tudiants ne sont pas responsables du charabia que leur enseignent des ma&icirc;tres aussi ignorants que leurs &eacute;l&egrave;ves. Ce qui m'arr&ecirc;te est la phrase&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il souhaite la transparence entre l'homme et le monde, comme la conjonction entre la raison et le sujet (c'est elle qui souligne).&nbsp;&raquo; 

&nbsp;&nbsp; D'abord&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il souhaite la transparence entre l'homme et le monde&nbsp;&raquo;. Hors de tout contexte, cette phrase ne signifie pour moi pas grand-chose, sinon&nbsp;au n&eacute;gatif&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il refuse l'opacit&eacute; entre l'homme et le monde&nbsp;&raquo;, ce qui pourrait vouloir dire que je rejette la ou les conceptions d'un univers inexplicable, surgissant brutalement &agrave; la conscience de l'homme, &laquo;&nbsp;&ecirc;tre-l&agrave;&nbsp;&raquo; sans transcendance ni finalit&eacute;. Ce n'est &eacute;videmment pas mon cas, ayant toujours r&eacute;cus&eacute; tout syst&egrave;me explicatif et toute religion,&nbsp; par moi assimil&eacute;s en raison de leur diversit&eacute;&nbsp;aux ouvrages de l'art.

&nbsp;&nbsp; Seconde proposition&nbsp;: &laquo;&nbsp;comme la conjonction entre la raison et le sujet&nbsp;&raquo;. En premier lieu, doit-on entendre &laquo;&nbsp;comme&nbsp;&raquo; au sens de &laquo;&nbsp;de m&ecirc;me que&nbsp;&raquo; ou au sens de &laquo;&nbsp;en tant que&nbsp;&raquo;&nbsp;? Dans la premi&egrave;re hypoth&egrave;se, nous avons affaire &agrave; deux concepts mis sur un pied d'&eacute;galit&eacute;&nbsp;; dans la seconde, &agrave; une pr&eacute;cision compl&eacute;mentaire suppos&eacute;e plus &eacute;clairante.&nbsp; Que ce soit l'une ou l'autre, l'emploi de l'italique semblerait indiquer qu'il s'agit d'une citation de mon cru. Or, je ne rappelle pas avoir jamais formul&eacute; une telle id&eacute;e, dont le sens d'ailleurs m'&eacute;chappe, les deux mots &laquo;&nbsp;raison&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;sujet&nbsp;&raquo;&nbsp;relevant tous deux des attributs propres &agrave; une m&ecirc;me conscience humaine, ce qui rel&egrave;guerait leur &laquo;&nbsp;conjonction&nbsp;&raquo; au rang d'un pl&eacute;onasme. Si je me r&eacute;f&egrave;re &agrave; mes propos maintes fois r&eacute;p&eacute;t&eacute;s, il serait plut&ocirc;t question d'une conformit&eacute; de la logique, non au sujet, mais &agrave; l'objet (le monde), puisque je con&ccedil;ois cette logique (de pr&eacute;f&eacute;rence &agrave; &laquo;&nbsp;raison&nbsp;&raquo;, trop composite et anthropomorphique) comme immanente &agrave; l'ordre de l'univers (ordre math&eacute;matique en particulier) et non pas comme projet&eacute;e par l'esprit humain sur&nbsp; un chaos ou une entit&eacute; inconnaissable &nbsp;qu'il ordonnerait &agrave; sa mani&egrave;re. J'ai m&ecirc;me, dans un article sur Marx repris dans Cr&eacute;puscule de la modernit&eacute;, invent&eacute; de toutes pi&egrave;ces une citation de Hegel&nbsp;: &laquo;&nbsp;la logique est la respiration du monde&nbsp;&raquo;. Personne ne lisant Hegel, personne ne m'a d&eacute;menti&hellip;Je dirais plut&ocirc;t aujourd'hui&nbsp;: &laquo;&nbsp;le ciment de l'univers&nbsp;&raquo;&nbsp;; et ce ciment, comme cela est naturel, se concentre en facult&eacute; r&eacute;flexive dans l'esprit humain, produit de l'univers.

&nbsp;&nbsp; Voil&agrave; donc les bribes m&eacute;taphysiques que j'aurais pu &eacute;mietter sur le chemin d'Annie Cl&eacute;ment, si tant est que ces consid&eacute;rations aient le moindre rapport avec ce qu'elle voulait exprimer. Il est &agrave; craindre en effet que les notions de &laquo;&nbsp;sujet&nbsp;&raquo;, d' &laquo;&nbsp;objet&nbsp;&raquo;, de &laquo;&nbsp;transparence&nbsp;&raquo;, de &laquo;&nbsp;raison&nbsp;&raquo; ne varient de contenu selon les philosophes, les professeurs et les &eacute;poques...
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/09/691444</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/09/691444</guid>
  <pubDate>Wed, 10 Sep 2008 16:37:19 +0200</pubDate>
  </item><item>
   <title>Nouveau commentaire sur l&#039; &quot;Entretien&quot;</title>
   <description><![CDATA[ &nbsp;&nbsp; Mes r&eacute;ponses aux questions du mensuel &laquo;&nbsp;Le Choc du mois&nbsp;&raquo; sur le cin&eacute;ma fran&ccedil;ais continuent de susciter nombre de r&eacute;actions dont les plus int&eacute;ressantes m&eacute;riteraient d'&ecirc;tre publi&eacute;es. T&eacute;moin celle-ci, d'Antoine Katerji, qui se pr&eacute;sente ainsi&nbsp;: &laquo;&nbsp;Je pr&eacute;pare une th&egrave;se de doctorat &agrave; l'universit&eacute;&nbsp;Paris 7-Denis Diderot, en s&eacute;miologie du texte et de l'image, intitul&eacute;e &laquo;&nbsp;Louis Skorecki ou le macmahonisme perverti&nbsp;&raquo; ( titre trompeur puisqu'il est davantage question de l'&eacute;cole du Mac-Mahon que de Skorecki, qui n'est d'ailleurs &eacute;tudi&eacute; qu'en tant que disciple de ce mouvement).&nbsp;Cette th&egrave;se entend d&eacute;busquer, d&eacute;limiter, d&eacute;terminer&nbsp;ce qu'est la substantifique moelle de la th&eacute;orie&nbsp;macmahonienne,&nbsp;pour&nbsp;montrer en quoi, d'un strict point de vue ontologique (celui de&nbsp;l'essence du cin&eacute;ma), certaines th&eacute;ories qui se r&eacute;clament d'elle, qui croient en &ecirc;tre l'aboutissement, n'en sont que le d&eacute;voiement (c'est l&agrave; qu'intervient Skorecki, qui n'a rien de comparable avec un Lourcelles que je range dans la cat&eacute;gorie des macmahoniens "progressistes").&nbsp;&raquo;

&nbsp; 

&nbsp; &nbsp;Voici le commentaire de M. Katerji&nbsp;:

&nbsp;

&nbsp;&nbsp; &laquo; J'ai lu avec grand int&eacute;r&ecirc;t, et non sans un certain plaisir, l'entretien que vous avez accord&eacute; au mensuel &laquo;&nbsp;le Choc du mois&nbsp;&raquo;. On aurait&nbsp;&nbsp;pu d&eacute;plorer que celui qui vous a cuisin&eacute; (pardonnez moi l'expression) ait syst&eacute;matiquement cherch&eacute; &agrave; recadrer le d&eacute;bat autour du politique, de l'id&eacute;ologique et ce gros mot pour les partisans de l'international qu'est le nationalisme (en m&ecirc;me temps, le dossier portait en premier lieu sur le cin&eacute;ma fran&ccedil;ais, c'est donc lui faire un mauvais proc&egrave;s). Or ce serait ignorer que les mac-mahoniens, s'ils n'ont cure de la politique politicienne (d'o&ugrave; le fait qu'on retrouve dans la liste de leurs admirations aussi bien Losey et DeMille, aussi bien une victime direct du maccarthysme que son plus illustre z&eacute;lateur), ne font pas pour autant l'impasse sur les questions de territorialisation, de fronti&egrave;re g&eacute;ographique. Ainsi, lorsque vous citez Barr&egrave;s, l'auteur des D&eacute;racin&eacute;s, vous restez dans la droite ligne de l'&eacute;cole mac-mahonienne, dont vous f&ucirc;tes le th&eacute;oricien, fond&eacute;e autour de la croyance que le cin&eacute;ma est un art de la pr&eacute;sence, qui nous offre un contact direct avec la mati&egrave;re, avec le monde des &ecirc;tres et leur &ecirc;tre au monde. Or la mondanit&eacute; des situations d&eacute;peintes &agrave; l'&eacute;cran &ndash; ce que je nomme le cosmique de la situation &ndash; d&eacute;pend en premier lieu de la nationalit&eacute; de l'auteur, de la mani&egrave;re qu'il a en tant qu'homme du pays d'appr&eacute;hender un espace, de se le colleter, de le fa&ccedil;onner, de le ciseler, de le sanctifier, de le d&eacute;peindre (&laquo; le g&eacute;nie national est le g&eacute;nie du lieu&nbsp;&nbsp;- les sources, les for&ecirc;ts et les dieux qui les hantent &raquo;) et cette mani&egrave;re est elle-m&ecirc;me ancr&eacute;e, pour ne pas dire enracin&eacute;e, dans une historicit&eacute; (&laquo;&hellip; combin&eacute; avec la m&eacute;moire historique la plus longue &raquo;). Temps et espace, g&eacute;n&eacute;alogie et g&eacute;ologie ne faisant plus qu'un, le tout ramass&eacute; dans la c&eacute;l&egrave;bre formule barr&eacute;sienne &laquo; la terre des morts &raquo;.

&nbsp;&nbsp;Et cette id&eacute;e, elle parcourt en filigrane chacune de vos critiques &ndash; sans jamais que Barr&egrave;s soit appel&eacute;, ne serait-ce qu'une seule fois, &agrave; la rescousse.&nbsp;&nbsp;Je pense &agrave; votre &eacute;tude des films d' Ozu centr&eacute;e autour de l'id&eacute;e de l'acceptation de la vie telle qu'elle est, de la z&eacute;nitude face &agrave; la concr&eacute;tude des choses, fruit d'une longue tradition nippone, et qui se traduit visuellement &agrave; l'&eacute;cran par des plans fixes, aux dur&eacute;es cons&eacute;quentes, solidement ancr&eacute;s dans une r&eacute;alit&eacute; terrienne, terre &agrave; terre - que ce soit au niveau de l'&eacute;chelle des plans :&nbsp;&nbsp;les fameux plans tatamis, qu'au niveau du montage : les s&eacute;quences &eacute;tant entrecoup&eacute;es par des plans de coupe, g&eacute;n&eacute;ralement de nature morte &ndash; sans parler de l'organisation de la mati&egrave;re avec sa g&eacute;om&eacute;trie rassurante, le tout donnant une image de qui&eacute;tude, de relative tranquillit&eacute;, d' harmonie avec le monde &ndash; le &laquo;&nbsp;&nbsp;confort cosmique &raquo; dont vous parlez dans votre article.

&nbsp;&nbsp; Chez Lang, au contraire, l'espace est apollinien au possible, cadr&eacute;,&nbsp;&nbsp;ordonn&eacute;, orthonorm&eacute;, g&eacute;om&eacute;tris&eacute;, quadrill&eacute;, circonscrit&hellip;bref rationalis&eacute; jusqu'&agrave; le rendre op&eacute;ratoire et exploitable (et ce grand d&eacute;miurge de Lang ne s'en privera d'ailleurs pas). C'est la rigueur, le rigorisme allemand dans toute sa splendeur.&nbsp;&raquo; (A. Katerji)

Ci-dessus : Couverture de la r&eacute;&eacute;dition augment&eacute;e de Sur un art ignor&eacute; &agrave; para&icirc;tre en septembre.

&nbsp;



&nbsp;
 ]]></description>
   <link>http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/08/677931</link>
   <author>mourlet</author>
   <guid isPermaLink="true">http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/08/677931</guid>
  <pubDate>Wed, 13 Aug 2008 08:05:02 +0200</pubDate>
  </item>
 </channel>
</rss>