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carnet de route
vendredi 22 mai 2009, a 14:16
La Reine est morte, vive la Reine !

 

    On (quand je dis « on », et que je compte sur mes doigts, ça ne fait pas grand monde), on, disais-je, s'est trop battu depuis trente ans afin que Montherlant fût tiré du purgatoire où une poignée d'imbéciles tout puissants dans le monde médiatico-culturel l'avaient  exilé, pour ne pas saluer son grand retour à la télévision française. Une notule historique chafouine publiée par le site internet de l'Odéon peut donner une idée de la réputation faite à l'auteur de la Reine morte dans les cercles de cette intelligence subventionnée : « Montherlant devient un peu le "fournisseur attitré" de la Comédie-Française. On lui reproche souvent son classicisme et sa métrique (sic) surannée. » L'une des hontes – elle commence à en compter beaucoup – de la Comédie-Française maintenant que cette pauvre vieille dame, qui fut si belle, retrousse ses jupes pour jouer les gamines à la page, aura été de n'avoir pas représenté Montherlant depuis au moins trente-cinq ans (corrigez-moi si je m'abuse, je n'ai pas le loisir de vérifier). Seuls quelques dissidents comme Cochet, Dessailly et Valère, Régis Santon, ont sauvé l'honneur. Mais après l'intégrale de Jean-Luc Jeener fin 2006 (dont j'ai longuement parlé dans Le Spectacle du monde et ici même), qui semble avoir brisé le tabou, quel bonheur de retrouver la Reine morte sur les petits écrans !

    Mardi 19 mai à 20 h 35, je me suis cru soudain revenu à la grande époque de l'ORTF, cette époque inimaginable pour les jeunes téléspectateurs d'aujourd'hui, où l'audimat ne pressait pas les tubes cathodiques pour en faire sortir cette assez ignoble pommade que nous connaissons. Certes, tout n'était pas parfait dans la néanmoins très belle adaptation de Pierre Boutron, qui volait à une tout autre hauteur que les récentes caleçonnades de Mazarin. Je n'ai pas conservé un souvenir précis de l'adaptation de Roger (Lazare) Iglésis au début des années 60, avec Geneviève Casile et Jean Yonnel, mais j'ai le sentiment que les deux ne sont pas comparables. Iglésis avait, me semble-t-il, privilégié la fidélité théâtrale, le huis-clos et donc une « lecture » conforme à la tradition instaurée dès la création de la pièce : la faiblesse du caractère de don Pedro face à Ferrante, un peu comme si on avantageait systématiquement Créon par rapport à Antigone. Dans le téléfilm de Pierre Boutron, l'équilibre des forces est davantage respecté, ce qui augmente encore la puissance tragique du texte et montre combien Montherlant est un grand dramaturge : le propre de la grande dramaturgie, en effet, est de permettre une multiplicité d'interprétations et de n'avantager aucun personnage, chacun possédant ses raisons fortes, aussi bonnes et aussi mauvaises que tous les autres (ce qui explique la pauvreté à la fois intellectuelle et dramatique des œuvres « à thèse », toujours manichéennes, qui entendent  démontrer la valeur universelle de la bien-pensance et des bons sentiments, genre Cayatte… ou Boisset, le Cayatte d'aujourd'hui).

   « Avoir écrit la Reine Morte suffit à justifier une vie » a écrit Maeterlinck. Phrase à rapprocher de celle de l'idiot de village que se délecte à citer Montherlant dans ses « Souvenirs sur la création de la Reine morte » : « une pièce ennuyeuse, inutile, que dans deux ans tout le monde aura oubliée. » L'inoubliable auteur de ce jugement montrait ainsi dès ses précoces commencements une aptitude hors du commun à passer à côté des choses sans les voir et à opter pour le parti le plus contraire au bon sens ; ce que j'ai, parlant du même dans Crépuscule de la modernité, décrit comme le syndrome de Gribouille (« Gribouille au théâtre »).

    Pierre Boutron a eu tort de couper quelques répliques ou morceaux de réplique très significatifs et qui eussent fait sens, comme font sens et sont nécessaires certaines analyses explicatives de Corneille. Mais il a eu raison, pour le même motif, de rétablir certains passages coupés par l'auteur lui-même. Et cette vision nouvelle de la part de jeunesse contenue dans le drame, du plaidoyer pour la jeunesse, son orgueil, ses refus, sa pureté de sentiment jusqu'alors un peu trop occulté par les lectures traditionnelles de la Reine morte, rapproche le Montherlant du soir (la Marée du soir) du Montherlant du matin. Elle dirige un éclairage plus intense sur « ce nœud épouvantable de contradictions » qui sont en lui.

   Une drôlerie pour finir. Les fidèles de la religion médiamétrique se couvrent la tête de cendre car, selon eux (je cite) : « La Reine morte a été boudée par le public. » Et de fournir le chiffre : un peu plus de deux millions de téléspectateurs seulement l'auraient regardée. Plus de deux millions de spectateurs en un seul soir pour une telle pièce ! Vu l'état des lieux, et sachant qu'il ne s'agissait ni de l'Olympique de Marseille contre Paris-Saint-Germain, ni de guignolades de pissotières, on aurait plutôt parié pour dix fois moins…

vendredi 15 décembre 2006, a 12:13
Tremblotent les vieilles barbes...

   

   Au grand dam (s’il vous plaît, prononcez  comme « Adam », c’est-à-dire comme on doit le faire en français, et non pas « dame » !), au grand dam, disais-je, de l’Union nationale des Obscurantistes (U.N.O.) qui entend régenter la vie intellectuelle française, « non, non, non, non, Montherlant n’est pas mort ! », pas plus que saint Éloi dans une chanson bien connue des carabins. L’événement culturel le plus considérable de ce dernier trimestre de l’année 2006 aura été, pour votre serviteur et aussi, probablement, pour quelques observateurs avisés, l’intégrale de ses pièces au Théâtre du Nord-Ouest. Intégrale suivie avec passion – en dépit de l’inégale qualité des troupes et des mises en scène – par une phalange de jeunes gens émerveillés de découvrir un auteur, une œuvre et un style que nos nouveaux Pères la Pudeur leur avaient soigneusement dissimulés tout au long de leurs études. Je raconte cela, et beaucoup d’autres choses inadmissibles aux yeux de l’U.N.O., dans le numéro de décembre du « Spectacle du Monde », « la plus belle revue du monde », affirmait son fondateur Raymond Bourgine, non sans raison. Avec 120 000 lecteurs (source SOFRES) et une existence de près de 50 ans, «  le Spectacle du Monde » affiche chaque mois un panorama de la France et de l’univers tout ensemble large et « pointu », d’une lucidité jamais démentie, qui fait de ses lecteurs les mieux informés des évolutions à venir. Dès lors, on comprendra aisément que j’aie les meilleures raisons de saluer les retrouvailles de tout un public jeune et intelligent avec Henry de Montherlant. En face tremblotent les vieilles barbes soixante-huitardes

www.info-presse.fr/fiches/spectacle-monde_1994_gp.htm

   Lire l'article :http://papiersenligne.spaces.live.com/blog/

 

Ci-dessus : page de titre de l'article du "Spectacle du Monde".

samedi 16 septembre 2006, a 22:14
Résurrection de Montherlant ?

   

 

   À mon retour de Sarlat (voir ci-dessous), dans la fièvrrrre de la rédaction de mes notes pour «  la Revue littéraire » et «  Atlantica Magazine » (cf. également ci-dessous), il m’est revenu qu’une « intégrale » des pièces de Montherlant allait se donner au Théâtre du Nord-Ouest, à Paris. Cela doit faire à peu près six lustres que je réclame à cor et à cri, là où c’est (ou était) possible (Matulu, Nouvelles littéraires, Valeurs Actuelles, etc.), que l’on joue Montherlant, catalogué par une légion d’imbéciles (j’en  ai entendu certains de vive voix) parmi les « auteurs ennuyeux ». Ce sont bien entendu les mêmes qui trouvèrent Adamov percutant, Pichette rigolo et n’eurent pas de mots trop méprisants pour Sacha Guitry avant de retourner leur veste après certaine déclaration d’intention d’Antoine Vitez (vous voyez que je n’oublie rien).

   Je me souviens de mon critique dramatique de Matulu, Gilbert Chateau, homme de gauche, journaliste au Progrès de Lyon. Il fulminait qu’on ne représentât point le théâtre de Montherlant dans les festivals. Et c’est vrai : «  la Reine morte » au palais des papes ! L’infante faisant irruption au pied des murailles : « Je me plains à vous, je me plains à vous, Seigneur ! Je me plains à vous, je me plains à Dieu ! »  On imagine ! Les poils hérissés sur les bras ! La chair de poule ! À la place des billevesées montées par des mirliflores !

   Ne rêvons pas. Quand Montherlant s’est suicidé, nous étions déjà dans une basse époque.  J’ai raconté, dans la NRF et dans mon livre « Écrivains de France » comment il la jugeait,  derrière un large sourire de dinosaure, quand  je venais le visiter sur son îlot du quai Voltaire « avec, tout autour, la mer de la connerie qui monte » (« la Marée du soir »). Nous parlions naturellement beaucoup de théâtre. Au moment de la reprise du Maître de Santiago à la Comédie-Française, il m’avait fait part de son agacement que la presse ne s’occupât que du catholicisme d’Alvaro. J’ai reproduit ses propos dans  « Écrivains de France »  (« Le Solstice d’hiver ») : « Le catholicisme ne joue aucun rôle important dans cette pièce, pas plus que dans « la Ville dont le Prince est un Enfant » où il joue exactement pendant dix minutes. Le reste du temps, il n’existe pas. Le sujet unique du « Maître de Santiago », c’est l’indignation. »

  

Ci-dessus : Portrai de Henry de Montherlant par Jean Schneider. Illustration de couverture, Matulu N° 12 (mars 1972).

Présentation
Michel MOURLET
Ecrivain, chroniqueur. A enseigné à Paris I sa théorie de l'audiovisuel.

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commentaire(s)
A la rencontre de Judrin Bruno Duval (24/09/2009 09:22)

Cher Michel Mourlet,...

A la rencontre de Judrin MM (17/09/2009 15:31)

Merci, Cher Bruno Du...

A la rencontre de Judrin Bruno Duval (17/09/2009 15:04)

Cher Michel Mourlet,...

L'Histoire à l'américaine Christophe (29/08/2009 18:24)

Bonjour Michel Mourl...

La Reine est morte, vive la Reine ! fred (29/05/2009 21:04)

excellent en effet. ...

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