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carnet de route
jeudi 15 mai 2008, a 07:13
Néron ne veut pas mourir

Une étudiante de l'Université du Sud  Toulon-Var m'envoie un mémoire de maîtrise (ou plus exactement de cette maîtrise écourtée que les franglophones à la bourse lexicale en peau de chagrin nomment grotesquement « master » et qui, si l'on tient à différencier ce diplôme de la maîtrise, porte en français un nom beaucoup plus agréable à lire puisqu'il rejoint la cohorte des « stère », « monastère », « phalanstère : « mastère »), un mémoire, donc, intitulé : Deux images de Néron à la fin du XXe siècle (M. Mourlet, 1963,1987 ; P. Grimal, 1995).

   L'idée est astucieuse : confronter deux portraits du même personnage historique exécutés, l'un par un historien, l'autre par un auteur dramatique, c'est-à-dire par deux peintres qui ne disposent ni des mêmes pinceaux ni des mêmes couleurs, ne peut qu'allumer davantage de facettes sur le visage ainsi recomposé. Certes, la base chimique des couleurs est identique : un peu de Tacite, beaucoup de Suétone. Mais Pierre Grimal s'est penché sur l'existence entière de l'empereur tandis que je me suis limité à ses derniers instants et ses dernières pensées. Pour ce faire, je me le suis, si je puis dire, incorporé, comme dans les cas de possession démoniaque familiers aux exorcistes de cinéma. Néron a ricané et hurlé d'effroi par ma bouche comme la grosse voix obscène que l'on sait par les lèvres de l'enfant habitée. 

   Cette pièce, la Mort de Néron, connaît un destin singulier. J'en ai à plusieurs reprises raconté l'origine, notamment en 2001 dans la revue Contrelittérature : une « carte blanche » que m'avait confiée France III en 1963, après la publication de mon premier roman, à la grande époque où ce qui était encore la R.T.F pouvait rivaliser avec la BBC dans le domaine des créations dramatiques. Puis l'enregistrement, particulièrement impressionnant grâce à la mise en ondes sonore et musicale d'Éléonore Cramer (mère de l'actuel directeur du Théâtre 14, Emmanuel Dechartre) fut diffusé à Rome, l'année suivante si mes souvenirs ne me trahissent pas trop, dans l'enceinte magnifique de la Domus Aurea, le palais de Néron. Un quart de siècle plus tard, elle était publiée dans un recueil de trois de mes pièces, avec une postface « métahistorique » de Jean Parvulesco. Recueil couronné par le jury théâtral le plus prestigieux qui fût à l'époque. Vers le milieu des années 90,  elle attire l'attention de Max Naldini qui envisage de la monter au Théâtre de Levallois. Il me montra même les costumes qu'il destinait aux personnages ; mais le projet resta en suspens et Max Naldini quitta la direction du théâtre. 

   En 1996, Daniel Aranjo professeur des universités, essayiste et poète, auquel on doit une biographie critique de Paul-Jean Toulet (éditions Marrimpouey, 2 Place de la Libération, 64000 Pau ; toujours disponible) qui

 a beaucoup contribué à l'actuelle reconnaissance de l'auteur des Contrerimes, donne à la revue belge Antaïos une étude pénétrante : « Relire la Mort de Néron », suivie en 2004 d'une longue et pertinente analyse de la même pièce, en contribution au colloque international "Présence de Suétone" organisé par l'Université de Clermont-Ferrand. Auparavant, en 2001, publication d'un dossier de Contrelittérature consacré à mes ouvrages dramatiques, où Alain Santacreu évoquait Néron. Puis, l'hebdomadaire en ligne Incitatus  l'étudie à son tour en 2007, sous la plume du passionné d'Antiquité qu'est, me dit-on, André Murcie.

   Ainsi, par ce phénomène de résurgences successives qui s'attache à certaines œuvres présumées secrètes, phénomène qu'André Fraigneau appelait « les rails magiques », le cheminement tantôt souterrain, tantôt à l'air libre de la Mort de Néron débouche aujourd'hui  en plein cœur d'une université méditerranéenne. Les rails magiques connaissent aussi les virages et peuvent revenir à la source.  

LIENS        

 Incitatus : www.littera.incitatus.ifrance.com

 Contrelittérature : 

 
Ci-dessus : buste de Néron.

mardi 23 janvier 2007, a 10:31
Daniel Aranjo au Nord-Ouest

     Sa poésie est rugueuse et précieuse comme ces gemmes à demi dégagées de leur gangue et un grondement sorti de la Grèce antique secoue sourdement son théâtre. Je recopie un résumé biographique pris dans la Toile (cette Toile dont nous sommes à la fois les mouches et l’araignée) : « Daniel Aranjo, né en 1950, professeur de littérature comparée à l’Université du Sud (Toulon-Var), Prix de la Critique 2003 de l’Académie française (auteur, entre autres, de Salah Stétié, poète arabe, éd. Autres Temps, Marseille, 2001), poète et dramaturge (Agamemnon, Atlantica éd., créé par le Théâtre du Nord-Ouest, Paris 9e, en 2003). (Pour se procurer livres et recueils de l’auteur : aranjo@univ-tln.fr). » J’ajoute que son Paul-Jean Toulet a replacé dans les années 80 l’auteur des Contrerimes et de la Jeune Fille verte au cœur brûlant du monde littéraire. Aranjo nous propose aujourd’hui une visite au Théâtre du Nord-Ouest, à ne pas manquer : voir les coordonnées ci-dessous.

 

                                         THÉÂTRE  DU  NORD-OUEST

                        13 rue du Faubourg-Montmartre 75009 Paris

                                            métro Grands Boulevards

                                             mardi 13 février 2007

                                                19 h salle Laborey

                                                     entrée 5 euros

                                                      Daniel ARANJO  

                                            UN REQUIEM EN FRANÇAIS  

                                          Mise en lecture Eliézer Mellul

 

Ce texte, inspiré au départ par le début du Requiem de Verdi, puis par beaucoup d’autres Requiem musicaux, paraphrase et élargit le texte liturgique de la messe des morts. On donnera successivement : Requiem, Kyrie, Graduel, Évangile (petite version), Évangile (grande version), Libera, In Paradisum, Amen.  

 

Présentation
Michel MOURLET
Ecrivain, chroniqueur. A enseigné à Paris I sa théorie de l'audiovisuel.

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commentaire(s)
A la rencontre de Judrin Bruno Duval (24/09/2009 09:22)

Cher Michel Mourlet,...

A la rencontre de Judrin MM (17/09/2009 15:31)

Merci, Cher Bruno Du...

A la rencontre de Judrin Bruno Duval (17/09/2009 15:04)

Cher Michel Mourlet,...

L'Histoire à l'américaine Christophe (29/08/2009 18:24)

Bonjour Michel Mourl...

La Reine est morte, vive la Reine ! fred (29/05/2009 21:04)

excellent en effet. ...

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