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carnet de route
jeudi 17 septembre 2009, a 12:59
Bref éloge des monstres
 

Les monstres de l'Histoire n'ont pas bonne presse. Essayez de dire tout le bien que vous pensez de Caligula, qui s'est borné pourtant à avoir le courage d'inscrire dans le réel ce que font métaphoriquement à longueur de temps les médiocres princes qui nous gouvernent : nommer consul son cheval (mais non, je ne songe pas une seconde à notre ministre de la Culture, ni à celui des Affaires étrangères, ni d'ailleurs à la plupart des autres) ; invoquer les dieux : « Plût au ciel que le peuple n'eût qu'une tête, pour la trancher d'un coup ! », ce qui signifie en clair, de nos jours : « que n'ai-je en mon pouvoir tous les grands médias manipulateurs de l'opinion, afin de la décerveler une fois pour toutes ! » Mais au fait, nos empereurs de la décadence d'aujourd'hui,  sur ce point, n'ont-t-ils pas mieux réussi que leur modèle ?

   Ainsi, les monstres historiques font des petits, de plus en plus petits, hélas ! Oui, hélas : au fond, qu'est-ce qui titille, qu'est-ce qui mobilise en profondeur notre intérêt, voire notre passion pour cette vieille lune de l'Histoire qui tourne en rond comme toutes choses et les étoiles et le Temps, depuis le non-commencement de l'Être ainsi que nous l'enseigne Parménide ? Les monstres honnis, tous les fous avérés ou non qui, avec les moyens divers que leur permit leur époque, se prirent pour Napoléon,  justement ! Ceux en l'absence de qui les récits de Suétone et de Tacite nous feraient bâiller comme des crocodiles affamés. Que serait l'Histoire – imaginez cela juste un instant ! – sans Néron, ni Gengis Khan, ni Attila, ni Robespierre, ni Hitler, ni Staline, ni Pol Pot ? Ce serait d'un ennui ! Quelque chose comme les annales de la République helvétique. Non, merci Calvin, merci les autorités morales, gardez cela pour vos dimanches en famille.

   Pour ma part, je préfère l'idée magnifique du poète Daniel Aranjo : un cycle Néron au Théâtre du Nord-Ouest, le seul lieu théâtral où, grâce à Jean-Luc Jeener, il se passe encore quelque chose à Paris. Pour que ce cycle s'incarne, croisons les doigts, éventrons quelques poulets afin d'y déchiffrer l'avenir, comme faisait Néron qui, d'ailleurs, n'y croyait pas vraiment !     

 

 

 

jeudi 15 mai 2008, a 07:13
Néron ne veut pas mourir
 

Une étudiante de l'Université du Sud  Toulon-Var m'envoie un mémoire de maîtrise (ou plus exactement de cette maîtrise écourtée que les franglophones à la bourse lexicale en peau de chagrin nomment grotesquement « master » et qui, si l'on tient à différencier ce diplôme de la maîtrise, porte en français un nom beaucoup plus agréable à lire puisqu'il rejoint la cohorte des « stère », « monastère », « phalanstère : « mastère »), un mémoire, donc, intitulé : Deux images de Néron à la fin du XXe siècle (M. Mourlet, 1963,1987 ; P. Grimal, 1995).

   L'idée est astucieuse : confronter deux portraits du même personnage historique exécutés, l'un par un historien, l'autre par un auteur dramatique, c'est-à-dire par deux peintres qui ne disposent ni des mêmes pinceaux ni des mêmes couleurs, ne peut qu'allumer davantage de facettes sur le visage ainsi recomposé. Certes, la base chimique des couleurs est identique : un peu de Tacite, beaucoup de Suétone. Mais Pierre Grimal s'est penché sur l'existence entière de l'empereur tandis que je me suis limité à ses derniers instants et ses dernières pensées. Pour ce faire, je me le suis, si je puis dire, incorporé, comme dans les cas de possession démoniaque familiers aux exorcistes de cinéma. Néron a ricané et hurlé d'effroi par ma bouche comme la grosse voix obscène que l'on sait par les lèvres de l'enfant habitée. 

   Cette pièce, la Mort de Néron, connaît un destin singulier. J'en ai à plusieurs reprises raconté l'origine, notamment en 2001 dans la revue Contrelittérature : une « carte blanche » que m'avait confiée France III en 1963, après la publication de mon premier roman, à la grande époque où ce qui était encore la R.T.F pouvait rivaliser avec la BBC dans le domaine des créations dramatiques. Puis l'enregistrement, particulièrement impressionnant grâce à la mise en ondes sonore et musicale d'Éléonore Cramer (mère de l'actuel directeur du Théâtre 14, Emmanuel Dechartre) fut diffusé à Rome, l'année suivante si mes souvenirs ne me trahissent pas trop, dans l'enceinte magnifique de la Domus Aurea, le palais de Néron. Un quart de siècle plus tard, elle était publiée dans un recueil de trois de mes pièces, avec une postface « métahistorique » de Jean Parvulesco. Recueil couronné par le jury théâtral le plus prestigieux qui fût à l'époque. Vers le milieu des années 90,  elle attire l'attention de Max Naldini qui envisage de la monter au Théâtre de Levallois. Il me montra même les costumes qu'il destinait aux personnages ; mais le projet resta en suspens et Max Naldini quitta la direction du théâtre. 

   En 1996, Daniel Aranjo professeur des universités, essayiste et poète, auquel on doit une biographie critique de Paul-Jean Toulet (éditions Marrimpouey, 2 Place de la Libération, 64000 Pau ; toujours disponible) qui

 a beaucoup contribué à l'actuelle reconnaissance de l'auteur des Contrerimes, donne à la revue belge Antaïos une étude pénétrante : « Relire la Mort de Néron », suivie en 2004 d'une longue et pertinente analyse de la même pièce, en contribution au colloque international "Présence de Suétone" organisé par l'Université de Clermont-Ferrand. Auparavant, en 2001, publication d'un dossier de Contrelittérature consacré à mes ouvrages dramatiques, où Alain Santacreu évoquait Néron. Puis, l'hebdomadaire en ligne Incitatus  l'étudie à son tour en 2007, sous la plume du passionné d'Antiquité qu'est, me dit-on, André Murcie.

   Ainsi, par ce phénomène de résurgences successives qui s'attache à certaines œuvres présumées secrètes, phénomène qu'André Fraigneau appelait « les rails magiques », le cheminement tantôt souterrain, tantôt à l'air libre de la Mort de Néron débouche aujourd'hui  en plein cœur d'une université méditerranéenne. Les rails magiques connaissent aussi les virages et peuvent revenir à la source.  

LIENS        

 Incitatus : www.littera.incitatus.ifrance.com

 Contrelittérature : 

 
Ci-dessus : buste de Néron.

Présentation
Michel MOURLET
Ecrivain, chroniqueur. A enseigné à Paris I sa théorie de l'audiovisuel.

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commentaire(s)
L'imparfait sportif R.-J. Berg (20/11/2009 08:13)

Votre belle réponse ...

Le terrorisme des Ronchons Christophe (09/11/2009 20:13)

A noter qu'Alai...

A la rencontre de Judrin Bruno Duval (24/09/2009 09:22)

Cher Michel Mourlet,...

A la rencontre de Judrin MM (17/09/2009 15:31)

Merci, Cher Bruno Du...

A la rencontre de Judrin Bruno Duval (17/09/2009 15:04)

Cher Michel Mourlet,...

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